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    Alexandre II Romanov (1818 - 1881)

    De l'espoir à la tragédie

     


    Alexandre II, tsar le plus libéral de l'histoire russe, a tenté non sans courage d'engager son empire dans la voie de la démocratie et de la modernisation.

    En un quart de siècle, il a multiplié les réformes mais son règne s'est achevé sur son tragique assassinat. La bêtise de quelques anarchistes a ruiné les espoirs de démocratisation du plus grand État européen et l'un des derniers à être encore gouverné de façon autoritaire.

    André Larané
    Le «tsar libérateur»

      

      

    Né le 29 avril 1818, Alexandre II monte sur le trône le 2 mars 1855, à 37 ans, tandis que son armée subit d'humiliantes défaites face aux Français et aux Anglais, devant Sébastopol.

    Sitôt couronné, le tsar engage des réformes courageuses pour moderniser son pays : libération des serfs (50 millions de personnes sont concernées !), humanisation de la justice et abolition du knout (fouet), mise en place d'assemblées locales, ouverture des universités à la petite bourgeoisie...

    Ces réformes, bien que mal appliquées, lui valent le surnom de «tsar libérateur».

      

    Elles s'accompagnent d'une effervescence littéraire et intellectuelle dans le pays avec l'émergence de grands poètes et romanciers : Léon Tolstoï, Fédor Dostoïevski, Ivan Tourgueniev.

    Mais parallèlement se développe un mouvement révolutionnaire brouillon chez les étudiants de la petite bourgeoisie. Il prône rien moins que la destruction radicale de l'ordre ancien.

    Le poète Ivan Tourgueniev invente à ce propos le terme de «nihilisme» (du latin nihil, rien).

      
    Suspension des réformes

     

    Le 4 avril 1866, un étudiant, Dimitri Karakosov, tire sur Alexandre II et le manque de peu. Cet attentat contre la personne sacrée du tsar suscite la consternation dans le pays. C'en est désormais fini des réformes libérales.

      

    Le tsar, aigri, cherche une consolation dans les bras d'une jeune fille de 30 ans sa cadette, Catherine Dolgorouki, dite Katia, dont il aura trois enfants au grand scandale de la Cour.

      

    Le 1er juin 1867, Alexandre II arrive à Paris, à l'occasion d'une Exposition universelle. Il veut renouer des liens avec Napoléon III après la brouille occasionnée quelques années plus tôt entre les deux pays par la répression d'une insurrection en Pologne.

    Mais voilà que sur l'hippodrome de Longchamp, un réfugié polonais tire sur le tsar. Ce nouvel attentat est lourd de conséquences pour la France. Il fait échouer le rapprochement entre la France et la Russie et le soutien du tsar fera cruellement défaut à Napoléon III lors de son affrontement avec la Prusse en 1870.

    Alexandre garde toutefois de son séjour à Paris le souvenir délicieux de ses retrouvailles avec sa chère Katia... Il l'épouse en secret après son veuvage, soit quelques mois avant sa propre mort (un film, Katia, avec l'inévitable Romy Schneider dans le rôle titre, retrace leur amour romanesque et tragique).

      
    Visées impérialistes

    Déçu par l'accueil que reçoivent ses réformes, le tsar se consacre désormais à la grandeur de son empire. Ses armées soumettent le Turkestan, aux portes de la Chine, ainsi que les peuples insoumis du Caucase, y compris un célèbre chef tchétchène du nom de Chamil.

    Alexandre II vend aux États-Unis l'Alaska dont il n'a que faire mais reporte ses visées sur Constantinople, ville glorieuse de l'orthodoxie, capitale d'un empire turc en pleine décomposition.

    En 1878, le vieux tsar engage une guerre meurtrière et brouillonne contre les troupes du sultan. Celui-ci signe des préliminaires de paix à San Stefano, aux portes d'Istamboul (Constantinople). Mais la menace d'une intervention anglaise contre la Russie oblige toutefois cette dernière à renoncer à la plupart de ses avantages chèrement gagnés.

    La déception est grande dans le peuple russe, avide de gloires militaires plus que de démocratie.

      
    Agitation anarchiste

    Chez les étudiants anarchistes, la fièvre ne descend pas. Serge Netchaïev, fils de paysan, disciple de Michel Bakounine et Pierre-Joseph Proudhon, prône dans son Catéchisme révolutionnaire l'anéantissement de l'État et l'assassinat des opposants.

    Beaucoup de jeunes bourgeois se proposent d'aller vers les moujiks des campagnes afin de les inviter à se soulever contre le régime. Cette «Marche vers le peuple» finit en mascarade. Il n'empêche que naissent différentes organisations secrètes dont certaines, comme «Narodnaïa Volia» (La Volonté du Peuple), se donnent pour but d'assassiner le tsar en personne et multiplient les attentats contre sa personne.

    Par un décret du 12 février 1880, Alexandre II confie des pouvoirs dictatoriaux au comte Loris-Mélikov, héros de la guerre contre la Turquie, avec mission d'éradiquer le nihilisme et d'achever la réforme des institutions.

     

    Jours sombres

    Le 18 juillet 1880, le tsar épouse en secret sa jeune maîtresse.

      

    Dans son désir de la faire couronner impératrice, il songe à une grande réforme qui lui vaudrait l'indulgence de son peuple. Il s'apprête donc à renouer avec le libéralisme de sa jeunesse en instituant des commissions de notables pour préparer l'avènement d'une monarchie constitutionnelle. Las, les anarchistes qui le traquent depuis plusieurs années ont finalement raison de lui et l'assassinent le 13 mars 1881.

     

    Prenant le contre-pied de son père, le nouveau tsar, Alexandre III (36 ans), renonce à publier le manifeste convoquant les commissions de notables, contre l'avis de Loris-Mélikov. Il abroge la plupart des réformes libérales, il tente de russifier par la force les provinces périphériques de l'Empire, il encourage aussi l'émergence de nouveaux démons tels que l'antisémitisme pour détourner la colère du peuple.

     

    C'est le retour à l'autocratie. Les étudiants révolutionnaires issus de la petite bourgeoisie y voient un encouragement à étendre leur action.

     

    En Russie comme dans l'ensemble de l'Europe continentale, un vent mauvais se lève dans les années 1880, où se mêlent les idées anarchistes, socialistes, nationalistes, antisémites, colonialistes, racistes et antireligieuses.

     

    Bibliographie

    On peut lire sur Alexandre II une biographie courte et plaisante de notre grand romancier franco-russe, Henri Troyat : Alexandre II, le Tsar libérateur, Flammarion, 1990, 250 pages.

     

     

     

     

     

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  • Disparition et "destruction des preuves".


     
      

     Disparition et "destruction des preuves".
     

     

    En mai 1918, la famille est de nouveau réunie à Iekaterinbourg, une ville de Sibérie située dans l'Oural. Il s'agit ici d'une région politiquement hostile aux Romanov, le cœur du bolchevisme dans l'Oural.

      

    Ils sont gardés par 70 gardes bolcheviques, des ivrognes, des à demi-fous et ne vivent plus que dans 5 pièces contiguës. Les fenêtres sont obstrues avec de la peinture afin d'empêcher qu'on puisse voir de l'intérieur à l'extérieur et inversement.

      

      

    Anna Demidova (1878-1918), Evgueni Botkine (1865-1918), Alexei Trupp (1858-1918)

    et Ivan Kharitonov (1872-1918) sont les derniers servants des Romanov

     

     

    Des palissades de 3 mètres de hauts sont montées autour de la propriété.

      

    La seule nourriture qui leur ait donnée, ce sont des rations militaires dont la moitié leur est volée par leurs gardes.
     
    Les jeunes filles sont soumises à une pression psychologique considérable, n'ayant pas le vocabulaire nécessaire pour s'expliquer la situation.

      

    Les gardes dessinent sur les murs des scènes obscènes.


     
    C'est une déchéance dans tous les sens du terme...

      

    Leurs vêtements tombent en lambeaux, la Tsarine doit raccommoder les vêtements de son mari. Ils ne peuvent plus boire de thé, n'ont plus accès au sucre ni au tabac.

     

    Les humiliations sont monnaies courantes.

      

    Une chaîne vieille de plusieurs siècles représentant Saint-Georges et appartenant à Alexeï lui est presque arrachée au cours d'un violent incident avec un garde qui aurait intenté à sa vie.

      

    Les jeunes filles sont fouillées à n'importe quelle heure pour des raisons aussi futiles que perverses.
     
    Nicolas et Alexandra tombent finalement dans le fatalisme, passant le plus clair de leur temps à prier, dans leur chambre.

      

    Tandis qu'Alexeï, Olga et Tatiana restaient ensemble, se soutenant mutuellement.

      

    Maria et Anastasia auraient été les moins physiquement et psychologiquement touchées par tous ces événements et auraient gardés leurs caractères intacts.
     
    Le 4 juillet 1918 un nouveau chef de garde arrive, il s'agit de Iakov Mikhaïlovitch Iourovski un fanatique bolchevique haïssant les Romanov dans leur ensemble alors qu'il est issu d'une famille vouant un culte aux Romanov.

      

    C'est avec son arrivée que le début de la fin commence. Il commence les préparatifs pour accomplir l'ordre qu'il a reçu venant d'un comité constitué entre autres, de Lénine, de Trotski et de Staline.

      

    Cet ordre est... d'exterminer tous les prisonniers jusqu'au dernier ainsi que leurs serviteurs.

     

     


    Le 17 juillet, à 1H du matin Iakov vient lui-même réveiller Nicolas et sa femme, leur disant de se préparer ainsi que leurs enfants, des troubles auraient éclatés en ville et pour leur sécurité on doit les déplacer.
      
    Trois quarts d'heure plus tard, le Tsar portant son fils toujours incapable de marcher, la tsarine, ses filles et leurs domestiques sont emmenés dans l'une des caves de la maison.
      
    On leur dit que l'on s'apprêter à prendre une photo pour assurer à Moscou leur bonne santé. La Tsarine demande s'il n'y a pas de chaises et Iakov donne l'ordre que l'on en apporte.
     
    Deux chaises sont apportées, la Tsarine s'assied sur l'une d'entre elles et le Tsar installe son fils sur l'autre. Le Tsar se place au milieu des deux chaises et le reste de la famille ainsi que les serviteurs se placent derrière eux.
      
    Quelques instants plus tard, Iakov rentre dans la pièce, accompagné de 11 gardes. Et il déclare, dépliant un document "Étant donné que vos parents continuent leurs actions à l'encontre de la Russie soviétique, vous Nicolas Romanov et toute votre famille allez perdre la vie sur le champs."
     
    Le Tsar tourna alors la tête d'abord vers son fils, puis vers sa femme et enfin vers ses autres enfants avant d'avancer d'un pas et de dire
      
    "Quoi... ? Qu'est-ce ?".
      
    Pour réponse, Iakov lui montra le document avant de jeter ce dernier à terre et de sortir son revolver de sa poche.
      
    Nicolas se serait alors écrié "Dieu, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font."
     
    Le massacre aurait alors commencé...Le Tsar est tué d'une balle dans le cœur et meurt sur le coup, en tombant, sa main frôle celle de son fils qui ne bougeait pas, tenant fermement les bras de sa chaise.
      
      
     
    La Tsarine reçoit une dizaine de balles dans le ventre en tentant de faire le signe de croix. Et très vite tout s'accélère, quelques cris et un épais nuage de poussières envahissent la pièce.
     
    Iakov fait évacuer la pièce, le temps de faire dissiper la fumée afin de voir qui vivait encore.
      
    Quelques minutes plus tard, la fumée s'est dissipée et... stupéfaction ! Les quatre Grande-Duchesse entourent le Tsarévitch, fessant rempart avec leur corps.
      
    Mais deux d'entre elles, Olga et Maria sont blessées. 

    La fusillade continue, les corps tombent les uns après les autres dans un bain de sang épouvantable. On poignarde à tout vas tous les corps, on donne des coups de poings et de pieds et on achève à coup de baïonnette.
      
    Lorsque tous semblent morts, Anastasia et Alexeï montrent encore des signes de vie, Iakov décide de les achever lui-même. Anastasia reçoit une balle en plein front et cesse de bouger... Alexeï reçoit trois balles derrière l'oreille et perdit les dernières goûtes de vie qu'il lui restait.
     
    Au total 103 balles ont été tirées, une cinquantaine de coups de baïonnettes et une trentaine de coups de couteaux.
      
      

    Léon Bronstein dit Trotsky l'ordure nauséabonde

     

     

    Le Tsarévitch a reçu l'équivalent d'un chargeur complet en plein torse ainsi qu'une balle dans la jambe et trois balles dans la tête.
      
    Quand aux jeunes Grande-Duchesses leur sort n'en fut pas moins funeste.
      
    Balles, baïonnettes, couteaux, elles moururent en souffrant, étalées dans une marre de sang.
     
    Une fois assurés que tous sont morts, on transperce une fois de plus les corps à coups de baïonnettes, pour se "venger de l'ancien régime" selon Iakov.
      
    On emballe les dépouilles dans des draps et on les charge dans une camionnette. Une demi-heure plus tard, en pleine forêt de Koptiaki, le véhicule est coincé dans la boue et Iakov décide qu'on placera les corps là même.
     
    On jette les corps sur le sol et on leur vole leurs vêtements et leurs derniers bijoux. Alexeï et Maria sont jetés au feu alimenté au pétrole – Après que le crâne du Tsarévitch eut été scié -.
      
    Quand à Nicolas, les autres Romanov et les serviteurs, on leur jette de l'acide sulfurique sur leur dépouille et on les enterre sur place.
      
    Quelques heures plus tard, les corps carbonisés et en pièces du Tsarévitch et de la Grande-Duchesse sont enterrés un peu plus loin...
     

     

    La cave où eut lieu le massacre, photo prise quelques heures après le meurtre.
     
     
     http://fictions-chao-druty.skyrock.com/tags/ljoSzVIkTGb-Les-Romanov.html
     
     
     
     
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    Lettres de l'impératrice Alexandra Féodorovna au tsar Nicolas II

      

      

    Après le meurtre de la famille impériale russe en juillet 1918 à Ekaterinbourg, on recueillit un coffret
    de bois noir aux initiales N.A., contenant quatre cents lettres que l'impératrice Alexandra Féodorovna
    avait adressées à son époux, le tsar Nicolas Alexandrovitch, de fin avril 1914 à début mars 1917.

    "Il y a vingt-et-un ans que toi et moi ne sommes qu'un. Nous avons partagé beaucoup de peines et deAlexandra_Fjodorowna.jpg joies et notre amour grandissant toujours est devenu plus profond et plus tendre. Je voudrais te tenir dans mes bras et te faire sentir mon amour infini. Tu es ma vie, mon âme, et chaque séparation me cause une douleur immense. C'est être arraché à ce que j'ai de plus cher et de plus sacré."

    Ne serait-on pas tenté de refermer pudiquement cette correspondance afin de préserver l'intimité de deux êtres qui s'aimaient profondément et dont la destinée avait été de régner sur un empire ? En 1925, un éditeur [1] audacieux en aura décidé autrement.

    Et pourquoi autant de lettres sur moins de trois ans alors que durant les vingt années précédentes, la correspondance du couple impérial est pratiquement nulle ? Nicolas II se séparait rarement de l'impératrice tandis que pendant la guerre il y est contraint la plupart du temps.

    Septembre 1914, alors que la Russie et l'Allemagne sont en guerre depuis à peine deux mois, les premières confrontations ne laissent rien présager de favorable quant à une issue rapide et victorieuse des lettres de l'impératrice,alexandra féodorovna,alix de hesse darmstadt,nicolas ii,raspoutine,tsarévitch,youssoupov,ipatiev,de ryckelarmées du tsar :

    "Cette maudite guerre, quand donc sera-t-elle terminée ?

      

    Je suis sûre que William [Guillaume II de Prusse] doit parfois avoir de terribles ernst ludwig de hesse.jpgmoments de désespoir quand il comprendra que c'est lui, et surtout sa clique anti-russe, qui a commencé la guerre, cette abominable guerre qui fait saigner chaque jour le cœur du Christ, et conduit son pays à sa perte.

      

    - Que c'est honteux de jeter des bombes d'aéroplanes sur la villa habitée par le roi Albert. Grâce à Dieu, il n'y a pas eu de victimes, mais je n'ai jamais su qu'on ait tenté de tuer un Souverain [2] parce qu'il est l'ennemi pendant la guerre !"

    Et lorsqu'elle apprend l'incendie de Louvain, Alexandra s'insurge :

    "Je rougis d'avoir été Allemande !" - "En France, quand j'apprends un succès et que les Allemands ont de grandes pertes, mon cœur frémit à la pensée d'Ernie [Ernst Ludwig de Hesse, son propre frère - illustration] et de ses troupes et de beaucoup de nos connaissances. Que de pertes chez tous !"

    Princesse allemande, Alix de Hesse-Darmstadt naît d'un père détestant cordialement la Prusse, les Hohenzollern et l'empereur Guillaume II. Orpheline à six ans de sa mère, Alice d'Angleterre, fille de la reine Victoria [3], elle aura été élevée dans le giron de sa grand-mère maternelle britannique.

      

    Epouse du tsar Nicolas II depuis 1894, l'impératrice Alexandra parle anglais avec ses enfants, russe avec son mari, anglais et français avec son entourage, russe avec ceux qui ne parlent pas d'autres langues et allemand uniquement selon les circonstances officielles.

      

    Toutes ses lettres au tsar sont rédigées en anglais. Elle lui écrit presque chaque jour, l'appelant son précieux Boysy [diminutif affectueux de boy], son grand Agou ou plus simplement Nicky, signant d'affectueux Sunny ou Wify [ton soleil, ta petite femme].

    "La correspondance de l'impératrice Alexandra reflète les états d'âme d'une épouse tourmentée et névrosée, nourrie de mysticisme et de superstition", écrira plus tard dans ses Mémoires Maurice Paléologue, dernier ambassadeur de France auprès de la Cour du tsar et témoin privilégié des heurts et malheurs de la famille impériale.

     

    ga à d les grandes-duchesses Maria, Tatiana, Anastasia, Olga et le tsarévitch Alexis en 1910.jpg

    De g. à d. : les grandes-duchesses Maria, Tatiana, Anastasia, Olga et le tsarévitch Alexis en 1910.

    "L'impératrice souffrait d'une névrose hystérique. Les foules lui faisaient peur, sa peau se couvrait de plaques rouges et sa respiration devenait haletante. Inquiétude morale, tristesse chronique, angoisses diffuses, alternatives d'excitation et d'accablement, pensée obsédante de l'invisible et de l'au-delà, crédulité superstitieuse, tous ces symptômes qui marquent d'une empreinte si frappante la personnalité de l'impératrice ne sont-ils pas endémiques dans le peuple russe ?"

    UNE ÉPOUSE AIMANTE

    En septembre 1915, Nicolas II décide de prendre le commandement effectif des armées. C'est au quartier général de Moghilev, situé à quelques trente-six heures en train de la capitale, qu'il résidera quasi en permanence jusqu'à la veille de la révolution.

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    Nicolas II et son état-major

    "Tu pars seul et, le cœur gros, je te dis adieu. Pour longtemps il n'y aura plus ni tes baisers ni tes caresses. D'aucuns sans doute me trouveraient folle et sentimentale, mais je te sens trop profondément, trop intensément, et mon amour est immense, infini, mon cher aimé.

    J'aurais voulu t'embrasser fortement et revivre nos merveilleuses journées de fiançailles qui m'apportaient chaque jour des preuves nouvelles de ton amour et de ta bonté. Je sens encore ton costume gris, le parfum qui s'en dégageait, près de la fenêtre du château de Cobourg. Comme je me souviens nettement de tout, ces tendres baisers auxquels j'avais rêvé, que j'attendais depuis tant d'années et que je pensais ne jamais recevoir !

    Egoïstement, je souffre d'une façon terrible de notre séparation. Nous n'y sommes pas habitués et je t'aime si infiniment mon cher, mon précieux Boysi. Tu es notre Soleil et Baby [le tsarévitch] notre Rayon de Soleil. - Que Dieu te bénisse particulièrement dans ce voyage et te permette de voir de plus près nos vaillantes troupes ; ta présence leur donnera la force et le courage. Ce sera une grande récompense pour elles et une consolation pour toi. Soigne ta santé, mon petit Agou.

    Mon bien-aimé, quelques mots seulement avant la nuit. J'ai mis ton jasmin parfumé dans mon évangile, il m'a rappelé Peterhof [le palais]. J'aurais voulu aller dans la soirée à l'église mais je me suis sentie trop fatiguée, mon cœur est si lourd, si triste. - Maintenant, le plus doux des aimés qui me manque tant et que j'ai un tel désir de serrer contre mon vieux cœur, au revoir ! Un tendre baiser de ta vieille Sunny.

    Bonjour, mon petit mari ! J'ai mal dormi, le cœur me fait mal. Ce matin il est très dilaté, de sorte que je dois rester au lit. - La nuit n'a pas été fameuse et toute la journée je sens ma tête et aussi la dilatation du cœur. D'ordinaire, je prends des gouttes trois ou quatre fois par jour car vraiment je ne puis tenir mais ces jours-ci, je ne peux pas. Par moments, je sens que je n'en puis plus et alors j'avale quelques gouttes pour le cœur et le travail marche de nouveau."



    UNE TSARINE SUPERSTITIEUSE

    220px-Rasputin_pt.jpg"Mon Icône de 1911 avec la clochette m'aide vraiment à flairer les hommes. D'abord, je ne faisais pas assez attention, je n'avais pas confiance en mon opinion. Mais maintenant, je vois que l'icône et notre Ami [Grigori Raspoutine] m'ont aidée à connaître rapidement les hommes. Et la clochette tinterait s'ils venaient avec de mauvais desseins, mais ils n'oseraient pas s'approcher de moi. - N'oublie pas de tenir ta petite Icône dans ta main et de passer plusieurs fois Son peigne [de Raspoutine] dans tes cheveux avant la séance du Conseil des Ministres.

    J'aurais tant voulu que tu puisses venir afin de recevoir la bénédiction de notre Ami. Cela t'aurait donné de nouvelles forces. Je sais que tu es courageux et patient, mais tu es un homme et Son attouchement sur ta poitrine calmerait ta douleur et te donnerait la sagesse et l'énergie d'En Haut. Ce ne sont pas là des mots, c'est ma conviction la plus ferme."

     

    LE TSARÉVITCH ALEXIS

    Le tsarévitch en uniforme en 1916.jpg"C'est toujours la même souffrance de me séparer de toi et surtout maintenant que tu emmènes Baby qui me quitte pour la première fois de sa vie. Mais je me réjouis pour toi, au moins tu ne seras plus tout seul. Et notre petit Agou, comme il est heureux de partir avec toi, sans nous autre femmes auprès de lui. Je suis sûre que les troupes seront heureuses quand elles apprendront qu'il est avec toi.

    Nos officiers à l'hôpital ont été enthousiasmés. Si tu vas voir les troupes, je t'en prie, prends-le avec toi en automobile. Plus vous vous montrerez ensemble, mieux cela vaudra. Notre Ami est si heureux, ainsi que ta vieille Sunny, quand le Rayon de Soleil accompagne le Soleil dans le pays. Que Dieu vous garde, mes Anges.

    Quand tu es triste, va dans la chambre de Baby : embrasse le cher enfant et tu te sentiras rasséréné. Je te verse tout mon amour, Soleil de ma vie. De cœur et d'âme je suis avec toi, mes prières t'entourent. - Baby écrit d'une façon charmante :

    "Je n'ai plus d'argent et vous prie de m'envoyer ma solde." Ses billets sont charmants. Quel délicieux enfant ! - Sois sévère avec Baby pour qu'il ne joue pas à table, qu'il ne mette pas ses mains et ses coudes sur la table et ne lui permets pas de lancer des boulettes de pain.

    Nous devons remettre à Baby un Etat puissant. A cause de lui nous n'avons pas le droit d'être faibles sinon son règne sera encore plus difficile, car il lui faudra réparer nos fautes et tenir plus serrées les rênes que tu auras lâchées. Il te faut souffrir à cause des fautes de tes prédécesseurs et Dieu sait que tes charges sont lourdes ! Sois ferme. Je suis ta muraille, je suis derrière toi et ne céderai pas.

     

     


     
    Au moins pour l'amour de moi et de Baby ne prends pas de décisions importantes sans m'en prévenir, sans t'être entretenu avec moi de tout, tranquillement. Est-ce que j'écrirais ainsi, si je ne connaissais pas ton indécision, tes hésitations et à quel point il est difficile de te forcer à t'en tenir à Ton opinion ? Je sais que je puis te blesser en écrivant ainsi, car cela me fait mal à moi-même et me désole, mais toi, Baby et la Russie m'êtes trop chers."



    GRIGORI RASPOUTINE

    C'est avec un profond sentiment de culpabilité en tant que mère qu'Alexandra Féodorovna vivra raspoutine1.jpgl'hémophilie de son fils à qui elle aura transmis la maladie. Désemparée, elle fait appel à Raspoutine, moine doté de pouvoirs imaginaires de guérisseur, qui réussit à s'imposer rapidement à la Cour et à gagner l'entière confiance de la tsarine ainsi que celle de son époux Nicolas II pour qui il incarne à la fois l'Eglise, le moujik et la Sainte Russie …

    "La docilité avec laquelle Alexandra Féodorovna se soumet à l'ascendant de Raspoutine est significative, constate Maurice Paléologue. Quant elle voit en lui un "homme de Dieu" et qu'elle lui reconnaît le don de la prescience, quand elle fait dépendre de ses bénédictions le succès d'un acte politique ou d'une opération militaire, elle se comporte comme eût fait jadis une tsarine de Moscou."

    Suivent un chapelet de conseils, prières, avis péremptoires, invocations en tous genres : "Ecoute notre Ami, aie confiance en Lui. Il a dans le cœur ton intérêt et celui de la Russie, nous devons seulement faire plus attention à ce qu'Il dit. Ce n'est pas pour rien que Dieu nous l'a envoyé. Il ne parle pas à la légère et c'est très important d'avoir non seulement Ses prières mais aussi Ses conseils.

    Notre Ami trouve que la plupart des fabriques, surtout celles de bonbons et de sucreries, devraient faire des obus [sic !]. - Notre Ami pense qu'un des Ministres devrait appeler plusieurs gros marchands et leur expliquer que c'est très mal, en un moment pareil pendant la guerre, de hausser les prix, et leur faire honte. - Grigori te demande de la façon la plus pressante de donner immédiatement l'ordre que dans tout le pays des processions soient faites le même jour pour implorer la victoire. Dieu exaucera si tous s'adressent à Lui. Je t'en supplie, donne l'ordre.

     



    Je te copie le télégramme de Grigori : "Après avoir reçu le mystère sacré au calice de la Communion, en suppliant le Christ, en prenant sa chair et son sang, j'ai eu une vision de la magnifique joie céleste. Que la puissance céleste soit avec toi dans ton chemin, que les anges soient dans les rangs de nos soldats pour le salut de nos héros courageux, avec la joie et la victoire !"

    J'ai oublié de te dire que notre Ami m'a priée de te demander de donner l'ordre de ne pas augmenter les prix des tramways en ville. Au lieu des 5 kopecks, il faut maintenant en payer 10, et ce n'est pas juste envers les miséreux. Qu'on impose les riches mais pas les autres qui en ont besoin chaque jour.

    Ah ! oui, Grigori m'a dit aussi de t'écrire que tu ne dois pas te troubler quand tu révoques un général par la pensée que peut-être il est innocent. Tu pourras toujours dans la suite lui pardonner et le reprendre, et le fait qu'il aura souffert ne nuira jamais car cela lui inspirera une crainte salutaire de Dieu. - Il n'y aura pas de bénédiction sur la Russie si son Souverain permet qu'un homme envoyé parfelix.jpg Dieu à notre secours soit persécuté. Dis sévèrement, avec fermeté, d'une voix résolue que tu interdis toute intrigue contre notre Ami, tout propos sur Lui, et la moindre persécution. Dis-lui qu'un vrai serviteur n'ose pas aller contre un homme que respecte et vénère son Souverain."

    Accusé par d'aucuns d'avoir mis le prestige de la monarchie en péril, Raspoutine est assassiné par un groupe de conjurés au palais Youssoupov, la nuit de 16 décembre 1916. "Nous sommes tous rassemblés - peux-tu imaginer nos sentiments, nos pensées - notre Ami a disparu. Cette nuit, il y a eu un grand scandale chez Youssoupov [illustration], une grande réunion ; tous ivres. La police a entendu des coups de feu."

     

      

      

    LE TSAR AUTOCRATE

    "Tu es le Maître en Russie : autocrate, rappelle-toi cela ! Comme tous auraient besoin de sentir une volonté et une main de fer. Jusqu'ici ton règne fut de la douceur, maintenant il doit être celui du pouvoir et de la fermeté. Tu es le Seigneur et le Maître de la Russie et Dieu tout-puissant t'a placé là : ils doivent donc s'incliner devant ta sagesse et ta fermeté."

    Bien que le terme autocrate soit devenu au fil des siècles synonyme d'omnipotence et de despotisme absolu, il faut se rappeler que c'est Ivan-le-Terrible qui à la fin du XVème siècle s'arroge le titre de tsar-autocrate, voulant ainsi faire comprendre que la principauté de Moscovie est désormais un Etat souverain qui ne paiera plus le tribut annuel au Khan des Tartares.

    "Pardonne-moi, mon chéri, mais tu sais que tu es trop bon et trop doux. Parfois un mot dit d'une voix haute et un regard sévère font des miracles. Ils doivent mieux se rappeler qui tu es et qu'il leur faut avant tout s'adresser à toi. - Tu sais comme notre peuple est capable, mais il est paresseux et manque d'initiative. Il suffit de le pousser et alors tout sera fait. Seulement, ne demande pas, ordonne : sois énergique pour le bien de ton pays ! - Ne raille pas trop ta sotte vieille femme, elle porte sans qu'on s'en doute la culotte et si je puis être utile pour quoi que ce soit, dis-moi ce qu'il faut faire."

     



    LES AFFAIRES DE L'ETAT

    "Ah, mon amour, comme j'ai soif de t'aider, de t'être véritablement utile ! Je prie Dieu si ardemment de melettres de l'impératrice,alexandra féodorovna,alix de hesse darmstadt,nicolas ii,raspoutine,tsarévitch,youssoupov,ipatiev,de ryckel faire ton ange gardien et ton soutien en tout. Quelques-uns ont peur que je me mêle des affaires de l'Etat (les Ministres, par exemple), d'autres voient en moi celle qui doit aider quand tu n'es pas là.

    Tu n'es pas opposé à cela, dis, mon chéri, que j'intervienne et que je fasse part de mes idées ? Mais je t'assure que, quoique malade et avec mon cœur en mauvais état, j'ai plus d'énergie qu'eux tous réunis et je ne puis rester tranquille à regarder ce qui se passe. On dit qu'on me hait parce qu'ils sentent (la clique de gauche) que je travaille pour ton œuvre, pour Baby et la Russie. Oui, je suis plus Russe que beaucoup d'autres et ne resterai pas tranquille.

    Je sais que je te fatigue : est-ce que je n'écrirais pas beaucoup plus volontiers des lettres d'amour, de tendresse, de caresses dont mon cœur est si plein ? Mais mon devoir d'épouse, de mère et de mère de la Russie, m'oblige à te dire tout cela. Notre Ami m'a bénie pour cela. Mon chéri, Soleil de ma vie, si dans un combat tu avais dû rencontrer l'ennemi, jamais tu n'aurais hésité, tu te serais élancé en avant comme un lion. Sois ainsi maintenant dans le combat contre la poignée de brutes et de républicains. Sois le Maître et tous s'inclineront devant toi. - Il ne faut pas dire : "ton pauvre vieux mari n'a point de volonté", cela me tue.

    Ordonne de faire maintenant des processions, n'ajourne pas, mon amour. C'est maintenant le Carême, donc le moment est propice. Choisis la fête de Pierre et de Paul mais que ce soit fait au plus vite. Ah ! pourquoi ne sommes-nous pas ensemble pour parler de tout et veiller à ce que n'arrivent pas des choses qui, je le sais, ne doivent pas être ?

    C'est toi qui a raison, nous le savons, par conséquent force-les à trembler devant ton courage et ta volonté. Dieu est avec toi et notre Ami est pour toi. Maintenant, bonne nuit, mon chéri. Que les saints Anges te gardent et bénissent l'œuvre de tes mains ! Demain, je mettrai pour toi un cierge devant la Vierge : tu sentiras mon âme près de toi."

     



    LA SOCIÉTÉ RUSSE EN PERDITION

    "Quelle misère ! Il n'y a plus de gentlemen, il n'y a plus de bonne éducation, d'élévation morale et de principes sur quoi s'appuyer. On est si amèrement désenchanté des Russes, ils sont encore si en retard. - Je voudrais savoir ce qui se produira quand cette grande guerre sera terminée. Existera-t-il encore des idéaux ? Les hommes deviendront-ils plus purs, plus spiritualistes ou resteront-ils de vils matérialistes ? Comme je voudrais savoir tout cela ! Mais ces terribles souffrances qu'endure toute l'humanité doivent purifier les cœurs, les esprits, les cerveaux pétrifiés et les âmes endormies.

    Les grèves et les désordres en ville sont plus que provocants. C'est un mouvement hooligan : des garnements, des filles de bas étage courent et crient qu'ils n'ont pas de pain, simplement pour créer de l'agitation, de même des ouvriers qui empêchent les autres de travailler. Si le temps était plus froid, sûrement tous ces gens resteraient chez eux. Mais tout cela passera et se calmera."

    Novembre 1916 : chômage, grèves à répétition, désorganisation des transports, crise du ravitaillement, contestation politique … le peuple est en colère et les soupçons d'incurie à l'égard du pouvoir incapable de redresser la situation ont profondément marqué les esprits. Alors que le couple impérial estraspoutine_cartoon.png totalement coupé des réalités quotidiennes, certains membres de la famille Romanov cherchent à briser l'influence que la tsarine exerce sur le cours des événements. Certains songent même à faire déposer le tsar au profit de son fils.

    LA MONARCHIE EN PÉRIL

    "Reste de sang-froid, mais ne soit pas trop bon. Rappelle-toi, au nom de la Russie, ce qu'ils ont voulu faire : te chasser. Ce ne sont pas des suppositions, chez Orlov tous les papiers étaient déjà prêts, et moi m'interner dans un couvent. Qu'ils sentent qu'ils doivent avoir peur de toi. Sois plus sûr de toi : il faut qu'ils tremblent devant leur Empereur.

    Dieu t'a placé où tu es, ce n'est pas de l'orgueil, tu es l'oint de Dieu. - Le temps de la douceur est passé. Maintenant vient ton règne de la volonté, du pouvoir, et nous les forcerons à s'incliner devant toi. Il faut leur apprendre à obéir. Ils ne connaissent pas la signification de ce mot.

    Pourquoi me hait-on ? Parce qu'on sait que j'ai une forte volonté (et qu'elle a reçu la bénédiction de Grigori), je m'y tiens et c'est ce qu'ils ne peuvent pas supporter. - Mon chéri, rappelle-toi que la monarchie et ton prestige ne doivent pas être entamés par l'existence de la Douma [Parlement].

      

    C'est le Tsar qui gouverne, non la Douma.

      

    N'oublie jamais que tu es et doit rester Empereur autocrate. Nous ne sommes pas prêts pour un régime constitutionnel.

     

     

    lettres de l'impératrice,alexandra féodorovna,alix de hesse darmstadt,nicolas ii,raspoutine,tsarévitch,youssoupov,ipatiev,de ryckel

    La salle de la Douma au Palais de Tauride

    La Russie, grâce à Dieu, n'est pas un Etat constitutionnel bien que ces individus tâchent de jouer un rôle et se mêlent des affaires dans lesquelles ils ne devraient pas oser intervenir. - En vérité, ce serait la ruine de la Russie et contraire à ton serment du couronnement puisque, grâce à Dieu, tu es un autocrate. - Ce doit être ta guerre et ta paix et ton honneur et celui de la patrie, et en aucun cas celui de la Douma. Ils n'ont pas un mot à dire dans ces questions !"

    ABDICATION DU TSAR

    Les premières manifestations révolutionnaires ont lieu le 23 février 1917 : la foule envahit les rues, des meetings sont improvisés, des orateurs appellent à la lutte contre le pouvoir abhorré. Le 26 février, la police fait usage de mitrailleuses. Réunis en séance, les membres de la Douma décident de ne pas quitter la capitale.

      

    Le 27 février aux premières heures de la journée, indignés par l'ordre de tirer sur les émeutiers que les officiers leur avaient donné la veille, les soldats se mutinent et se joignent aux manifestants. Le cortège des soldats rejoignant celui des ouvriers, les uns et les autres se dirigent vers la Palais de Tauride, siège de la Douma.

    Le Mouvement d'octobre par Répine2.jpg

    Le mouvement révolutionnaire peint par Ilya Repine

    En quelques heures, le tsarisme s'effondre : Nicolas II est arrêté et contraint d'abdiquer. Il n'a plus aucun contact avec son épouse qui ignore pratiquement tout de la situation. Alexandra Féodorovna lui adresse ses dernières lettres.

    "Nous touchons le sommet du malheur. S'il faut se soumettre aux circonstances, Dieu aidera et ta gloire Nicolas II en captivité à Tsarkoie-Selo en 1917..jpgreparaîtra. Oh ! mon saint martyr ! - Mais Dieu tout-puissant est au-dessus de tout, il aime son Oint et il te sauvera et te rétablira dans ton droit.

    - Mon chéri, âme de mon âme, que mon cœur saigne pour toi ! Je deviens folle, ne sachant absolument rien sauf les racontars les plus ignobles qui peuvent amener à la folie une créature humaine. - Tu comprends que je ne puis écrire comme il faut ; il y a un poids trop lourd sur le cœur et sur l'âme.

    La famille Benoiston [la tsarine désignait parfois ainsi sa famille] t'embrasse sans fin et souffre pour son cher père.

    Toujours des nouvelles qui peuvent rendre fou. La dernière dit que le père [le tsar] a renoncé à occuper la place qu'il occupait depuis 23 ans ! Je comprends tout à fait ton acte, ô mon héros ! Je sais que tu n'as rien signé de contraire à ce que tu avais juré lors de ton couronnement.

    Nous nous connaissons admirablement l'un l'autre, nous n'avons pas besoin de mots et, je le jure sur ma vie, nous te verrons de nouveau sur ton trône, porté par le peuple et les troupes, pour la gloire de ton règne ! Tu as sauvé le royaume de ton fils et le pays, et tu seras couronné par Dieu lui-même, sur cette terre, dans ton pays.

    Dieu, du ciel, enverra l'aide. Je t'embrasse fort, fort. Ta Wify."

     

     



    Durant la nuit du 16 au 17 juillet 1918, après 78 jours de réclusion dans la maison Ipatiev à Ekaterinbourg, la famille impériale est assassinée sur ordre de Lénine par les hommes chargés de sa ipatievmurroom.jpgsurveillance :

    Nicolas, Alexandra et leurs cinq enfants Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et Alexis ainsi que le docteur Botkine et trois fidèles domestiques, mettant fin à trois siècles de règne Romanov. "Toute l'opération a duré vingt minutes", consignera dans son rapport le commandant de la garde.

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

     

     

     

     

    http://meshistoiresdautrefois.hautetfort.com/archive/2012/01/22/lettres-de-l-i

    mperatrice-alexandra-feodorovna-au-tsar-nicola.html

     

     

     

     

     

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  • NICOLAS II ALEXANDROVITCH (1868-1918) empereur de Russie (1894-1917)

    Dernier tsar de Russie, fils aîné d'Alexandre III, Nicolas II succède à son père le 1er novembre 1894 et il est couronné le 26 mai 1895.

    Ni par son éducation ni par son tempérament, Nicolas II n'est préparé à la tâche écrasante de gouverner un immense empire agité depuis un demi-siècle par les mouvements sociaux et politiques les plus divers. De caractère timide, aux goûts modestes et bourgeois, préférant la vie familiale, il reçoit l'éducation limitée d'un officier de la garde.

     

    Le 26 novembre 1894, il épouse Alice, princesse de Hesse, qui prend le nom d'Alexandra Feodorovna, dotée d'un caractère plus fort, mais morbide, tombant facilement sous la coupe des charlatans spiritualistes, en particulier de Raspoutine, qui possédait le don d'arrêter l'hémophilie du tsarévitch.

     

    Incapable de choisir de bons collaborateurs et aussi de comprendre qu'il fallait modifier le système autocratique, il ne peut se résoudre à renoncer au pouvoir absolu, tout en manquant en même temps de la volonté et de la personnalité nécessaires pour l'imposer.

    Dès son avènement, Nicolas II, tout comme son père, proclame son intention de ne pas libéraliser le régime. Poussé par ses conseillers, il s'engage en Asie dans une politique ayant pour dessein de faire de la Russie une grande puissance eurasienne. Mais l'issue malheureuse de la guerre russo-japonaise provoque la première révolution de 1905.

    Le 3 mars 1905, le tsar accepte à contrecœur la convocation d'une assemblée consultative, la Douma. Le 30 octobre 1905, il signe le manifeste établissant un régime constitutionnel ; mais, dès que le danger immédiat est écarté, il retire progressivement les pouvoirs à la Douma et favorise les groupements d'extrême droite, telle l'Union du peuple russe.

    Pendant la guerre, de 1914 à 1917, il intervient maladroitement, sous la pression de Raspoutine, dans les nominations des généraux et des ministres. Vers la fin de la guerre, marquée par des défaites successives dont Nicolas II est rendu responsable par toutes les couches de la population, y compris par ses proches, des émeutes

    Lui-même en uniforme cosaque, le tsar Nicolas II (1868-1918), à cheval, inspecte les troupes cosaques, en janvier 1917.

     

     

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  •  

     

     
      
    Avant la découverte des corps de la famille impériale, plusieurs personnes ont déclaré être des membres survivants de la famille Romanov.
      
    Une femme du nom de Marga Boodts a prétendu être Olga.
      
    Elle vivait dans une villa au bord du lac de Côme en Italie et a été aidée à être reconnue comme telle, grâce à l'appui de l'ancien Kaiser Guillaume II et par le Pape de l'époque.
      
    Cependant, à l'époque, la plupart des historiens ont affirmé qu'Olga était morte avec le reste de sa famille.
     
     En 1991, les corps de la famille impériale et de leurs proches ont finalement été retrouvés dans une fosse commune dans les bois des environs d'Ekaterinbourg.
      
    La tombe avait été trouvée près d'une décennie plus tôt, mais a été tenue secrète du fait qu'à cette époque, la Russie était encore communiste. À la grande surprise des archéologues, les corps d'Alexis et d'une de ses sœurs, probablement Maria, étaient portés disparus.
     
     
     
    Tatiana and Anastasia | 1917.
     
      
      
    Le 16 juillet 1998, Nicolas II a été inhumé avec les membres de sa famille (sauf Alexis et Maria, dont les corps n'avaient pas encore été retrouvés) et les quatre membres de sa suite dans la Cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg.
      
    Ils furent inhumés en présence des descendants de la famille Romanov, notamment du prince Nicolas Romanov, chef de la maison impériale de Russie.
      
    Le 14 août 2000, Nicolas et sa famille ont été canonisés par l'Église orthodoxe de Russie qui les considère comme martyrs.
      
      
    Dans le calendrier de l'Église orthodoxe russe, Sainte Olga est fêtée le 17 juillet ; les martyrs impériaux sont fêtés ce même jour : Saint tsar Nicolas, sainte tsarine Alexandra, Sainte Tatiana, Sainte Maria, Sainte Anastasia, saint tsarévitch Alexis.
     
    Le 23 août 2007, une archéologue russe a annoncé la découverte de deux corps à Ekaterinbourg qui semblaient correspondre à la description des lieux où les corps de Maria et d'Alexis avaient été inhumés, d'après les Mémoires de Yourovski.
     
     

    Olga | 1917.

      
      
    Les archéologues ont affirmé que les restes retrouvés appartenaient à un garçon de dix à quinze ans et à une jeune femme de dix-neuf ou vingt ans. Tels étaient les âges des deux enfants du tsar au moment de leur mort, Maria ayant dix-neuf ans et Alexis treize.
      
    Des tests ADN sont encore en cours pour déterminer si ce sont bien les restes des deux enfants Romanov.
     

     Alexei | 1914.

      
      
    Le 22 janvier 2008, selon les conclusions préliminaires de l'expertise génétique, les ossements découverts le 29 juillet 2007 aux abords d'Ekaterinbourg appartiennent à des enfants du dernier empereur russe, a confié à RIA Novosti le chef du bureau régional de l'expertise médico-légale de Sverdlovsk, Nikolaï Nevoline.
      
    « Les analyses ADN effectuées à Ekaterinbourg et à Moscou ont confirmé notre hypothèse.
      

     
      
      
    Une fois ces expertises terminées, leurs résultats seront comparés à ceux de nos collègues étrangers », a déclaré l'interlocuteur de l'agence. Selon lui, les conclusions définitives de l'expertise génétique seront publiées en avril ou en mai prochains.
     
     Le 30 avril 2008, Edouard Rossel, gouverneur de la région de Sverdlovsk, a déclaré :
      
    « Le plus grand laboratoire génétique des États-Unis a confirmé leur identité : les corps retrouvés en août 2007, sont bien les corps des deux enfants du tsar Nicolas II, la grande-duchesse Maria et le tsarévitch Alexis [...] Nous avons à présent retrouvé la famille au grand complet. »
      
    Cette confirmation pourrait mettre un terme à l'histoire tourmentée de la famille impériale de Russie
     
     
     
     
     
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  •  Alexandra in the Mauve Room

     

    Salon Mauve

     

    Ci-dessus : photographie "colorisée" du Salon Mauve.

     

    Alexandra n'avait que 22 ans lorsqu'elle emménagea au Palais Alexandre. Jusqu'alors, elle n'avait été qu'une sorte de vagabonde et d'éternelle invitée, sans véritable foyer à elle. Elle faisait la navette entre Darmstadt et les résidences de sa grand-mére, la reine Victoria, principalement Balmoral en Ecosse et Osborne House sur l'Ile de Wight.

     

    "The Virgin's Slumber" by Paupion hung in the mauve room.

     

    Les palais de Darmstadt, où elle avait vécu, avaient d'abord appartenu à son pére, puis à son frére et à l'épouse de celui-ci, mais pas vraiment à elle. Quand elle fut adolescente, elle comprit qu'elle devrait un jour faire son propre foyer, ailleurs, avec son futur mari. Et puisque aucun mari ne venait la sauver, il semblait à Alexandra que son destin était de devenir une vieille fille, retirée dans un obscur appartement d'un des palais de sa famille ou dans un cottage d'une propriété royale, au gré de la charité de ses proches.

     

     

    Ci-dessus : Le sofa mauve de l'impératrice

     

    Quand Alexandra arriva en Russie, elle fut pour la premiére fois intéressée à la création de ses propres lieux de vie. Elle n'en avait aucune expérience et la plus grande part de ce qu'elle savait de la décoration venait des magazines et des conseils qu'elle avait reçu au fil des années de sa grand-mére anglaise, ainsi que de ce qu'elle avait pu observer du style sentimental et démodé de Victoria.

     

    The Mauve Room - Alexander Palace, Tsarskoe Selo

     

     

    Cependant, même si les goûts d'Alexandra étaient conventionnels et hésitants, elle fit de nombreuses suggestions au décorateur, Roman Meltzer, à propos du choix du mobilier, des couleurs et des tissus. Son objectif était de créer un environnement clair et confortable pour son époux et sa future famille.

     

    Mauve Room - colorized

     

     

    Elle voulait une piéce où Nicolas pourrait venir déposer le fardeau des affaires de l'Etat, un sanctuaire où ils pourraient se retrouver, seuls et en sécurité. Comme Alexandra travaillait avec Meltzer, le prix ne fut jamais discuté. Cela aurait été considéré comme peu digne de son rang. Mais ne pas conna�tre les prix était déconcertant pour Alexandra, qui avait l'habitude de gérer son argent avec beaucoup de soin, en bonne "hausfrau" allemande. Elle voulait dépenser le moins possible, alors que n'importe qui d'autre ne se serait pas soucié des prix. Le budget total pour la rénovation du Palais Alexandre aurait sans doute stupéfait la jeune tsarine, si elle avait eu assez de courage pour demander combien cela avait coûté.

     

     

     

    Le Boudoir Mauve était la piéce préférée d'Alexandra et, pendant vingt ans, ce fut le centre de sa vie de famille au palais. A l'époque, c'était la piéce la plus célébre en Russie et le sujet de nombreux ragots à propos de tout ce qui était sensé s'y passer. Aujourd'hui encore, elle reste une piéce mystérieuse et c'est celle qui intéresse le plus le public. Elle fut aussi beaucoup raillée pour son style et son caractére familial par l'élite de l'époque. Dans l'élégant Saint-Pétersbourg, on pensait qu'une authentique impératrice Romanov se devait de mener une vie semi-publique dans de splendides salons, décorés avec grâce dans le vieux style, avec de délicates oeuvres d'art et du mobilier sophistiqué.

    tumblr_lzve1vX3TG1r71ilwo1_400.jpg (347×480)

     

    Pendant 21 ans, alors que les styles décoratifs à la mode se succédaient, Alexandra résista à tous ceux qui lui suggéraient de rénover cette piéce. Elle représentait trop de souvenirs pour elle et elle était déterminée à la maintenir ainsi qu'elle était lorsqu'elle s'était mariée. Cela signifiait que le Salon Mauve, que l'on pouvait considérer comme charmant, moderne et trés chic en 1896, était devenu désespérément suranné et démodé en 1917. Les tons opales, les vitraux et les meubles délicats étaient depuis longtemps passés de mode.

     

    A gauche: la banquette d'angle du Salon Mauve.

    Le Salon Mauve a reçu son nom des soieries de couleur opale qui tapissaient les murs et qui avaient été réalisées par la Maison Charles Berger de Paris, une entreprise qui existe encore aujourd'hui dans la capitale française, à la même adresse. Le tissu était nommé "Lampas Violet Reseda" et il était extrêmement cher. Le coût total pour les soieries et la garniture du Salon Mauve dépassait le prix de chacun des Oeufs de Pâques Impériaux de Fabergé. Des étoffes assorties, venant d'une manufacture de Moscou, servirent à tapisser les siéges. Ce tissu différait légérement de l'autre : il était un peu plus clair et relevé d'un motif floral. Les deux étaient en lampas, tissé de motifs en relief réfléchissants, qui donnaient au matériau une douce lueur inhabituelle, notamment la nuit à la lumiére artificielle.

    Alexandra aimait beaucoup la couleur mauve et elle sélectionna personnellement le tissu et la teinte. On dit qu'elle demanda une couleur identique à celle d'un brin de muguet que Nicolas lui avait offert. En Russie, la couleur mauve est justement appelée "lilas" et on appelle donc aussi ce salon le Boudoir Lilas. Le Mauve était à la mode à l'époque et le devint de plus en plus pendant l'ére edwardienne. Sa teinte délicate s'étend du ton "pétales de roses" au lavande clair. Ce n'était pas seulement la couleur d'un jardin printanier, mais aussi celle du deuil et du souvenir. La tristesse et l'introspection de cette couleur doivent être rapprochées de la personnalité timide d'Alexandra, qui est plongée dans la tristesse depuis son plus jeune age.

     

     

    The Mauve Room at the Alexander Palace.

     

    L'impératrice confirma aussi son amour pour les pastels et les effets délavés dans sa sélection de bijoux. Elle préférait les aigues-marines et les topazes bleues aux pierres plus coûteuses. Mais ce sont les perles, avec leur douce opalescence, qui étaient ses grandes favorites. Comme cadeau de mariage, elle reçut d'Alexandre III une magnifique parure de perles roses, qui, pour 700 000 roubles or, représentait la plus grosse commande jamais reçue par la Maison Fabergé.

     

     

     

    Et ce fut le début d'une relation entre Alexandra et l'entreprise qui dura toute sa vie. La bague de fiançailles que Nicolas offrit à Alexandra était également une grosse perle rose et ses boucles d'oreilles préférées étaient une paire de perles roses montées avec un gros diamant. Les photographies montrent qu'elle les portait souvent et leurs débris furent retrouvés brûlés et piétinés dans la boue du puits de mine de Iekaterinbourg aprés le meurtre de la famille.

     

     

    Alexandra in the Mauve Boudoir

     

    Aucune porte ne menait du corridor du palais dans le Salon Mauve et on ne pouvait donc y pénétrer qu'à travers les doubles portes drapées de lourds rideaux et décorées de fleurs sculptées, venant du Salon de Palissandre ou de la chambre à coucher. Un rideau assorti couvrait l'une des deux immenses fenêtres du salon. Ces rideaux étaient taillés dans la coûteuse soie mauve de Charles Berger.

    Ils étaient doublés et cousus de rubans, de franges et de gros pompons. Grâce à la taille de ces immenses fenêtres et au fait que l'une d'elle, un simple châssis d'acajou, ne soit recouverte que d'un voilage de soie fine, cette piéce était trés lumineuse pendant la journée. La seconde fenêtre, du côté de la chambre, était une immense baie constituée d'un seul panneau de verre et qui donnait l'impression que les arbres du jardin pénétraient jusque dans le salon.

    Alexandra in the famous chair in the Mauve Room

     

    Le plafond était décoré de peintures qui dataient de la rénovation de la piéce à l'occasion du mariage de Maria, la fille d'Alexandre II, avec Alfred, le fils de la reine Victoria. Une nouvelle frise, constituée d'iris entrelacés de rubans, dans le style Art Nouveau, ceinturait la corniche. Elle avait été réalisée par le peintre Alexandrov en 1896. Au-dessous de la frise couraient des rails en bronze qui permettaient d'accrocher les tableaux au bout de longues cordes.

     

    OTMA, as the Grand Duchesses Olga, Tatiana, Maria and Anastasia called themselves.

     

    Le Palais Alexandre fut relié à l'électricité en 1895, en prévision de l'installation de Nicolas et Alexandra. Des fils électriques pour les lampes couraient en dessous des soieries recouvrant les murs, ce qui posait des problémes lorsqu'il fallait les réparer, ainsi que des soucis à propos des incendies. Les boîtiers de fusibles pour les lampes du salon se trouvaient loin d'ici, au sous-sol. La nuit, la lumiére était douce et indirecte, venant de nombreuses lampes de table et de l'applique murale qui illuminait le tableau le plus important de la piéce.

    Olga, Tatiana, Alexandra, Anastasia, Marie Romanov

     

    Ces lumiéres avaient une commande centrale et elles s'allumaient les unes aprés les autres lorsqu'on l'actionnait. Il n'y avait pas de lustre central dans le Salon Mauve.

    La moquette d'Axminster était de couleur pistache, avec des feuillages dans un ton plus sombre. Elle venait de Grande-Bretagne et était constituée de bandes cousues entre elles.

     

    A gauche: une chaise du Salon Mauve

    La partie inférieure des murs était décorée de panneaux peints couleur créme et dont les angles étaient alternativement carrés et concaves. Les meubles en citronnier étaient de style rocaille français, sculptés de motifs en forme de volutes et de coquillages. Ils avaient été dessinés par Roman Meltzer et assemblés dans l'atelier de sa famille à Saint-Pétersbourg.

    A gauche, nous voyons une chaise de la série crée par Meltzer. L'ossature est délicieusement fine et les invités corpulents ont du y réfléchir à deux fois avant de s'y asseoir. Malgré cette impression de luxe et de raffinement, tous les meubles du Salon Mauve étaient utilisés tous les jours dans le cadre familial. Alexandra appréciait la compagnie de ses enfants et de nombreux animaux domestiques dans son boudoir et tous ont inévitablement laissé leur empreinte sur le mobilier. De grands rouleaux de tissu et de moquette étaient donc gardés en réserve pour faire face à l'usure.

    Le coin le plus connu de la piéce est celui où se trouve la célébre chaise longue mauve d'Alexandra. Elle est placée derriére un paravent en bois et en verre, à côté d'une grande jardiniére remplie toute l'année de plantes aux doux parfums. La banquette était taillée dans le tronc d'un arbre, doublée de soie et décorée de pompons et d'épaisses franges. L'impératrice, qui était à moitié invalide, était capable de passer une grande partie de la journée ici, entourée de sa famille et de ses objets les plus précieux. Elle était couchée sur la banquette, appuyée sur des coussins brodés à la main et couverte d'un plaid qu'elle avait fait elle-même.

    Olga Nikolaevna, Anastasia Nikolaevna, Tatiana Nikolaevna, and Maria Nikolaevna

     

    L'impératrice était une brodeuse experte et elle enseigna à ses filles l'art de la broderie. Elle se rattachait définitivement à l'école qui voulait que "les mains désoeuvrées sont les ateliers du diable" et elle n'aimait donc pas voir celles de ses filles inoccupées. Les soirs, quand Nicolas faisait la lecture à toute la famille, l'impératrice et ses enfants vaquaient silencieusement à leurs travaux manuels. Elle apprit aussi à tricoter à ses enfants, y compris au tsarévitch, tandis que les filles apprenaient également le crochet et à réaliser des dentelles.

    Alix and Tatiana in the Mauve Room

     

    Il y avait des puzzles et des jeux dans les paniers, pour que les enfants puissent jouer avec. Sur les guéridons s'entassaient des exemplaires des principaux magazines anglais et russes, ainsi que les disques préférés de la famille. Il y avait même quelques magazines américains, notamment le National Geographic. Les livres favoris de l'impératrice remplissaient les bibliothéques installées contre les murs. Il y avait beaucoup de livres sérieux sur la religion et la philosophie, mais aussi des romans à l'eau de rose, des livres d'art et des guides de voyage.

    Alix & Tatiana in the Mauve Room

     

    La plupart était en anglais, la langue que l'impératrice utilisait habituellement avec son époux, sa suite, ses amis et ses enfants. De grands albums de photographies, contenant des instantanés collés avec soin, étaient empilés sur les tables ou rangés sur les étagéres. Tous les membres de la famille impériale étaient des photographes avides et chacun conservait des albums de leurs clichés préférés.

     

     

    A droite: le bureau de l'impératrice dans le Salon Mauve

    Il y avait de nombreuses peintures et aquarelles dans la piéce. Celles qu'Alexandra préférait étaient un pastel à l'huile de Nesterov représentant "l'Annonciation" et offert par Nicolas en 1897, un portrait de sa mére, Alice, par di Angeli (la reine Victoria en avait une copie), un grand tableau de "la Vierge dormant" du peintre français Papion, qui pendait au-dessus de son sofa mauve, et des portraits de son mari et de son fils Alexis. Alexandra était une aquarelliste accomplie mais elle était plutôt indifférente aux beaux-arts, choisissant les oeuvres pour leur sujet ou le lien avec des gens, des événements ou des voyages qu'elle avait fait, plutôt que pour leur technique ou l'artiste qui les avaient peintes. Les seuls qu'elle favorisa furent Zichy, pour ses peintures florales, et Nesterov, pour ses oeuvres religieuses.

    Dans la plupart des piéces de ses appartements, on trouvait une copie de l'icône préférée de la famille, Notre-Dame de Tsarskoe Selo.

     

     

    Dans le Salon Mauve, il y avait aussi un piano Becker, enfermé dans un coffre en citronnier de couleur créme, dessiné pour s'intégrer au décor de Meltzer et construit par ses ouvriers. Les étagéres de la piéce étaient bourrées de photographies de parents et d'amis, collectionnées au fil des années. Il y avait aussi une quantité considérable de vitraux, une des passions de l'impératrice, et de porcelaines collectées lors des visites familiales au Danemark et des habituelles visites à la Manufacture Royale de Copenhague.

    OTMA in the Mauve Room

     

    Le petit bureau de l'impératrice se trouvait vers la fenêtre dans un coin de la piéce. Elle était une épistoliére prolifique et écrivait un peu partout dans ses appartements sur des blocs de papier. Normalement, elle utilisait son propre papier à lettres frappé du monogramme impérial, mais le plus souvent, elle se servait des papiers qu'elle trouvait là où elle était, notamment le papier à lettres des enfants lorsqu'elle se trouvait à l'étage. Il était notoire qu'Alexandra prenait peu de soin de sa correspondance, qui s'entassait ici et sur la table prés du sofa mauve. Cela rendait fou son mari qui était l'exact opposé, soigneux et ordonné à l'extrême.

    Tsar Nicholas in the Mauve Room

     

    Un téléphone avait été installé sur le guéridon, prés du sofa, par la firme suédoise Eriksson. Il était relié aux autres téléphones du palais mais aussi avec l'extérieur. L'opérateur du palais était installé au sous-sol et relié à un central téléphonique situé à un étage supérieur du Lycée Impérial, prés de la Chapelle du Palais Catherine.

    Bob Atchison

    Traduction: Thomas Ménard, mai 2004

     

     

     http://www.alexanderpalace.org/palace/frmauve.html

     

     

     Alexandra with Anya in the Mauve Room

    Alix et Anya

     

     

     

     

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    Private Dining Room for the Imperial Children and Their Staff

     

    This photograph was taken during the First World War. On the left is Tatiana, who is dressed in a nurse's uniform and is seated on a simple bentwood chair. Behind her is Tatiana's sister, Maria. The table is set for tea and behind it is a large built-in cupboard for the storage of glassware, china and silver. A cord with a button for calling a servant hands from the light at the center of the room. On the walls are watercolors by the artist Elizabeth Bem, who was a favorite of the family. Here can also be seen a small thermometor. The room also had a white-painted piano.

    The Dining Room opened off of a landing which lead to a wooden staircase leading via a mezzanine bathroom and closets to their mother's bathroom downstairs. The Imperial children most often dined separately from their parents.

    Baroness Sophie Buxhoeveden, a Lady-in-Waiting to the Empress was quite close to the Grand Duchesses. She wrote eloquently about them:

     

    "From an early age the children came down to luncheon with their parents, even if there were guests present in addition to the members of the Household. While they were still babies, their table manners were very good and they talked quite easily to strangers. They changed into romping clothes for the afternoon, but appeared again at tea time in their best frocks with their toys. Later the toys were replaced by needlework, for the Empress would never allow them to sit about idle. They were perfectly at ease with their parents, looking upon them, not only as parents, but as delightful companions. When they grew up, they laughed and joked with them, the Empress joining in when the Emperor teased his daughters.

    The girls were all four remarkably healthy, though they had the usual children's complaints - croup, measles and chicken-pox. Anastasia had diphtheria also, and Olga and Tatiana typhoid. Their mother nursed them through all these illnesses, isolating herself with the sick child, and sitting up for whole nights to soothe and comfort the restless little patient. They had, of course, a staff of nurses; an English head-nurse in charge, with Russians under her, while the Tsarevich had a Russian head-nurse of his own.... For a long time the Empress did not want her daughters to have a regular governess. She did not like the idea of a stranger coming between herself and her children... the Grand Duchesses had no one especially attached to them. Mlle. Schneider took the charge of the two youngest, Marie and Anastasia, while the elder ones went about with one or other of the Empress's ladies-in-waiting.

    The Empress really brought up her daughters herself, and her work was well done. It is not possible to imagine more charming, pure and high-minded girls. She could exercise her authority when necessary, but not in such a way as to interfere with the perfect confidence that existed between mother and daughters. She understood the high spirits of youth, and never put a check on laughter or wild pranks. She liked, too, to be present at their lessons, and to discuss with their teachers the line their studies should follow.

    The girls were all very good-looking. The eldest, the Grand Duchess Olga Nicolaevna, was fair and tall, with smiling blue eyes, a somewhat short nose, which she called "my humble snub," and lovely teeth. She had a remarkably graceful figure and was a beautiful rider and dancer. She was the cleverest of the sisters, and was very musical, having, her teachers said, an "absolutely correct ear." She could play by ear anything she had heard, and could transpose' complicated pieces of music, play the most difficult accompaniments at sight, and her touch on the piano was delightful. She sang prettily in a mezzosoprano. She was lazy at practising, but when the spirit moved her she would play by the hour.

     

     

    Olga Nicolaevna was very straightforward, sometimes too outspoken, but always sincere. She had great charm, and could be the merriest of the merry. When she was a schoolgirl, her unfortunate teachers had every possible practical joke played on them by her. When she grew up, she was always ready for any amusement. She was generous, and an appeal to her met with immediate response. "Oh, one must help poor so-and-so. I must do it somehow," she would say. Her more careful sister, Tatiana, would suggest practical measures, would note names and details, and come back to the subject later out of a sense of duty.

    Olga Nicolaevna was devoted to her father. The horror of the Revolution told on her more keenly than on any of the others. She changed completely, and all her bright spirits disappeared.

    Tatiana Nicolaevna was to my mind prettier than her sisters. She was taller even than the Empress, but she was so slight and well-proportioned that her great height was not remarkable. She had fine, regular features, recalling pictures of ancestresses who had been famous beauties. She had dark hair, a rather pale complexion, and wide-apart, light-brown eyes, that gave her a poetic far-away look, not quite in keeping -with her character. This was a mixture of exactness, thoroughness and perseverance, with leanings towards poetic and abstract ideas. She was closest in sympathy to her mother, and was the definite favorite of both her parents. She was completely unselfish, always ready to give up her own plans to go for a walk with her father, to read to her mother, to do anything that was wanted.

      

    It was Tatiana Nicolaevna who took care of the little ones, and who -was a constant help to the Household, always willing to help them in arranging that their official duties should not clash with their private engagements. She had the Empress's practical mind and love of detail. She planned and arranged everything in the " Children's quarters " as it was called. She had a less strong character than Olga Nicolaevna, whose lead she would always follow, but she could make up her mind in an emergency quicker than her elder sister, and never lost her head.

    When her brother was ill, Tatiana Nicolaevna could take her mother's place, following the doctor's directions and playing with the sick boy for hours. Out of a sense of duty, she undertook more thin her share of public appearances. She was shy, Eke all her sisters, but her natural friendliness made her want to say pleasant things to people. She became much better known than her cleverer elder sister, as she took more trouble about the people she met. Tatiana Nicolaevna loved dress. Any frock, no matter how old, looked well on her. She knew how to put on her clothes, was admired and liked admiration. She was sociable, and friends would have been welcome, but no young girls were ever asked to the Palace. The Empress thought that the four sisters should be able to entertain one another. They were close friends when they outgrew the squabbles of childhood. The two elder shared one bedroom, the two younger another, while their schoolrooms and dining-room were in common. The little Tsarevich had his own rooms, in which M. Gilliard ruled.

    Marie Nicolaevna was like Olga Nicolaevna in colouring and features, but all on a more vivid scale. She had the same charming smile, the same shape of face, but her eyes, "Marie's saucers," as they were called by her cousins, were magnificent, and of a deep dark blue. Her hair had golden lights in it, and when it was cut after her illness in 1917, it curled naturally over her head. Marie Nicolaevna, alone of the sisters, had a decided talent for drawing, and sketched quite -well, always with her left hand. "Mashka," as her sisters called her, was ruled entirely by her youngest sister, Anastasia Nicolaevna, nicknamed by her mother "the imp."

    Perhaps Anastasia Nicolaevna would have grown up the prettiest of the sisters. Her features were regular and finely cut. She had fair hair, fine eyes, with impish laughter in their depths, and dark eyebrows that nearly met. These combined to make the youngest Grand Duchess quite unlike any of her sisters. She had a type of her own and was more like her mother's than her father's family. She was rather short even at seventeen, and was, then decidedly fat, but it was the fatness of youth. She would have outgrown it, as had her sister Marie.

    Anastasia Nicolaevna was the originator of all mischief, and was as witty and amusing as she was lazy at her lessons. She was quick and observant, with a keen sense of humour, and was the only one of the sisters who never knew the meaning of shyness. Even as a baby she had entertained grave old men, who were her neighbors at table, with her astonishing remarks.

    All the Grand Duchesses were very Russian in their outlook and ideas. Their only experience of foreign countries had been in short visits to Darmstadt, and once to England, and they preferred life in their own country to anything else. They always spoke Russian among themselves and to the Emperor, English to their mother, and French to M. Gilliard. The elder girls had a smattering of German, but spoke it with difficulty; the younger ones and the Tsarevich did not know it at all. "

    Bob Atchison
     
     
     
     
     
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    Le Salon de Palissandre

     

      

    Ci-dessus : le Salon de Palissandre ou Salon de Bois de rose. Sur le sol, dans le coin gauche, on aperoit le coffre d'Alexandra qui contient ses souvenirs personnels.

    Avant la construction du Salon d'Erable, il s'agissait du salon principal des appartements impériaux. Dans ses premiers journaux, Nicolas décrit cette pièce comme le Salon Chippendale.

      

    En effet, à l'époque, on considérait la cheminée d'angle en bois, avec ses corniches et ses nombreuses étagères, comme de style Chippendale. Nicolas et Alexandra appréciaient beaucoup cette pièce et c'était l'un des endroits où ils aimaient à se retirer tous les deux, pendant leurs premières années au palais.

     

     

    Les murs étaient tendus de soie de ton vert pale et le sol recouvert d'une moquette anglaise, avec des motifs en losange et des couronnes, dans des nuances de violet.

    Au centre de la pièce pendait un énorme lustre en bronze doré et cristal, de style Empire.

     

     

    A gauche : la cheminée d'angle du Salon de Palissandre.

    Nicolas et Alexandra choisirent personnellement les tableaux de cette pièce et firent en sorte que leur sélection reflète leurs goûts personnels respectifs.

    Les deux qui se trouvent de part et d'autre de la cheminée avaient été achetés spécialement pour ce salon par l'impératrice.

      

    Celui de gauche est une version Art Nouveau de "L'Annonciation". Celui de droite une "Vierge à l'Enfant" de Paul Thuman.

      

      

    Alexandra choisit aussi un portrait de son père, peint par Plueskow en 1894, et un autre de sa mère, la princesse Alice de Grande-Bretagne et d'Irlande, qui était une copie de Kobervein.

    Le plus grand tableau du salon était une grande toile représentant le château de Romrod, en Hesse.

      

      

    Il y avait aussi des oeuvres de célèbres artistes russes et une aquarelle du peintre anglais Sir Edward Poynter, qui avait été acquise par Nicolas lors d'un voyage en Grande-Bretagne.

     

     

      

      

    Devant la cheminée se trouve un paravent, sur lequel sont peints en aquarelle les maisons d'enfance d'Alexandra, en Hesse. La cheminée dispose d'un pare-feu et ses étagères sont remplies de porcelaines de la Manufacture Royale de Copenhague. I

      

    l y a également, au centre du manteau, une horloge Art Nouveau avec des vitraux de Gallé ou de vitraux russes sur chaque face.

     

     

     

    Seuls quelques amis intimes et les personnes auxquelles le tsar ou la tsarine voulaient accorder une faveur spéciale étaient invités dans ce salon, qui faisait partie des appartements privés. La pièce était recouverte de panneaux de bois de rose longuement polis.

     

     

      

    C'est Meltzer qui dessina sur mesure le mobilier de cette pièce et qui le fit réaliser dans l'atelier de sa famille à Saint-Pétersbourg. Les meubles, tout comme les panneaux muraux, étaient en bois de rose incrusté de délicats motifs.

      

    Ce salon était typique des intérieurs anglais de l'époque et ressemblait beaucoup à celui présenté par Bing à l'Exposition Universelle de Paris la même année.

     

     

    Les intérieurs de style anglais étaient caractérisés par l'utilisation de lambris de bois massifs et de matériaux contrastés pour décorer la pièce. Ici, dans l'interprétation de Meltzer, on retrouve le vieux mouvement anglais Arts and Crafts, mélangé à de subtils éléments du mouvement Art Nouveau.

     

      

      

    On le voit surtout dans les proportions des meubles et dans l'utilisation de nouveaux motifs décoratifs.

     

    On retrouve aussi des sensibilités plus modernes dans la matière utilisée pour tapisser les sièges, ce qui était plus confortables que les chaises empaillées des décennies précédentes. Les étoffes utilisées dans ce salon sont de lourdes tapisseries tissées dans des couleurs Arts and Crafts légèrement adoucies.

     

    La moquette anglaise était assortie au sol du Salon Mauve, même si c'était dans des tons différents. Les soieries des murs étaient d'une couleur jaune-vert.

    Le Salon de Palissandre pouvait facilement servir de salle à manger, aussi bien que de salon, et il arrivait d'ailleurs qu'il remplisse quelquefois cette fonction. C'était souvent ici que la famille prenait son thé quotidien.

     

     

    A droite: le coin où s'installait la famille dans le Salon de Palissandre, et où furent prises de nombreuses photographies des Romanov. Au mur, on aperoit la grande toile du château de Romrod.

    Au-dessus, il y a un portrait d'Alexis et à droite un autre représentant la mère d'Alexandra, la princesse Alice.

    Alexandra conservait ses souvenirs dans un coffre rempli de ses trésors personnels, dans le coin droit de ce salon, près de la porte menant dans le corridor. Elle y gardait ses vêtements d'enfant, notamment la layette dont elle disposait à Darmstadt, ainsi que des souvenirs de sa grand-mère Victoria.

      

    La plupart se trouvent aujourd'hui à Pavlovsk.

     

    Elle y rangeait les lettres qu'elle avait écrites à la reine et qu'Edouard VII lui avait renvoyées à la mort de Victoria en 1901. Il y avait aussi ses journaux intimes et les lettres d'amour que Nicolas lui avait écrit lorsqu'il lui faisait la cour.

    Dans ce salon, il y avait également beaucoup d'objets de la Maison Fabergé, notamment un coffre en argent et en palissandre dans le style Art Nouveau, qu'Alexandra aimait beaucoup.

     

    La pièce disposait aussi de deux téléphones, l'un vers l'extérieur, l'autre relié directement au Palais d'Hiver. Celui-ci servit beaucoup pendant les jours sombres de la révolution alors qu'Alexandra était seule au palais avec ses enfants et qu'elle gardait ainsi contact avec le Commandant du Palais d'Hiver, le Général Ressin.

     

    Bob Atchison

    Traduction: Thomas Ménard, mai 2004

     

     Sources

     http://www.alexanderpalace.org/palace/frpallisander.html#slide

     

     

     

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    Alexandra, qui était à l'origine une princesse de Hesse, a passé son enfance à Darmstadt et en Angleterre, auprès de sa grand-mère, la reine Victoria. Le frère de l'impératrice, Ernst-Ludwig, devint grand-duc de Hesse à la mort de leur père. Ernst-Ludwig portait de l'intérêt à tous les arts et il essaya de faire de sa ville de Darmstadt un centre global pour le développement de l'art moderne.

      Alexander Palace, interior of the Maple Room  c. 1931

    Le grand-duc établit ainsi la "Colonie d'Artistes" de Darmstadt. Les plus grands artistes de l'époque participèrent aux expositions qu'on y organisait, notamment Peter Behrens et les autres chefs de file du modern style, que l'on appelait Jugendstil dans les pays germaniques et Art Nouveau aux Etats-Unis, en Angleterre et en France.

      

    En Russie, on parlait de "Style Moderne".

     

      

      

    Ce mouvement trouva un sol fertile à Darmstadt, grâce aux encouragements du grand-duc, et un splendide complexe de bâtiments et de pavillons à la Colonie des Artistes. Les expositions incluaient en effet des maisons modèles dans le style Jugendstil, où tout, jusqu'à l'argenterie, avait été dessiné par de célèbres artistes tels que Behrens.

      

    Maple Drawing Room, Alexander Palace

      

    Nicolas et Alexandra visitèrent ces expositions et leurs visites furent l'occasion de réceptions de gala et d'autant de publicité gratuite pour celles-ci.

     

      

      

    Alexandra aimait les choses modernes et elle appréciait tout ce qu'elle voyait, alors qu'on la conduisait à travers les salles d'expositions et les maisons modèles. Elle était très fière de ce qu'avait accompli son frère et du rôle de son pays natal dans l'encouragement de l'art moderne. L'impératrice fit beaucoup d'acquisitions à la Colonie d'Artistes : vases, étoffes, meubles, etc. Nicolas, lui, détestait le style Art Nouveau, spécialement dans ses manifestations les plus extrêmes et les plus austères.

     

     

      

      

    Ci-dessus : la partie droite du cabinet en érable et de la banquette, photographie des années 1920. Notez l'absence, dans le cabinet, des oeufs de Fabergé de l'Impératrice. Le portrait de Nicolas est de Georges Becker. Le pastel de la grande-duchesse Maria en haut à gauche a été réalisé en 1903 par Friedrich von Kaulbach.

     

      

    Au-dessous se trouve un autre pastel de Kaulbach, représentant Anastasia et datant de la même année.

    Ernst-Ludwig était un visiteur assidu du Palais Alexandre et il a certainement dû donner beaucoup de conseils à sa soeur, en matière de décoration et de création. Alexandra admirait beaucoup son frère et elle était très proche de lui du point de vue du caractère et des goûts. Après son mari, il était certainement la personne la plus proche d'elle et l'ami et le confident en qui elle avait le plus confiance. Ernst-Ludwig était une des rares personnes qu'elle écoutait et dont elle acceptait les conseils.
     
    Alexander Palace / Alexandra’s Mauve Room
      
    Tandis qu'à ses soeurs aînées, elle n'offrait que silence et résistance à leurs recommandations, qu'elle trouvait souvent trop condescendantes.
      
    Sa soeur Elisabeth avait supervisé la restauration des appartements du Palais d'hiver en 1894-1895, mais l'impératrice avait toujours estimé que cela reflétait trop les goûts de celle-ci et pas assez les siens propres. Nicolas et Alexandra avaient choisi les tissus et les tapis, mais l'agencement et les styles l'avaient été selon les idées d'Elisabeth, qui travaillait directement avec Roman Meltzer, le décorateur.

    The Mauve Room - Alexander Palace

    Quand, en 1902, Alexandra informa Ernst-Ludwig qu'elle et l'empereur prévoyaient d'agrandir leurs appartements au Palais Alexandre, et qu'elle avait décidé avec Meltzer de traiter l'espace dans le style Jugendstil, il dû se sentir tout disposé à l'aider.

      

    Le projet prévoyait la construction de deux grands salons au rez-de-chaussée, et de pièces supplémentaires pour les enfants au-dessus. Une des deux pièces serait un confortable salon pour l'impératrice, et on l'appellerait Salon d'Erable, à cause de l'utilisation généreuse du bois d'érable à travers toute la pièce.

     

     

    Le Salon d'Erable était une pièce spacieuse et charmante, très claire, et sans doute le plus agréable intérieur Art Nouveau en Russie. Les murs étaient peints dans une chaude couleur rose.

      Alexander Palace

    Pour les décorer, des branchages de rosiers allemands, sculptés et moulés en plâtre blanc, grimpaient et s'entrelaçaient jusqu'à un cercle vert pale, situé au centre du plafond. Tout autour de la pièce, une haute corniche incurvée dissimulait des ampoules électriques dont la lumière était ainsi réfléchie à travers le salon par le plafond blanc. C'est l'une des premières utilisations de la technique de l'éclairage indirect, aujourd'hui tout à fait banale, mais qui était plutôt osée à l'époque.

     

     

      

      

    Ci-dessus: détail de la corniche. On aperçoit un morceau de verre vert derrière les moulages en plâtre. La lumière brillait à travers celui-ci.

    Les roses en plâtre moulé étaient habilement multipliées pour former une délicate sculpture au niveau du grand balcon de bois d'érable qui traversait toute la pièce. Le balcon était incurvé au sommet et terminé par des panneaux de petits carreaux de verre. Des lampes en bronze et vitrail pendaient de ces supports, comme des chauves-souris. Un escalier, muni d'une rampe aux courbes sinueuses, conduisait du coin droit de la pièce jusqu'au balcon, qui donnait lui-même accès à un étage entresolé, au-dessus du corridor, et, de là, au Nouveau Bureau de Nicolas.

     

    Le bois d'érable utilisé était d'une variété spéciale qui, dit-on, nécessitait sept années d'immersion dans l'eau, afin qu'il puisse être travaillé et façonné à la façon de l'Art Nouveau. L'érable était d'ailleurs l'essence préférée de nombreux ébénistes de l'Art Nouveau. Certes, son grain dur était un défi pour le sculpteur, mais le bois prenait un éclat profond après le polissage, proche de celui de l'or. Il était également très dur et les fins motifs sculptés se conservaient longtemps. On en utilisa aussi de grandes quantités pour le mobilier de ce salon.

     

    Au-dessous du balcon se trouvaient deux confortables espaces pour s'asseoir, séparés par une cheminée aux carreaux de céramique.

      

      

    L'impératrice disposait d'une chaise longue Art Nouveau près de la fenêtre, juste au-dessus d'immenses jardinières où s'entassaient des pots de fleurs odorantes.

      

      

    A l'autre extrémité, sous le balcon, se trouvait une banquette pour ses enfants, où ils pouvaient travailler et jouer, pendant que l'impératrice lisait ou vaquait à ses travaux de couture. Au-dessus de la banquette, il y avait des étagères pour une collection de petits vases.

    Old photo of the Valet’s Room, Alexander Palace as it originally was decorated.  An oak partition separated Nicholas’s Dressing Room from the Valet’s Room where the Emperor’s valet on duty stayed. There stood a desk with a court events calendar, an errands re  gister book and a telephone. The room was connected with the mezzanine level and underground floor. The room’s furnishings have not survived.

     

     

    Un tapis en peau d'ours s'étalait au travers d'une épaisse moquette de castor gris. La peau d'ours était un vestige du vieux Salon de Musique, qui occupait l'espace où se tenaient désormais le Salon d'Erable et le Nouveau Bureau. C'était un formidable tapis de jeu pour les enfants quand ils étaient petits.

     

    A gauche: le cabinet d'angle, sur une photographie prise dans les années 1930.

    La pièce centrale du salon était un magnifique cabinet en érable, dans le coin gauche, du côté du Salon de Palissandre. D'après les premiers plans de cette pièce, cet espace était destiné à recevoir un énorme poêle.

    C'est Alexandra qui eut l'idée de supprimer ce poêle -qui était devenu inutile puisque cette partie du palais disposait désormais du chauffage central -et elle participa à la création de ce cabinet.

    C'est ici que l'impératrice conservait la plupart de ces oeufs de Fabergé. Le cabinet était suffisamment en hauteur et difficile à atteindre pour mettre à l'abri les délicats objets. Il s'élevait en effet au-dessus d'une confortable banquette circulaire, couverte d'étoffes de Darmstadt, et qui constituait l'un des endroits préférés de la famille pour prendre le thé.

      

    L'impératrice exposait ses objets favoris sur un large rebord qui courait le long du dossier de la banquette.

      

    Autour du cabinet, il y avait ainsi des vases de fleurs, des bronzes et d'autres petits objets.

     

     

     

    Chacune des pièces des appartements privés de l'impératrice disposait d'un coin auquel elle accordait une grande valeur sentimentale et où elle conservait ses objets personnels. Cette "sanctification" des lieux symbolisait la place suprême que sa famille tenait dans sa vie et la manière dont elle interférait dans ses relations avec Dieu.

     

      

    De part et d'autre du cabinet, l'impératrice choisit de placer ses portraits de famille préférés. On trouvait ici quatre pastels représentant ses filles et un tableau de Nicolas en uniforme de la Marine. Les portraits des grandes-duchesses étaient du peintre munichois à la mode, Kaulbach. Ils suivirent la famille en exil en Sibérie en 1917 et certains furent ramenés au palais après le meurtre des Romanov.

    Plus tard, ils furent vendus par le gouvernement soviétique pour financer clandestinement la promotion du communisme et des partis de gauche à l'étranger, dans les années 1930. Finalement, ces portraits se retrouvèrent à New York, dans les années 1940, chez l'antiquaire A La Vieille Russie et on ne sait pas se qu'ils sont devenus.

    Le Salon d'Erable renfermait aussi de nombreuses sculptures, parmi lesquelles des bustes d'Alexis et du frère d'Alexandra, Ernst-Ludwig, ainsi qu'une sculpture en marbre de Tatiana bébé, grandeur nature. On y trouvait aussi des objets Art Nouveau en bronze doré, dont certains, au thème religieux, représentaient une femme voilée ou encore une femme en train de prier.

    a chair from Mauve Room of Alexander Palace.

    D'autres, en marbre et en bronze, avaient des sujets plus éclectiques, signe que la collection avait été constituée au fil des années, selon ses goûts personnels et au gré des voyages à l'étranger.

     

      

      

    Il y avait d'autres oeuvres d'art tels que de charmants pastels de Kaulbach, représentant Elisabeth, la soeur d'Alexandra, et un autre d'Ernst-Ludwig, peint en 1906 par Adolph Beyer, ainsi que de délicates aquarelles des artistes russes Elisabeth Bem et Solomko. A côté, il y avait aussi des gravures romantiques, qui plaisaient beaucoup à l'impératrice, mais qui étaient considérées comme de mauvais goût par ses nombreux détracteurs.

     

     

    A droite: le balcon de l'impératrice.

    Les immenses fenêtres du salon étaient tendues de riches étoffes de Darmstadt et de délicats rideaux en dentelle. Dans l'une d'elle, une porte conduisait au fameux balcon de fer forgé de l'impératrice, l'un des nombreux qui entouraient le palais. Celui-ci fut construit par Danini en 1895 lors de la rénovation du palais pour l'installation de Nicolas et Alexandra.

      

    Ce balcon était l'un des endroits préférés de l'impératrice et de sa famille, tout au long de l'année, et même l'hiver. On y servait souvent des repas ou le thé, sur des tables chargées de bouquets de fleurs, décorées de nappes, de porcelaine de chine, d'argenterie et de cristaux. Chaque convive disposait d'un menu, rédigé à la main sur un épais carton frappé de l'aigle bicéphale.

      

    De lourds rideaux, décorés de motifs grecs, pendaient entre les colonnes et protégeaient le balcon du soleil ou du mauvais temps. Pendant la Première Guerre mondiale, on fit installer un éclairage électrique et la famille pu rester tard dans la soirée.

      

    C'étaient des soldats blessés qui avaient construit le mobilier en osier du balcon.

    Bob Atchison

    Traduction: Thomas Ménard, mai 2004

     

     

    SOURCES

    ALEXANDRE PALACE

    http://www.alexanderpalace.org/palace/frmaple.html#slide

     

     

     

     

     

     

     

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    Alexandra's Elegant Sitting Room

    Le Grand Salon de Rèception d'Alexandra ètait une des pièces les plus lumineuses du palais et la plus vaste des appartements privés de la famille impériale. Il s'ouvrait sur une des bibliothèques et était située dans l'angle droit du palais. Sept grandes fentres donnaient sur le Parc Alexandre. Les murs étaient recouverts d'un marbre artificiel blanc et, à leur sommet, d'un bel entablement mouluré, dont le pur dessin classique est la marque du travail de l'architecte Quarenghi.

      

    Cette pièce a conservé le style austère de la fin du 18e siècle que Catherine la Grande avait choisi pour le palais de son petit-fils. Il est possible que certains des meubles de cette pièce faisaient partie du mobilier d'origine.

     

    A gauche : le bureau et la tapisserie d'Elisabeth Vigée-Lebrun. Sur la table située à gauche du bureau se trouve un buste d'Alexandre 1er en porcelaine de Wedgwood.

    La blancheur neigeuse de cette pièce était compensée par les lourds rideaux rouges des fenêtres, dont les drapages intérieurs étaient en fine dentelle. Le sol était recouvert d'un parquet de bois doré. Au centre de la pièce pendait un magnifique lustre de cristal avec un globe de verre couleur rubis en son centre, à la manière russe.

    Ce type de verre soufflé est très difficile à réaliser. La teinte rouge est obtenue en ajoutant de l'or au verre en fusion avant que le souffleur ne lui donne ses formes délicates. Ce chandelier date de l'époque de la Grande Catherine et a très probablement orné cette pièce dès le début.

    Le mobilier inclut certaines des plus belles pièces du palais, notamment un bureau à tambour, avec son mécanisme musical, signé du célèbre ébéniste allemand David Roentgen. Il date de l'époque de la construction du palais et fait probablement partie du cadeau de mariage de Catherine à Alexandre et Elisabeth.

      

    Ce meuble était le bureau d'Alexandra et était considéré comme la pièce la plus précieuse du palais. Après la révolution, il fut évacué à Moscou. Quand il revint à Saint-Pétersbourg, il fut envoyé à l'Ermitage, où il se trouve encore aujourd'hui. A sa place, les conservateurs du musée ont substitué un autre bureau de Roentgen. Celui-ci faisait partie d'une paire de bureaux identiques, trouvés au palais. Il doit s'agir des bureaux d'Alexandre et de sa jeune épouse, Elisabeth.

    Il y avait aussi de nombreux meubles français du 18e siècle et un immense tapis de la Savonnerie sur le sol. Après la Révolution Française, le gouvernement français vendit aux enchères le mobilier des anciens palais royaux.

      

    Les représentants de Catherine assistèrent à ces ventes et firent de nombreuses acquisitions. Puisque les ventes se tinrent à l'époque où l'on construisait le palais, il se peut que certains de ces meubles royaux vinrent directement au Palais Alexandre. Deux paravents en ivoire, recouverts de tapisserie, semblent dater du règne de Louis XV et porte son monogramme royal.

    En 1896, Meltzer ajouta d'autres meubles, notamment une banquette d'angle dans le style 18e siècle, et fit couvrir toutes les chaises dans un même tissu Louis XV, au ton vert pomme. Cela permit de rendre plus homogène le mobilier un peu disparate.

    Les objets décoratifs étaient des pièces de la fin du 18e, du 19e et du début du 20e siècle. Il y avait de nombreuses petites sculptures, notamment des bustes en bronze représentant Alexandre 1er, son épouse Elisabeth, et Paul 1er. Il y avait aussi un buste d'Alexandre 1er en porcelaine de Wedgwood, produit en Angleterre en 1814, sur un modèle de Enoch Wood. Au mur pendait un splendide bas-relief en marbre, représentant la Grande Catherine, réalisé par Marie-Anne Collot en 1774. Il fut vendu par le gouvernement soviétique en 1933.

    Toutes les heures, le salon de réception retentissait des carillons des nombreuses horloges du 18e siècle, placées dans différents coins de la pièce.

     

     

      

      

    Ci-dessus: "Les Cosaques" de Detaille et "Marie-Antoinette et ses enfants" de Vigée-Lebrun. Un grand piano et un orgue se trouvent contre le mur sous les tableaux.

    Il y avait plusieurs grands tableaux sur les murs. Le plus important est un immense tableau des "Cosaques de la Garde Impériale". Il a été réalisé par le peintre militaire français Edouard Detaille, en 1899, pour Alexandre III. Detaille travailla également pour Nicolas II, qui conservait plusieurs aquarelles du peintre dans ses appartements. Cette toile géante cožta 50 000 dollars de l'époque, ce qui correspondrait aujourd'hui à un million de dollars.

    A droite: le portrait d'Alexandra par Kaulbach, suspendu entre les deux portes. C'est à cet endroit que furent prises les célèbres photographies des grandes-duchesses en 1913, pour le tricentenaire de la dynastie Romanov.

    Entre les deux portes qui permettent de pénétrer dans le Salon de Réception, pendait un grand portrait d'Alexandra dans un lourd cadre doré. Il a été peint en 1903 par l'artiste allemand Kaulbach, qui était un des peintres favoris d'Alexandra. C'était une peinture maussade représentant l'impératrice dans une sombre forêt, portant une chatoyante robe mauve et une tiare de diamants. Après que l'artiste eut réalisé des études pour le visage de l'impératrice, il demanda qu'on lui envoyât la robe à Munich, où elle fut montée sur un mannequin de la même taille que l'impératrice et il compléta ainsi le tableau. Après que le portrait fut achevé et expédié vers la capitale russe, Kaulbach demanda humblement à l'impératrice qu'elle lui laisse la robe en souvenir et elle exauça son vÏu. La famille Kaulbach conserve encore cette robe. Quant à l'étude de Kaulbach pour ce tableau, c'était le portrait de sa femme que Nicolas préférait et il le plaça dans son Nouveau Bureau.

    Une des pièces les plus connues dans le Grand Salon de Réception est la tapisserie des Gobelins représentant Marie-Antoinette, une copie d'après Madame Vigée-Lebrun réalisée en 1787. Cette tapisserie était un cadeau du président français Emile Loubet à Alexandra, qui collectionnait les objets personnels de Marie-Antoinette. L'impératrice était passionnée par la tragédie de la Reine de France et lut beaucoup à ce sujet. Quand elle et Nicolas visitèrent la France avant leur couronnement, Alexandra fut invitée par le président français à séjourner dans les appartements de Marie-Antoinette à Versailles. Après la révolution de 1917, cette tapisserie fut présentée par les guides du musée comme un objet de malheur qui annonçait le sort d'Alexandra. Si ceci peut nous para”tre approprié aujourd'hui, personne ne pouvait alors se douter du destin qui attendait Alexandra et le cadeau ne fut jamais considéré comme inapproprié. En 1895, l'avenir de Nicolas et Alexandra semblait brillant et positif. Récemment, la direction du musée a fait percé une nouvelle porte à l'endroit où se trouvait la tapisserie.

    Finalement, à côté du tableau de Detaille, il y avait une grande peinture du "Couronnement de Nicolas II", par l'artiste de cour danois Laurets Tuxen. Des copies de ce tableau se trouvent dans les appartements de l'impératrice douairière Marie, au Palais Anitchkov, à Saint-Pétersbourg, ainsi qu'au Palais de Buckingham à Londres.

    Si vous étiez ambassadeur, ministre ou dignitaire étranger, c'est probablement ici qu'Alexandra vous aurait reçu. Dans le Grand Salon de Réception, elle accordait aussi des audiences aux membres de la Cour et de l'aristocratie. La pièce servait également, à l'occasion, pour des d”ners ou des déjeuners et pouvait recevoir confortablement une trentaine de convives.

    Bob Atchison

    Traduction: Thomas Ménard, mai 2004

     

    Sources

    ALEXANDER PALACE

    http://www.alexanderpalace.org/palace/frafreception.html

     

     

     

     

     

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  • Nicolas Romanovitch Romanov

    Prince Nicolas Romanovitch 

      

    Nicolas Romanovitch (né le 13 septembre 1922 à Antibes) est le chef actuel de la Maison impériale de Russie. Il a été élu prétendant au trône de Russie par les membres de la famille Romanov en 1992 contre sa cousine la princesse (dite « grande-duchesse ») Maria Vladimirovna de Russie. Il appartient à la Maison de Holstein-Gottorp-Romanov.

     

     

    Famille

    Fils du prince Roman Petrovitch et de Prascovia Dimitrievna Cheremetieva.

    Mariage et descendance

    Le 21 janvier 1952 en la cathédrale russe de Cannes, Nicolas Romanovitch de Russie épousa la comtesse Sveva della Gherardesca (1930), (fille du comte Walfredo della Gherrardesca et de la marquise Nicoletta de Picolellis).

    De cette union naquirent :

    Biographie

    Enfance

    Enfants, Le prince Nicolas Romanovitch de Russie et son frère Dimitri Romanovitch de Russie baignèrent dans une atmosphère russe. Après leur fuite de Russie, les grands-parents et les parents du prince Nicolas Romanovitch de Russie s'installèrent au Cap d'Antibes.

      

    Le prince naquit à Antibes le 26 septembre 1922, il reçut une éducation privée par le père Zossima, ce moine lui enseigna l'ancien programme scolaire russe.

     

    Lot 259 Nicolas Romanovitch enfant avec son pere et grand-pere Hotel des ventes

    Le Grand Duc Pierre Nicolaïevitch (son grand-père), Roman Pétrovitch
    (son père) et Nicolas Romanovitch enfant. Provenance:
    prince Nicolas Romanov, une photo du lot 259,
    est. 300-500 francs suisses © Hôtel des ventes

      

      

    Malgré l'exil, le grand-duc Roman Petrovitch de Russie et son épouse élevèrent leurs deux fils dans l'esprit russe, dans leur vie de chaque jour, le calendrier julien, les fêtes religieuses de l'Église russe orthodoxe furent respectés.

    Nicolas Romanovitch de Russie fit une partie de ses études en France. Le prince aspira à faire carrière dans la marine comme officier. Âgé de douze ans, le prince demanda à ses parents d'exaucer son vœu. Mais la marine impériale de Russie étant remplacée par la marine soviétique, Nicolas Romanovitch de Russie se tourna vers la marine italienne.

      

    Pour réaliser son rêve, ses parents utilisèrent les liens étroits les unissant à la Maison royale italienne (sa grand-mère paternelle, la princesse Militza de Monténégro était la sœur de Hélène de Monténégro, l'épouse de Victor-Emmanuel III d'Italie). Sa grand-mère fit les démarches nécessaires auprès des membres de la Maison de Savoie.

      

    Nicolas Romanovitch de Russie quitta sa famille pour poursuivre ses études en Italie, il eut pour professeur l'ancien officier italien à la retraite, le capitaine Tomasso Surdi. Ses études terminées, le prince serait reçu à l'École navale italienne de Livourne.

      

    Atteint de myopie, le prince dut renoncer à sa carrière dans la marine. Lors de la Seconde Guerre mondiale la flotte italienne eut à souffrir de grands dommages, selon le prince, cette myopie lui a peut-être sauvé la vie.

    En 1936, sa famille s'installa en Italie, Nicolas Romanovitch de Russie fit des études classiques, il fut diplômé en 1942.

      

    Depuis sa tendre enfance, le prince parle le russe et le français, plus tard, il apprit l'anglais et l'italien, son tuteur, Marcel Berlinger lui enseigna le latin et le grec ancien.

    Фуражка Верховного Главнокомандующего в Первую мировую войну из собрания князя Романова (© NashaGazeta.ch)
    Источник: http://www.nashagazeta.ch/news/14558%20

     

     

    Seconde Guerre mondiale

    Pendant l'occupation de la capitale italienne, les membres de la famille de Nicolas Romanovitch de Russie vécurent sous la menace de la déportation, tout particulièrement la grand-mère paternelle du prince, Militza de Monténégro.

      

    La princesse et sa sœur Hélène de Monténégro trouvèrent refuge dans un couvent, puis dans la cité du Vatican. La famille du prince résida à la Villa Marlia près de Lucques.

      

    En septembre 1943, entourés de carabiniers, Nicolas Romanovitch de Russie et sa famille furent conduits à Rome, ils vécurent via Panama.

      

    Le 8 septembre 1943, l'Italie signa l'armistice, la famille du prince présente à la Villa Savoia (résidence du roi et de la reine d'Italie) fut le témoin du départ de Victor-Emmanuel III d'Italie et de son épouse.

      

    À leur tour, les membres de la famille du prince quittèrent la Villa Savoia et vécurent clandestinement pendant plus de neuf mois.

    Фото - Наша газета

    Князь Николай Романович Романов (© NashaGazeta.ch)
    Источник: http://www.nashagazeta.ch/news/14558%20

      

    Vie professionnelle

    Après la libération de Rome par les alliés, Nicolas Romanovitch de Russie fut employé dans l'une des agences alliées, le Psychological Warfare Branch. La Seconde Guerre mondiale prit fin, le prince trouva un emploi à L'USIS States Information Service.

      

    En 1946, Nicolas Romanovitch de Russie accompagné des membres de sa famille s'installèrent en Égypte. À Naples, ils montèrent à bord du croiseur italien le Duca Degli Abruzzi, bâtiment utilisé pour rapatrier les prisonniers de guerre italiens détenus dans les camps de l'Inde et du Kenya.

      

    En Égypte, le prince occupa quelques petits emplois, mais désirant revenir en Italie afin de poursuivre ses études universitaires, Nicolas Romanovitch de Russie considéra son séjour en Égypte comme une période de repos.

      

    Entre 1947 et 1948, le commerce du tabac turc procura au prince une certaine aisance financière, il fut également employé dans une compagnie d'assurances.

    En 1950, Nicolas Romanovitch de Russie prit la décision de revenir en Europe. Sur la route qui le menait à Genève, le prince s'arrêta à Rome, c'est dans cette ville qu'il rencontra sa future épouse, Sveva della Gherardesca, il l'épousa le 21 janvier 1952.

      

    Avant son mariage, Nicolas Romanovitch de Russie fut employé par Austin Motor, il travailla avec le représentant de cette firme en Italie, le colonel Andrew Constable-Maxwell.

    En 1954, le colonel avait d'autres projets en tête, Nicolas Romanovitch de Russie donna sa démission.

    En janvier 1955, son beau-frère décéda accidentellement, Nicolas Romanovitch de Russie devint le gestionnaire du domaine toscan de son épouse. Entre 1955 et 1980, le prince devint éleveur de la race bovine Chianina, certains de ces bovins furent exportés au Canada, il fut également viticulteur.

    Mariage

    Nicolas Romanovitch de Russie épousa Sveva della Gherardesca le 21 janvier 1952 en la cathédrale russe de Cannes, le mariage civil eut lieu le 31 décembre 1951 à Florence. L'épouse du prince appartient à la célèbre famille toscane della Gherardesca, son père, le comte Walfredo della Gherardesca est l'un des descendants du comte Ugolino (Ugolin), personnage de la Divine Comédie de Dante.

    Ses œuvres

    En 1982, Nicolas Romanovitch de Russie et son épouse s'installèrent à Rougemont, petit village montagnard du canton de Vaud (Suisse).

    Après la vente de sa ferme toscane, Nicolas Romanovitch de Russie commença à réunir des informations concernant la famille Romanov afin d'écrire une biographie. À la même époque, le prince peignit des aquarelles décrivant l'opération fictive d'un cuirassé russe en Méditerranée, il y apposa des légendes écrites de sa main.

      

    Cette œuvre, sur les conseils de son ami Masolino d'Amico fut présentée à un éditeur, elle fut publiée en 1988 par l'éditeur Mondadori, Cet ouvrage fut intitulé Storia di una corazzàta Tonda.

    Association famille Romanov

    L'intérêt porté par Nicolas Romanovitch de Russie pour le pays de ses ancêtres, les changements survenus en Russie amenèrent les médias, particulièrement la télévision à solliciter très fortement le prince.

      

    À ce jour, Nicolas Romanovitch de Russie a donné plus de cent interviews.

    Il donna également beaucoup de conférences sur la Russie et la famille Romanov.

    Lors de la création de la Fondation Association famille Romanov, Nicolas Romanovitch de Russie fut vice-président, au décès du prince Vassili Alexandrovitch de Russie (fils de Alexandre Mikhaïlovitch de Russie)

    le 3 juin 1989, le prince devint président de cette fondation.

    Chef de la famille impériale de Russie

    Au décès du grand-duc Vladimir Kirillovitch de Russie survenu le 21 avril 1992, Nicolas Romanovitch de Russie fut élu nouveau prétendant au trône de Russie le 31 décembre 1992 par les membres de la fondation Association famille Romanov.

      

    Cette élection sera confirmée le 18 juillet 1998 à Saint-Pétersbourg lors des funérailles de Nicolas II de Russie et de sa famille.

    Nicolas Romanovitch est l'actuel chef de la Maison impériale de Russie, mais cette revendication est contestée par le prince Georgui de Russie et sa mère la princesse (dite "grande-duchesse"[1])) Maria Vladimirovna de Russie.

    En juin 1992, le prince se rendit pour la première fois en Russie, d'autres visites suivront.

      

    Depuis 1998, Nicolas Romanovitch de Russie se rend une fois par an en Russie.

    Le prince Nicolas Romanovitch assista en tant que chef de la famille impériale de Russie aux cérémonies données à l'occasion des funérailles du dernier tsar Nicolas II de Russie le 16 juillet 1998.

    Réunion des sept princes

    Le 27 juin 1992, à Paris eut lieu la réunion des Sept princes. Les princes Nicolas Romanovitch de Russie, Dimitri Romanovitch de Russie, Michel Feodorovitch de Russie, Nikita Nikitich de Russie, Alexandre Nikitich de Russie et Rostislav Rostislavovitch de Russie fondèrent le Fonds de bienfaisance des Romanov, cette fondation a pour but de venir en aide aux enfants russes de Moscou et de Saint-Pétersbourg. En 1993, le prince Dimitri Romanovitch de Russie fut élu président de cette fondation.

    En juillet 1998, les membres de la fondation Association de la famille Romanov se réunirent pour la première fois en Russie, cette réunion se tint au « chalet » à Peterhof.

    Au XXIe siècle

    En 2008, Nicolas Romanovitch de Russie est âgé de 86 ans, sa principale préoccupation est de terminer sa biographie sur la famille Romanov.

    Anecdote

    On le vit apparaître sur le petit écran à l'occasion des émissions de Frédéric Mitterrand

    Les Aigles foudroyés et Mémoires d'exil.

    Généalogie

    Nicolas Romanovitch de Russie appartient à la troisième branche issue de la première lignée de la Maison d'Oldenbourg-Russie (Maison de Holstein-Gottorp-Romanov, elle-même issue de la première branche de la Maison de Holstein-Gottorp. Ces trois branches sont toutes trois issues de la première branche de la Maison d'Oldenbourg. Il a pour ascendant direct Nicolas Ier de Russie

     

    WIKIPEDIA

     

     Prince Nicolas Romanovitch (né le 13 septembre 1922 à Antibes) est le chef actuel de la Maison impériale de Russie. Il a été élu prétendant au trône de Russie par les membres de la famille Romanov en 1992 contre sa cousine la princesse (dite « grande-duchesse ») Maria Vladimirovna de Russie. Il appartient à la Maison de Holstein-Gottorp-Romanov.

    Prince Nicolas Romanovitch Fils du prince Roman Petrovitch et de Prascovia Dimitrievna Cheremetieva.

    Roman Petrovitch de Russie , ou Roman Petrovitch Romanov (en russe  : Роман Петровичest Романов), est un prince de Russie né le 17 octobre 1896 à Peterhof et mort le 23 octobre 1978 à Rome. Il fut membre de la Maison de Holstein-Gottorp-Romanov.

    Roman Petrovitch de Russie appartient à la troisième branche issue de la première lignée de la Maison d'Oldenbourg-Russie (Maison de Holstein-Gottorp-Romanov), elle-même issue de la première branche de la Maison de Holstein-Gottorp.

    Ces trois branches sont toutes trois issues de la première branche de la Maison d'Oldenbourg. Il a pour ascendant direct Nicolas Ier de Russie. Il appartint à la branche agnate de Nikolaïevitch.


    Vive la Grande Russie

     

     

    À Genève, l’hiver approche, et les traditionnelles ventes de fin d’année à l’Hôtel des ventes approchent avec lui. La semaine prochaine, se succèderont plusieurs ventes articulées autour des familles royales européennes, et si les monarques d’Espagne ou de Bulgarie y tiennent une place d’honneur, c’est surtout la «vente russe» qui attire les regards. Les objets provenant de trois collections privées – celles de Thormeyer, de Lifar et du prince Nicolas Romanov – sont pour la plupart des lettres, des photos ou des objets retraçant l’histoire de la famille impériale russe de la fin du XIXe siècle jusqu’à la Grande Guerre. Ayant déjà donné un aperçu des collections Thormeyer et Lifar, penchons-nous plutôt sur la collection privé du prince Nicolas Romanov.

     

    Arrière-arrière-petit-fils de Nicolas Ier et chef de la Maison Romanov à l’heure actuelle, le prince Nicolas Romanov se passionne pour l’histoire de sa famille dont il a une connaissance encyclopédique. C’est à ce titre-là que l’Hôtel des ventes a fait un jour appel à lui, en préparant une vente de photographies de la famille impériale. Le directeur de la maison de vente aux enchères, Bernard Piguet, raconte: « Nous avions beaucoup de photographies de membres de la famille Romanov que nous n’arrivions pas à identifier, aucune inscription ne figurait au dos. Nous sommes alors entrés en contact avec Nicolas Romanov et avons été très impressionnés de voir qu’il connaissait la vie de tous les Grands Ducs par cœur! En fait, il est très attaché à collectionner les informations: il étudie tous les documents historiques qu’il trouve et en compile systématiquement le contenu pour le rajouter à ses archives. C’est ce qui a fait de lui le Romanov qui en sait le plus sur l’ensemble des membres de la famille. En réalité, nous n’étions pas les seuls à faire appel à lui: chaque fois que quelqu’un a besoin d’un renseignement sur la famille impériale, Nicolas Romanov est sollicité».

     

    Genealogie Nicolas Romanovitch Romanov

     

    Arbre généalogique de Nicolas Romanovitch Romanov

     

    En 2012, le prince Nicolas Romanov fête ses 90 ans et décide de se séparer d’une partie de sa collection privée qui, de même que ses archives, est dédiée à sa famille. Quelques jours avant la vente, il nous fait part de ses motivations…

     

    - Comment devrais-je m’adresser à vous: Monsieur, Monsieur le Prince...?
    - Comme c’est de coutume en Russie, par mes prénom et patronyme! (le patronyme russe est formé à partir du prénom du père: Nicolas Romanovitch veut dire «Nicolas, fils de Roman» – ndlr.) Vous savez, quand je suis allé en Russie et que j’ai rencontré le président Poutine, je lui ai dit «Bonjour Vladimir Vladimirovitch», ce à quoi il a répondu «Bonjour Nicolas Romanovitch». Il a donc pris soin de se renseigner sur mon patronyme, et j’estime que c’est une marque de respect de la part de votre interlocuteur.

     

    - Nicolas Romanovitch, vous êtes historien de la famille Romanov et possédez de grandes archives. Pourriez-vous en dire quelques mots?
    - Le terme «archives» est peut-être un peu exagéré, car ce ne sont pas des archives au sens propre, mais plutôt diverses informations sur chaque personnage de notre famille, piochées dans des romans, des mémoires ou encore des biographies historiques où il est question d’un membre de la famille Romanov. Parlons par exemple du Grand Duc Georges Mikhaïlovitch. On trouve à son sujet des choses dans des documents officiels ou des livres d’histoire, mais aussi dans les mémoires d’un certain duc qui l’a rencontré et a écrit: «Quelle agréable personne». Ce genre d’informations est difficile à trouver, on ne peut tomber dessus que par pur hasard. Et voilà, je trouve ces petites choses, en prends note, et elles passent dans mes archives qui ne contiennent pas de textes entiers, mais qui pourraient intéresser quelqu’un pour des détails permettant de mieux cerner la personnalité du Grand Duc.

     

    Nicolas Romanovitch Romanov Lot 259 Nicolas Romanovitch enfant avec son pere et grand-pere Hotel des ventes

     

     

    Prince Nicolas Romanovitch Le Grand Duc Pierre Nicolaïevitch (son grand-père), Roman Pétrovitch
    (son père) et Nicolas Romanovitch enfant. Provenance:
    prince Nicolas Romanov, une photo du lot 259,
    est. 300-500 francs suisses © Hôtel
    des ventes

     

    - Depuis combien de temps constituez-vous vos archives?
    - Depuis que je me suis retiré des affaires (pendant trente ans, jusqu’au début des années 80, Nicolas Romanovitch était le gérant d’un domaine en Toscane, en Italie, où il s’occupait de l’élevage de bœufs et de vignobles; ce n’est qu’en 1982 qu’il quitte l’Italie pour s’installer avec son épouse en Suisse – ndlr.). J’ai donc décidé de tout mettre en ordre et je continue à le faire encore aujourd’hui.

     

    - Et votre collection qui sera mise en vente...?
    - C’est autre chose. Ma collection comprend pour la plupart diverses lettres, photos et cartes postales. L’Hôtel des ventes en a sélectionné une partie, les objets qui l’intéressaient pour cette vente.

     

    - Pourquoi voulez-vous vous séparer d’une partie de votre collection?
    - Je souhaite surtout rendre hommage au Grand-Duc Nicolas Nicolaïevitch, oncle de Nicolas II et chef des armées russes de 1914 à 1915. Ainsi, parmi les objets phares mis en vente, on trouve quatre lettres que Nicolas II a écrites pendant la Première guerre mondiale à son oncle. Ces lettres montrent combien ces deux hommes étaient proches: elles sont toutes signées du diminutif familial de Nicolas II, «Nicki». Je crois que Nicolas Nicolaïevitch, qui est assez mal vu par les historiens à l’heure actuelle, mérite d’être mieux connu. L’idéal serait que ces lettres se retrouvent entre les mains d’un chercheur.

     

    Lot 241 Une lettre de Nicolas II Hotel des ventes

     

    Lot 241. Une lettre de Nicolas II, adressée au Grand Duc Nicolas Nicolaïevitch et datée du 16 juin 1916.
    Provenance: prince Nicolas Romanov, est. 3000-5000 francs suisses © Hôtel des ventes

     

    - Quel est votre objet préféré de la collection?


    - Ah, c’est curieux! L’objet que je regrette et qui me plaisait le plus c’est un livre très banal, l’Histoire du Régiment d’Absheron. 1700-1892, dont mon père avait hérité. Un livre merveilleusement édité! C’est un grand plaisir de le feuilleter, de regarder ces magnifiques gravures représentant des personnages du Caucase… Je conçois bien qu’il puisse me manquer, mais j’ai 90 ans, plusieurs livres vont me manquer, parce que je serai dans l’autre monde.

     

    Lot 226 Histoire du Régiment dAbsheron Hotel des ventes Histoire du Régiment dAbsheron gravure

     

     

    Lot 226. L. Bogouslavski, Histoire du Régiment d’Absheron. 1700-1892, Saint-Pétersbourg, 1892, 3 vol.
    Provenance: prince Nicolas Romanov, est. 8000-12000 francs suisses © Hôtel des ventes

     

    - L’année prochaine, c’est les 400 ans de la Maison Romanov. Avez-vous des projets particuliers: une conférence de presse, un livre, un film...?


    - Il est évident que je devrais faire quelque chose, mais je peux vous dire ceci: parler de quatre siècles de la dynastie, ce n’est pas correct. On a régné trois siècles, et, le quatrième, on nous a mis à la porte.

      

    Il convient donc de dire: «quatre siècles depuis l’élection du premier tsar Romanov», et là, c’est correct. Mais dire «quatre cent ans de la dynastie Romanov», c’est beau... mais on tombe dans le ridicule.

     

    Nicolas Romanovitch passe soudainement au russe (notre conversation se déroulait en français) et répète avec émotion: «Il faut le dire clairement, ce n’est pas vrai, «quatre siècles», c’est absurde…»

     

    - Que pensez-vous de la Russie actuelle? Est-ce qu’elle vous plaît?


    - Elle me plaît, elle ne peut pas ne pas me plaire. Les temps sont durs pour tous, et pour la Russie, ils le sont plus encore. Tout le monde nous critique: on fait mal ceci, on fait mal cela, mais la Russie doit continuer à suivre le chemin qu’elle a choisi.

      

    Si vous me demandez ce que j’aimerais pour la Russie, alors mon idéal serait une administration «à l’américaine», c’est-à-dire, avec un pouvoir central très fort à Moscou et un pouvoir fort local pour les régions-états.

     

    Lot 244 Casquette de Nicolas Nicolaïevitch Hotel des ventes

     

    Lot 244. Casquette de campagne du Grand Duc Nicolas Nicolaïevitch, une carte postale
    et une photo du Grand Duc signée de sa main et datée 1925.
    Provenance: prince Nicolas Romanov, est. 500-800 francs suisses © Hôtel des ventes

     

    La collection Nicolas Romanov sera vendue à Genève le 10 décembre. Les estimations sont plus que raisonnables: le montant des photos et des cartes postales est estimé entre 150 et 1200 francs suisses par lot (un lot peut contenir plusieurs pièces), alors que celui des lettres de Nicolas II est évalué entre 2000 et 5000 francs pièces.

      

    Je n’ai pu m’empêcher de questionner M. Bernard Piguet sur la modeste valeur accordée à ces lettres et il m’a répondu: «En effet, cela peut paraître assez bas.

      

    Ces lettres ont une valeur historique indéniable, car il s’agit d’une correspondance du plus haut niveau qui soit, entre le tsar et le chef de ses armées. Mais nous souhaitons conserver un prix attractif pour que les personnes intéressées n’aient pas d’hésitation à avoir. Nous espérons que ces estimations seront largement dépassées ».

     

     

     http://www.tete-a-tete-magazine.fr/fr/interview/1524-le-prince-nicolas-romanovitch-romanov-met-en-vente-des-lettres-de-nicolas-2/

     

     

     

     

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  • Lettres autographes signées «Nicki» (Nicolas II) adressées le 13 octobre 1914 de Tsarkoïe Selo au grand-duc Nicolas Nicolaïevitch, commandant suprême des armées impériales. Elles portent l'en-tête impérial de l'aigle bicéphale surmontée d'une couronne.

     

    Un des derniers descendants du tsar Nicolas Ier vend aux enchères ses lettres et souvenirs pour rétablir quelques vérités historiques.

     

     

    Un parfum de nostalgie flotte dans la retraite du prince ­Nicolas Romanov, à Rougemont, dans le canton de Vaud. Assis sous la photo de l'empereur Nicolas II, ce petit-fils du grand-duc Pierre Nicolaïevich, qui porte bien ses 90 ans, raconte pourquoi il a décidé de vendre les souvenirs qu'il a reçus par filiation directe.

    La casquette de campagne d'officier de l'armée impériale russe du grand-duc Nicolas Nikolaïevitch Romanov, commandant suprême des armées au début de la Première Guerre mondiale

      

    La casquette de campagne d'officier de l'armée impériale russe du grand-duc Nicolas Nikolaïevitch Romanov, commandant suprême des armées au début de la Première Guerre mondiale

      

    «Je suis triste, avoue cet homme dont la vie n'est qu'une errance depuis l'âge de 5 ans, de la France à l'Italie en passant par l'Égypte. Mes trois filles, Natalia, Elisabeth, Tatiana, ne sont pas intéressées par cet héritage et vu mon grand âge, j'anticipe la séparation qui me sera de toute façon imposée un jour…»

    À la veille du 400e anniversaire de l'ascension sur le trône de la famille impériale de Russie, le moment de vendre paraît bien choisi, même si le prince porte aujourd'hui un regard critique sur son arrière-arrière-grand-père, le tsar ­Nicolas Ier.

    «C'était un militaire de cœur mais il avait un caractère tordu. Il a épousé une femme très belle qu'il a rendue à demi folle, à cause d'une relation parallèle avec une danseuse.»

    Issu de la branche aînée de la famille impériale en descendance directe de ­Nicolas Ier, le prince est toutefois fier de sa descendance. Il a été élu prétendant au trône de Russie par les membres de la ­famille Romanov en 1992.

      

    En tant que chef de la maison impériale de Russie, il est aujourd'hui soucieux de transmettre à la postérité la mémoire de son grand-oncle, Nicolas Nicolaïevich, mort en 1929.

    Au début de la Première Guerre mondiale, ce commandant suprême des armées impériales terrestres et navales de Russie réussit à fuir la Russie bolchevique avec son frère Pierre, pour s'installer, avec leurs épouses respectives, sur la Côte d'Azur, à la villa Thénard d'Antibes.

      

      

    Dans leurs bagages, ceux-ci mirent quelques photos et lettres intimes. Le reste a été confisqué par les Bolchéviques et ne réapparaît que depuis peu dans des musées, notamment à Saint-Pétersbourg où le prince a assisté, le 16 juillet 1998, aux cérémonies données à l'occasion des funérailles du dernier tsar, Nicolas II de Russie.

    «Il est temps de rétablir la vérité sur ­Nicolas Nicolaïevich, ce personnage historique qui s'est fait limoger d'une façon brutale qu'il ne méritait pas, après avoir endossé le rôle militaire le plus important qui soit», explique le prince. Écrites entre 1914 et 1916, pendant la Première Guerre mondiale, quatre lettres du tsar Nicolas II adressées au grand-duc en disent long sur les raisons de cette mise au purgatoire.

      

    Sous la pression de la tsarine Alexandra et de son conseiller Raspoutine - qui haïssait le grand-duc -, il est alors destitué de ses fonctions de généralissime au profit de Nicolas II qui occupera cette fonction à partir du 16 août 1915. Nicolas Nicolaïevich gardera toutefois la confiance du tsar et sera nommé commandant en chef et vice-roi du Caucase.

      

    C'est avec courage qu'il assumera les combats contre l'Empire Oottoman et même plusieurs offensives contre les Turcs, ennemis des alliés de la Grande Guerre.

    Famille au destin tragique

    «Certes, mon grand-oncle n'était pas un bon général mais il était génial dans l'organisation des mouvements de cavalerie. Son plus gros défaut était d'être impétueux, observe le prince. Avec le regard inquiet des mauvais jours, il s'en était pris à un commandant de la garde en lui criant qu'est-ce que tu fous ici avec tes cubes jaunes en parlant de ses soldats?

      

    Mais de là à l'avoir renvoyé d'une façon aussi brutale, je n'y crois pas.» Serait-ce alors un coup monté de la tsarine qui ne supportait pas la contradiction? Un caprice d'impératrice qui n'avait d'yeux que pour Raspoutine qui imposait sa loi en martelant «le jour où je meurs, toute la famille impériale va mourir…» ?

    À l'évidence, cette correspondance inédite montre des liens très forts unissant le tsar et le grand-duc. Celui-ci lui affirme sa «pleine confiance» et use de formules amicales très fortes en signant de son petit nom «Nicki».

      

    Au-delà de ce fâcheux licenciement méritant d'être revu par l'histoire, ces documents apportent aussi du neuf dans la compréhension du personnage du tsar, «loin des clichés d'un empereur soucieux exclusivement de sa famille directe», explique le catalogue. «Le tsar était proche de ses armées. Paternaliste, il était soucieux d'encourager ses troupes et employait à l'égard de son commandement suprême des termes chargés d'émotion.»

    C'est en organisant une première vente, en décembre 2010, avec près de 300 lettres du tsar Alexandre III, que l'étude de Bernard Piguet a fait la connaissance du prince Nicolas Romanov. Ses conseils scientifiques s'avéraient précieux pour reconstituer le puzzle de cette famille au destin tragique.

      

    À la grande surprise du commissaire-priseur, ces lettres qui n'avaient déjà pas suscité l'intérêt des archives et des musées de l'ex-Union soviétique ne furent pas emportées par des Russes, sans doute parce qu'elles étaient écrites en français, mais par des collectionneurs suisses. Un an plus tard, ce fut au tour de 300 photographies d'époque réunies en 28 lots de s'envoler largement au-dessus des estimations.

      

    Même des photos officielles ont multiplié leur prix par dix montrant ainsi que l'histoire sulfureuse de cette famille n'en finit pas de déchaîner les passions.

    Le 10 décembre, à l'hôtel des ventes de Genève, les amateurs pourront se disputer encore d'autres photos inédites comme celle du petit tsarévitch Alexeï assassiné à l'âge de 14 ans ou du grand-duc Michel Alexandrovitch s'essayant au trapèze dans un salon du palais impérial avant de jouer au croquet avec sa sœur Olga Alexandrovna.

      

    Sans oublier des ­lettres d'amour comme celles du tsar Alexandre II adressées à sa maîtresse ­Katia Dolgorouky, de presque trente ans sa cadette (5.000 à 8.000 euros). Elles dévoilent un tsar follement épris de «son cher ange» qui occupe son cœur et ses nuits au détriment des affaires de l'État.

    Vente Romanov , du lundi 10 au jeudi 13 décembre 2012, à l'Hôtel des ventes de Genève. Rue Prévost-Martin 51 - CH 1205 Genève. Exposition publique du 7 au 9 décembre 2012.

     

     

     

     

    http://www.lefigaro.fr/culture/encheres/2012/12/03/03016-20121203ARTFIG00311-les-derniers-tresors-du-prince-nicolas-romanov.php

     

     

     

    Villa Thenard

      

      

    La villa Thenard se situe sur le boulevard du Cap, au sommet de la montée du Parisien (même emplacement que la villa Thuret). Bâtie par le baron Louis-Jacques Thenard, né à la Louptière (dans l’Aube) le 4 mai 1777.

      

    Ce fils de paysan monta à Paris accompagné de deux camarades et seulement quelques sous en poche pour y faire des études de médecine. Pour gagner sa vie, il commença comme garçon de laboratoire chez le grand chimiste Nicolas-Louis Vauquelin et se passionna immédiatement pour la recherche. Se retrouvant dans son employé dont il appréciait l’intelligence, il en fit son assistant. Grâce à la protection de Vauquelin, Thenard obtint divers postes d’enseignement.

      

    En 1799, le ministre de l’intérieur Chaptal le chargea de trouver rapidement la formule d’un bleu pouvant remplacer le bleu outre-mer fabriqué à partir du lapislazuli, beaucoup trop cher mais nécessaire à la manufacture de Sèvres, ce qu’il fit en un mois : ce fut le bleu Thenard ou bleu de cobalt.

      

    En 1802, Vauquelin lui cédait sa chaire au Collège de France. Il inventa de nombreux produits dont l’eau oxygénée, le brome. Son nom fut donné par le minéralogiste Casaseca au sulfate de soude anhydre ou thénardite. Il fut professeur à la Sorbonne, au collège de France, investi du titre de baron par le roi Charles X le 19 novembre 1825, et fut fait pair de France le 11 novembre 1832. Chevalier de l’ordre royal de la Légion d’Honneur depuis 1815, il fut élevé à la dignité de grand officier en 1842.


    Ayant amassé une grande fortune, il fit construire au Cap d’Antibes, à côté de la villa de son ami Gustave Thuret, cette grande villa dans laquelle il aimait venir se reposer. Il mourut à Paris le 21 juin 1857 à l’âge de 80 ans. C’est lui qui inspira à Victor Hugo le nom de Thénardier dans Les Misérables. En effet, Hugo qui militait pour faire passer de 16 à 10 heures la durée de travail des enfants s’affrontait souvent au baron Thenard qui y était fermement oppose.

     

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    La Maison Romanov désigne la dynastie russe qui a régné de 1613 (Michel 1er) à 1762 (Elizabeth 1re). La descendance masculine des premiers Romanov s’éteignit avec la mort de l'impératrice Elizabeth, et le trône impérial russe passa alors à la branche de Holstein-Gottorp de la Maison d’Oldenbourg, en la personne du tsar Pierre III. Mais celui-ci souhaita perpétuer le nom des Romanov, qui sera repris par tous ses descendants, jusqu’à Nicolas II.

    Dernier empereur de Russie, roi de Pologne et grand-prince de Finlande, surnommé « Nicolas le Pacifique », le début de son règne (1814-1917) fut marqué par un formidable essor de la Russie dans les domaines économique, politique, social et culturel. Avec ses 175 millions d’habitants – un chiffre qui avait triplé – la Russie s’était hissée au rang de troisième puissance économique mondiale et talonnait les États-Unis. Le rouble, devenu une monnaie forte, donnait à l’Empire Russe de formidables moyens financiers dont profitaient ses marchands et ses industriels. Dans le domaine des arts, la Russie connaissait aussi un formidable rayonnement ; ses écrivains, ses peintres, ses sculpteurs, ses danseurs, étaient connus dans le monde entier.

    Le règne de Nicolas II fut aussi marqué par la relation fusionnelle qu’il entretenait avec son épouse, l'impératrice Alexandra Fedorovna. En apparence, le couple semblait vivre un véritable conte de fées, mais derrière la façade resplendissante des palais de Saint-Pétersbourg, les Romanov cachaient un terrible secret lié à la maladie de leur fils, le tsarévitch Alexis, atteint d’hémophilie. Cette anomalie de la coagulation sanguine qui génère de graves hémorragies touchant les articulations et les muscles était incurable à l’époque. Un homme, guérisseur, mystique, aventurier, se fit pourtant introduire auprès de la famille impériale en prétendant pouvoir soigner le jeune Alexis.

      

    Son nom : Grigori Efimovitch RASPOUTINE. En quelques années, il deviendra le confident de l'impératrice Alexandra et développera un formidable réseau d’influence au sein de la cour impériale russe. Mais celui que certains appelaient le « mauvais ange » des Romanov entrera aussi pour une bonne part dans leur fin tragique. Nicolas II, son épouse, son fils, ses quatre filles, le médecin de famille, son domestique personnel, la femme de chambre et le cuisinier seront en effet assassinés par les bolcheviks dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Le documentaire retrace ces événements qui ont ensanglanté à tout jamais l’histoire de la Russie.

    . Tsar malgré lui

    Au départ, le tsar Nicolas II est un prince timoré, presque peureux, qui avance à reculons vers le trône de Russie, comme s’il répugnait à régner. Depuis qu’enfant il vit son grand-père, Alexandre II, mourir dans un attentat à la bombe, il est hanté par l’idée d’être victime d’une tragédie semblable.

    Le 4 août 1894, le jeune prince voit donc arriver le moment qu’il redoutait depuis toujours : le décès de son père, l’empereur Alexandre III, le met dans l’obligation de monter sur le trône de Russie. L’histoire veut qu’à l’annonce de cette nouvelle, Nicolas II se soit jeté dans les bras d’un ami en s’exclamant : « Je ne peux pas ! Je ne sais rien de l’exercice du pouvoir ! J’ai peur. »

    Pendant cette épreuve, le prince peut cependant compter sur le soutien de son épouse, la princesse Allemande Alix de Hesse-Darmstadt (1872-1918), fille du grand-duc Louis IV de Hesse et de la grande-duchesse. Ils se sont rencontrés à l’occasion d’un mariage qui avait lieu au Palais d’Hiver de Saint Petersburg ; Nicolas avait alors 16 ans, et Alix seulement 12. De cette rencontre naquit un grand amour entre les jeunes gens, profondément épris l’un de l’autre comme le révèle l’étude de leurs journaux intimes et de leurs lettres. Ils se marieront un an et demi avant le couronnement du tsar, la princesse Alix prenant alors le nom d’Alexandra Féodorovna.

    Ce couronnement, qui fait d’eux le tsar et tsarine de Russie, donna lieu à l’une des cérémonies les plus somptueuses de l’époque. Leur règne débuta cependant sous de mauvais auspices ; en effet, pendant que le cortège impérial entrait triomphalement dans Moscou, une bousculade se produisit dans la foule au champ de Khodinka, provoquant la mort de plusieurs centaines de personnes qui furent piétinées. Certains y virent le signe que le règne de Nicolas II serait marqué par le malheur et les tragédies. L’histoire devait leur donner raison.

    . Fils chéri… et maudit

    Pour assurer la pérennité du trône impérial, le tsar doit impérativement avoir un héritier mal. Or le destin, à nouveau, semble s’acharner sur le jeune couple qui voit naître successivement quatre filles : Tatiana, Maria, Olga et Anastasia. Poussés par leur désir d’avoir un héritier mâle, le tsar et la tasrine prient sans relâche pour qu’une intervention divine les aide à concevoir cet enfant, plongeant dans le mysticisme de la foi orthodoxe Russe. Ils seront finalement exaucés par la naissance d’Alexis Nikolaïevitch le 12 août 1904.

    Mais cet événement, source de tant de joie et de soulagement pour le couple impérial, annonce en fait une tragédie. Le tsarévitch souffre en effet d’un mal mystérieux qui se manifeste par de soudaines hémorragies qui touchent ses articulations et ses muscles. Il s’agit de l’hémophilie, une anomalie de la coagulation sanguine, très mal connue à l’époque et de ce fait, impossible à soigner.

    Le tsar et la tsarine décident d’entourer du plus grand secret l’état de leur enfant. Le tsarévitch se retrouve confiné, soustrait aux regards inquisiteurs de l’extérieur. Le cercle familial se referme sur lui, à la fois cocon protecteur et prison. Ses parents ne savent plus quoi faire pour protéger l’héritier du trône de Russie, mais cela ne sert à rien contre l’hémophilie, qui le rend vulnérable au moindre choc, à la moindre entorse. En désespoir de cause, Nicolas et Alexandra se réfugient dans le mysticisme, priant sans relâche pour que Dieu provoque un miracle qui sauvera leur fils.

    . Le « saint diable »

    C’est dans ce climat pesant, à l’été 1905, que surgit celui qui va bouleverser le sort des Romanov, et à travers eux, la destinée de toute la Russie : Raspoutine. A cette époque, les Romanov, de plus en plus affectés par la maladie de leur fils, multiplient les rencontres avec des guérisseurs dans l’espoir fou que l’un d’eux pourra venir en aide à leur enfant. C’est ainsi qu’un certain Grigori Efimovitch Raspoutine, mystique itinérant à la réputation déjà sulfureuse, se présente à eux.

    Quand l’impératrice Alexandra l’introduit auprès du tsarévitch, celui-ci est au plus mal, souffrant d’une grave hémorragie interne que les médecins ne réussissent pas à stopper. Raspoutine s’agenouille alors près du lit, impose ses mains sur l’enfant en murmurant des prières. L’effet est immédiat ; Alexis ouvre les yeux, mystérieusement soulagé de ses douleurs. Il est sauvé. Les historiens se disputent aujourd’hui encore sur l’origine de cette guérison « miraculeuse » et sur la façon dont Raspoutine soigna le tsarévitch durant les 12 années où il s’occupa de sa santé.

      

    Certains évoquent un réel pouvoir de guérison, tandis que d’autres supputent un recours à l’hypnose pour soulager l’enfant de ses douleurs. La vraie cause est peut-être ailleurs ; en arrivant auprès du tsarévitch, Raspoutine ordonna qu’on supprime tous les remèdes qui lui avaient été prescrits par les médecins. Parmi ceux-ci se trouvait de l’aspirine, qui était administrée régulièrement au jeune malade. Or ce médicament est un anticoagulant, il aggravait donc l’hémophilie de l’enfant. Le simple fait de supprimer l’aspirine aurait donc suffi à améliorer son état de façon spectaculaire.

    Quoi qu’il en soit, la guérison « miraculeuse » du tsarévitch avait convaincu l’impératrice Alexandra que Raspoutine disposait d’un don de guérison qui lui avait été donné par Dieu en personne. Il se retrouva ainsi intégré au cercle familial des Romanov, jouant à la fois un rôle de confident auprès de l’impératrice et de guérisseur attitré du jeune prince Alexis.
    En dehors du palais impérial, Raspoutine se défait cependant de son auréole de sainteté pour endosser le rôle d’un démon avide de débauche.

      

    Sans chercher le moins du monde à se cacher, il multiplie les beuveries dans les tavernes de Saint-Pétersbourg, exploits alcoolisés auxquels il associe une vie sexuelle frénétique. Multipliant les conquêtes féminines dans ce qui pourrait ressembler à une course effrénée à la jouissance, le « saint diable » affirme cependant que ces relations sexuelles lui permettent d’acquérir le salut et de reconstituer ses pouvoirs de guérison.

    . Le moine fou

    L’aura sulfureuse de Raspoutine déteint sur la réputation des Romanov, faisant naître les premiers doutes chez le tsar Nicolas. Mais des événements bien plus graves venus de l’étranger vont détourner son attention du mystique guérisseur. En août 1914, la Russie est emportée dans le tourbillon dévastateur de la Première Guerre Mondiale.

    Constatant que le nombre de morts augmente sans cesse parmi les soldats, Nicolas II soupçonne ses généraux d’incompétence et décide d’assumer lui-même le commandement des forces Russes. Son départ de Saint-Pétersbourg laisse l’impératrice esseulée sous la coupe d’un Raspoutine à l’influence grandissante. Confident – amant prétendent certains – de la tsarine, le moine n’est plus seulement cantonné à son rôle de guérisseur mais se mêle de plus en plus étroitement aux affaires de l’État.

    Certains s’alarment de ce pouvoir grandissant et font courir des rumeurs à son sujet : il organiserait des orgies au sein même du palais impérial, dirait des messes noires, jetterait des sorts à ses ennemis, et serait même l’amant de l’impératrice. Surnommé le « moine fou », Raspoutine est accusé d’être un espion infiltré par les Allemands et chargé de renverser la monarchie en détruisant sa réputation.

      

    Pourtant Raspoutine ne bronche pas devant ces calomnies, sur de son pouvoir et de son influence auprès de l’impératrice, qui de son côté continue à lui faire aveuglément confiance.

    . L’homme qui ne voulait pas mourir

    A Saint-Pétersbourg, certains membres de l’aristocratie considèrent que Raspoutine est en train de prendre une telle envergure dans les affaires de l’État qu’il doit être éliminé. Un complot est donc mis au point en vue de l’assassiner. Le chef en est le prince Félix Ioussoupov, époux de la grande duchesse Irina, nièce du tsar. Parmi les autres conjurés, on trouve le Grand-duc Dimitri Pavlovitch, cousin du tsar Nicolas II, le député Vladimir Pourichkevitch, l'officier Soukhotine ainsi qu’un certain docteur Lazovert.

    Le 29 décembre 1916, à Petrograd, le prince Youssoupov convie Raspoutine à un dîner, sous prétexte de lui faire rencontrer son épouse, Irina Alexandrovna, que Raspoutine poursuivait de ses assiduités. Incapable de résister à l’appel de la chair, Raspoutine accourt chez le prince. Là, on lui sert des boissons et des pâtisseries empoisonnées au cyanure, mais au grand effroi de Youssoupov, Raspoutine s’en gave sans ressentir le moindre effet.

      

    Convaincu d’avoir à faire à un démon, le prince dégaine alors son pistolet et tire. Raspoutine s’écroule. Les complices arrivent, on traîne le corps hors de la pièce, enroulé dans la peau d’ours sur laquelle il s’est effondré, et on ferme la porte à clef.

    Un peu plus tard, Youssoupov retourne auprès du corps pour s’assurer que tout est bien terminé. Il s’agenouille, vérifie qu’il n’a plus de pouls, mais au moment où il s’apprête à quitter la pièce, soulagé, Raspoutine ouvre les yeux et bondit sur lui pour l’étrangler, une écume ensanglantée ourlant ses lèvres tandis qu’il hurle le nom de son assassin. L’un des conjurés, Pourichkevitch, accourt alors, tandis que Raspoutine tente de sortir de la maison, et lui tire quatre balles dans le dos. Raspoutine s’abat sur le perron, mort pour de bon cette fois.

    Du moins est-ce ce que les conjurés croyaient en jetant son corps, enroulé dans des rideaux, du haut d’un pont enjambant la rivière Neva. Il sera retrouvé le 1er janvier 1917, et chose inouïe, l’autopsie montrera que la cause de sa mort n’était ni le cyanure ni les balles qu’il avait reçues, mais la noyade : Raspoutine respirait toujours lorsqu’il fut jeté dans l’eau glacée de la Neva, comme en atteste la présence d’eau dans ses poumons.

    . La prophétie de Raspoutine

    Après ce meurtre, l’héritage de Raspoutine continue pourtant d’empoisonner la famille impériale. Raspoutine a beau avoir disparu, la réputation des Romanov reste entachée par ses agissements sulfureux. L’impératrice Alexandra, complètement sous l’emprise psychologique du guérisseur-gourou, redoute également la prophétie qu’il fit peu de temps avant sa mort : « Sachez bien ceci : si vos parents me conduisent à la mort, vous et votre famille mourrez dans les deux ans, tués par le peuple Russe. »

    Certains historiens sont convaincus que cette prophétie apocryphe – nul n’est parvenu à prouver qu’elle était bien de la main de Raspoutine – eut un effet dévastateur sur l’impératrice, qui s’enfonça dans un fatalisme teinté de mysticisme. Dans l’isolement du palais impérial, tsar et la tsarine étaient de toute façon incapables de voir venir le soulèvement qui allait engendrer la Révolution Russe et les balayer.

    Ravagée par la misère, écrasée par les inégalités, saignée par les sacrifices occasionnés par la Grande Guerre, la société russe était à bout de souffle, exigeant des changements profonds de la part de ses dirigeants. Face à cette situation explosive, Nicolas II s’enferma dans une attitude attentiste qui était en partie due à sa vision mystique de la destinée. Le tsar était en effet persuadé que ce qui arrivait à son pays était la manifestation de la volonté divine et qu’il ne fallait donc rien entreprendre pour la contrarier.

    En février 1917, moins de trois mois après le meurtre de Raspoutine, c’est l’embrasement de la Révolution Russe. Le peuple envahit massivement les rues de Saint-Pétersbourg, qui sera bientôt renommée Petrograd. Au lieu de tirer sur les manifestants, comme elle en a reçu l’ordre, l’armée se mutine et rejoint la révolution. La situation se détériore rapidement, acculant le tsar à l’abdication. Les révolutionnaires prennent possession du palais impérial et assignent la famille Romanov à résidence. L’incendie de la révolution se propage à toute la Russie. Une nouvelle ère commence pour le pays, et les Romanov, reliquat d’un passé sur lequel les révolutionnaires veulent tirer un trait définitif, n’en font plus partie. La décision est bientôt prise de les exiler en Sibérie.

    . De l’exil à l’exécution

    C’est le début d’une période difficile pour les anciens maîtres de la Russie. Livrés à la rancune de leurs geôliers, les Romanov subissent brimades et vexations en tous genres. Leurs quatre filles attisent les appétits charnels des soldats et vivent dans la hantise d’être agressées ou violées. Finalement, en avril 1918, les Romanov sont installés dans une maison reculée de l’Oural.

    Il ressort des écrits de Nicolas et de son épouse que le couple, à cette époque, était entièrement résigné à son sort, considérant que celui-ci ne leur appartenait plus mais se trouvait entre les mains de Dieu. Simples marionnettes, ils devaient laisser leur destinée s’accomplir. Enfermés, sans nouvelles de l’extérieur, les Romanov attendaient donc que se produise le coup de pouce de la providence divine… ou le coup de grâce !

    Ce dénouement tragique surviendra dans la nuit du 17 au 18 juillet 1918. Les Romanov sont tirés de leur sommeil et rassemblés dans la cave de leur villa-prison sous prétexte d’être transférés ailleurs. Là, ils s’entendent lire une déclaration émanant du Soviet de l’Oural et paraphée par le commissaire Yakov Yourovski qui les condamne à mort. Des soldats, au nombre d’une douzaine, surgissent alors d’une double-porte séparant la cave d’une pièce adjacente, les mettent en joue et tirent sans sommation.

      

    La scène est effroyable. Le tsar Nicolas et son épouse Alexandra sont tués sur le coup, mais les soldats constatent avec un mélange de surprise et d’horreur que leurs balles semblent ricocher sur les vêtements des quatre filles Romanov. En vérité, elles avaient cousu des bijoux et de l’or dans les doublures de leurs habits pour les soustraire à la convoitise des révolutionnaires et ceux-ci font office de gilets pare-balles. Elles seront achevées à la baïonnette. Le tsarévitch a lui aussi survécu aux balles. Blessé, il tente de se traîner au milieu des corps des membres de sa famille. Le commissaire Yourovski en personne devra l’achever de deux balles dans la tête tirées à bout portant.

    . L’énigme Anastasia

    Mais dans la confusion de ces instants d’une violence extrême, se peut-il que certains membres de la famille Romanov aient pu survivre ? Les historiens s’interrogent surtout sur le sort des filles qui, partiellement protégées par leurs habits blindés d’or et de bijoux, n’avaient été que blessées par la fusillade. Les témoignages disent qu’elles furent sorties de la cave pour être achevées à l’extérieur, mais en est-on certain ?

    C’est dans ce brouillard d’interrogations que va naître l’un des plus grands mystères du 20ème siècle : celui de l’hypothétique survie de certains membres de la famille Romanov. Le sort de la plus jeune des filles, Anastasia, alors âgée de 16 ans, intéresse tout particulièrement les experts. En effet, au lendemain des événements funestes du 18 juillet, les autorités Soviétiques annoncent officiellement la mort du tsar Nicolas II et de son fils Alexis ; en revanche il n’est fait nulle mention du reste de la famille Romanov.

    Certains témoignages créent de nouvelles zones d’ombre sur ce qui s’est passé juste après l’exécution. Les cadavres des Romanov sont censés avoir été chargés à bord d’un camion et emportés dans la forêt par les soldats affectés à la surveillance des Romanov. Or, quelques-uns de ces soldats avaient noué des relations privilégiées avec les membres de la famille Romanov, en particulier les filles. Il se peut même que des « amourettes » aient pu naître entre eux. Certains historiens pensent ainsi que d’éventuelles survivantes auraient pu être secourues par les soldats et mises à l’abri.

      

      

    Fait extrêmement troublant : dans les jours suivant l’exécution, une femme en état de choc, présentant des traces de coups et de blessures, sera aperçue par différents témoins crédibles dans les environs du drame. A ceux qui la questionneront, elle prétendra être un membre de la famille impériale, mais avant qu’une enquête sérieuse puisse être menée elle disparaîtra dans la nature.

    19 mois plus tard, cette affaire rebondit de manière inattendue en Allemagne, à Berlin. Une jeune femme très perturbée, qui a tenté de se suicider, est placée en hôpital psychiatrique ; elle révèle alors aux médecins qu’elle est la grande Duchesse Anastasia, bien qu’elle n’ait sur elle aucun papier pouvant prouver son identité. Pendant le massacre de juillet 1918, elle aurait perdu connaissance après avoir été blessée, et aurait été secourue par un soldat. Celui-ci lui aurait permis de gagner l’Allemagne où, par désespoir, elle aurait choisi de mettre fin à ses jours.

    L’affaire déchaîne les passions entre partisans d’Anastasia, convaincus qu’elle dit la vérité, et les sceptiques qui la voient comme une habile mystificatrice.

      

    En 1934, la jeune femme, devenue Anna Anderson, décide de rétablir la vérité devant un tribunal de Berlin. Elle fait appel à une experte en graphologie de renommée mondiale, Mirna Baker, qui authentifie son écriture comme étant bien celle de la grande Duchesse Anastasia. La comparaison de la forme et des circonvolutions de l’oreille démontre également que celles d’Anna Anderson et d’Anastasia sont en tous points identiques, suggérant qu’il s’agit d’une seule et même personne.

    Mais ces preuves sont contredites par des lacunes troublantes dans les souvenirs d’Anna Anderson. Ainsi, la jeune femme est incapable de reconstituer la disposition des pièces du palais de Saint-Pétersbourg. Il arrive aussi qu’elle se parle toute seule en Polonais, une langue qu’Anastasia n’avait jamais apprise.

      

    Après un procès fleuve, la justice Allemande se déclare incompétente pour rendre un verdict, renvoyant ainsi chaque camp dans ses positions. Anna Anderson passera le reste de sa vie à essayer de prouver qu’elle était bien Anastasia.

      

    Elle émigrera aux États-Unis, où elle se mariera avec un certain Jack Manahan, de vingt-et-un ans son cadet, à Charlottesville, le 23 décembre 1968. Elle mourut en 1984 et elle fut enterrée sous le nom d'Anastasia Romanov. Depuis, des analyses ADN rendues possibles par la découverte des corps de la famille Romanov dans une fosse commune, en 1991, ont démontré qu'Anna Anderson ne pouvait être la grande-duchesse Anastasia.

      

    Celle-ci fut bien exécutée sommairement par les Bolcheviks le 17 juillet 1918,

    à l’âge de 17 ans.

    EN RÉSUMÉ : De facture très classique, ce documentaire est bâti autour d’une structure narrative linéaire qui suit la destinée des derniers représentants de la famille Romanov – le tsar Nicolas II et son épouse, l’impératrice Alexandra – depuis leur couronnement en 1894 jusqu’à leur effroyable exécution par les Bolchéviks, le 17 juillet 1918.

    Le récit solidement charpenté, entrecoupé de reconstitutions historiques et d’interventions de spécialistes, s’en tient aux grandes lignes de l’histoire des Romanov, sans jamais s’écarter en hors sujets ou en à côtés. Intéressant, car cela ne détourne pas l’attention de l’histoire de la famille Romanov, mais frustrant sous certains aspects.

      

    On aurait ainsi aimé en apprendre plus sur l’influence de Raspoutine sur l’impératrice Alexandra, ou sur le contexte social qui aboutit à la Révolution Russe, début de la chute des Romanov.

    S’il est sans nuances, ce portrait n’en reste pas moins intéressant à découvrir, brossant des Romanov l’image d’une famille avant tout « maudite » par son fatalisme imprégné de mysticisme. Une vision des choses qui la conduisit à subir passivement les événements, ou à être manipulée par des gourous comme Raspoutine, sans jamais chercher à prendre en main des rênes de sa destinée. Édifiant.

     

     

     

     

     

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    Exposition de 150 photos de Prokudin-Gorski (musée Zadkine)

    http://www.germanopratines.fr/wp-content/uploads/2011/05/ZADKINE-FACADE.jpg

      

    Une exposition de 150 photos de Prokudin-Gorski a lieu en ce moment à Paris au Musée Zadkine (rue d’Assas).

     

    Prokudin-Gorski (1863-1944), fut le photographe du Tsar Nicolas II et de la Russie avant la révolution Bolchevique. Une récente exposition américaine de la Librairie du Congrès U.S a révélé et restitué une Russie que le judeo bolchevisme avait tenté d’anéantir.

     

     

    La Russie avant l'avènement bolchévique : quelques-unes de ces photos sont visibles sur

    http://konigsberg.centerblog.net/867-la-russie-avant-avenement-judeo-bolchevique »

     

     

     

    http://sechtl-vosecek.ucw.cz/en/images/prokudin-gorsky/big/04438u.jpg

    Cathédrale St Nicolas 

     

     

    Prokudin-Gorski (1863-1944) était chimiste. Il est l'inventeur d’un procédé de photographie en couleur qui en a fait le pionnier en cette matière. Aujourd’hui le Musée Zadkine nous donne à voir ses photos. Ne les ratons pas et ce d’autant plus que j’ai eu beau chercher je n’ai trouvé aucun album de photos qui lui ait été consacré. Merci donc au musée.

     

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/80/Prokudin-Gorskii-09-edit2.jpg/800px-Prokudin-Gorskii-09-edit2.jpg

    The Monastery of St. Nil on Stolobnyi Island in Lake Seliger in Tver Province. 1910

     

    http://sechtl-vosecek.ucw.cz/en/images/prokudin-gorsky/big/03954u.jpg

      Jeunes paysannes, Empire russe. Trois jeunes femmes offrent des baies aux visiteurs de leur izba, une maison en bois traditionnelle, dans une zone rurale le long du fleuve Sheksna, près de la ville de Kirillov; 1909 Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii Collection (la Bibliothèque du Congrès)

     

     

    http://sechtl-vosecek.ucw.cz/en/images/prokudin-gorsky/big/04651u.jpg

     

    Description de cette image, également commentée ci-après

      

    De 1905 à 1917,Prokudin-Gorski a ramené de ses voyages des milliers de plaques photographiques sur les villes, les campagnes, les peuples au travail, les églises, les créations artistiques et industrielles de l’Empire (notamment les photos de Tolstoï) revélant sa marche vers le progrès avant que le bolchevisme n’amène avec ses massacres, ses goulags etc la misère et la régression que nous savons.

     

    http://sechtl-vosecek.ucw.cz/en/images/prokudin-gorsky/big/04423u.jpg

     

     

    La révolution de 1917 et le guerre civile souhaitée de toute force par Lénine (qui appelait à "tranformer la guerre impérialiste en guerre civile") ont chassé Prokudin de Russie et c’est ainsi que, passant par le Norvège puis l’Angleterre, il trouva refuge en France non sans emporter des caisses pleines des milliers de plaques photographiques qu’il avait réalisées.

     

     Prokudin-Gorski vécut pauvre et malade en France de 1921 à Aout 1944, ignoré de nous et reconnu seulement par la communauté des réfugiés russes.

     

     

    Eglise de la Résurrection dans la ville de Kostroma, 1910 Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii Collection (Library of Congress)

     

     

    Description de cette image, également commentée ci-aprèsJuste après la guerre, les Américains, plus malins que nous, ont racheté à sa famille toute la collections de ces plaques pour en faire un des trésors de la Librairie du Congrès ( Librairie de la Chambre des Députés U.S). QuanT à Prokudin–Gorski il repose chez nous dans le cimetière russe de Sainte Geneviève des Bois.

     

    Courte biographie de Prokudin-Gorski (en anglais) : http://www.prokudin-gorsky.org/rightpages.php?lang=en&fname=bio

     

     

    http://denverpost.slideshowpro.com/albums/001/496/album-71639/cache/russia023.sJPG_950_2000_0_75_0_50_50.sJPG?1381858614

    Église de Vetluga; 1910 Sergei Mikhailovich Prokudin-Gorskii Collection (la Bibliothèque du Congrès)

     

     

    Une série de ces photos se trouvent ici aussi :

     

    http://blogs.denverpost.com/captured/2009/10/21/color-photography-from-russian-in-the-early-1900s/

     

     

     

    - EXPOSITION RÉCENTE DES PHOTOS DE PROKUDIN-GORSKI A LA LIBRAIRIE DU CONGRÈS

                                                             (Librairie nationale des Etats-Unis) :

     

    The Empire That Was Russia: The Prokudin-Gorskii Photographic Record Recreated

     

      

    http://www.loc.gov/exhibits/empire/

     

     

     

     

     

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    "France Info y était" revient sur les grands évènements du passé comme si des reporters de la radio les avaient suivis. Une plongée dans le temps décryptée par l'historien Thomas Snégaroff. Cette année, nous revivrons la Première Guerre mondiale, à l'approche du centenaire, avec l'historial de Péronne. Pour commencer, rendez-vous le 7 octobre 1896. Paris reçoit le tsar de Russie Nicolas II, pour inaugurer le pont Alexandre III et cimenter l'alliance franco-russe.

    Le Tsar Nicolas II sur les Champs Elysées, vu par le supplément illustré du Petit Journal, le 11 octobre 1896.

    Voilà deux jours que la France vit à l'heure russe. Le tsar Nicolas II et la tsarine Alexandra Fedorovna ont accosté le 5 octobre à Cherbourg, accueillis par une revue navale. Le lendemain, Paris a pavoisé à son tour. Arrivé gare du Ranelagh, il descend les Champs Elysées. Un dîner de gala dans la plus grande tradition l'attendait à l'Elysée avant une soirée à l'Opéra.

    S'il ne vient pas à la rencontre des parisiens au feu d'artifice du Champs de Mars, auquel il n'assiste pas, c'est un triomphe populaire qui l'accompagne en cette matinée du 7 octobre. Le gouvernement français l'a savamment orchestré en décrétant même un jour de congé scolaire la veille. La compagnie des Chemins de fer de l'Ouest n'a pas hésité à affréter des "trains de plaisirs" (40% de réduction), et 930.000 personnes sont arrivées de province.

    La pose de la première pierre du pont Alexandre III, qui relie les Invalides et les Champs Elysées, constitue le clou de la visite. Le tsar est équipé d'un outillage d'or et les armes de la France et de la Russie impériale figureront - et figurent encore - sur les lampadaires de style saint-petersbourgeois du pont.

    Il porte le nom du père du tsar, Alexandre III, artisan de l'alliance franco-russe, ratifiée le 4 janvier 1894. Dirigée contre l'Allemagne et ses alliés, elle permettra, en cas d'agression du Kaiser Guillaume II, de se défendre et d'effacer les plaies de la défaite de 1870 en récupérant l'Alsace-Moselle.

    L'objet de la semaine, présenté par Frédérick Hadley, de l'Historial de la Grande Guerre de Péronne :

    Boîte à musique russe de 1897 jouant la Marseillaise et l'hymne russe. © Musée historial de la Grande guerre de Péronne Yazid Medmoun

    Les explications de Frédérick Hadley, de l'historial de la Grande guerre :

    Après la visite d'une escadre française à Kronstadt, en Russie, en 1891 et la signature d'une convention militaire en 1892 établissant une alliance défensive; après la visite à Toulon d'une flotte russe en octobre 1893, puis celle de Nicolas II à Paris (1896), le Président Félix Faure se rend à Saint-Pétersbourg en 1897. C'est lui que l'on voit ici en queue-de-pie, serrant la main du Tsar. Cette boîte à musique joue la Marseillaise et l'hymne national russe. Elle traduit l'enthousiasme d'une alliance qui sortit la France de l'isolement diplomatique qui avait succédé à la défaite de 1870. Mais elle rappelle aussi le danger d'une alliance qui ancra, en Allemagne, le sentiment d'encerclement.

    France Info y était, une chronique à retrouver tous les dimanches sur France Info à 10h15, 14h45 et 17h15.

     

     

     Sources : article et AUDIO sur le lien ci-dessous.

     

    http://www.franceinfo.fr/loisirs/france-info-y-etait/7-octobre-1896-le-tsar-de-russie-pose-la-premiere-pierre-d-un-pont-parisien-1132821-2013-09-

     

     

     

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    Le dernier mystère des Romanov

     

    1918. Nuit du 16 au 17 juillet. Les bolcheviques massacrent la famille impériale à Iekaterinbourg. Toute la famille ? On l’a beaucoup dit. Ce n’est pas si certain.

    Revenons au 3 mars 1918. Le gouvernement bolchevique signe avec les empires centraux un traité de paix, à Brest-Litovsk. La Russie perd le tiers de sa population, d’immenses ressources et les terres d’Ukraine, de Biélorussie, des pays Baltes, de Pologne, presque toutes passées sous contrôle allemand. Mais les bolcheviques sauvent leur pouvoir. À ce moment, le tsar destitué, Nicolas II, se trouve avec sa famille à Tobolsk, en Sibérie, à plus de 1 800 kilomètres de Moscou, une résidence que lui a assignée Kerenski, le chef du gouvernement menchevique, en juillet 1917, pour l’éloigner de la menace bolchevique. Neuf mois plus tard, les bolcheviques sont donc au pouvoir, à la suite de la révolution d’Octobre, et ont transféré la capitale de Petrograd à Moscou.

    Contre eux, des armées “blanches” se constituent : à l’est, celle de l’amiral Koltchak, au Kouban, celle du général Denikine et des cosaques, à l’est de la Volga, la Légion tchécoslovaque se soulève. S’y ajoute la présence des Alliés occidentaux à Bakou, Mourmansk, Vladivostok. Le pouvoir soviétique se limite à la Russie historique, de Petro grad à l’Oural.

    Ce pouvoir n’en est que plus féroce, d’autant qu’il doit faire face à des oppositions internes : ses anciens alliés, les sociaux-révolutionnaires (S-R), refusent le traité de Brest-Litovsk, perçu comme une trahison aux idéaux révolutionnaires, les paysans s’insurgent dans les campagnes, les ouvriers et les intellectuels frondent dans les villes. La Russie verse dans le chaos : les cités changent de mains, des pouvoirs locaux se multiplient. À Moscou même, un S-R assassine le comte von Mirbach, l’ambassadeur d’Allemagne. Les rumeurs les plus folles se propagent. Et, parmi elles, les projets d’évasion de la famille impériale.

    La conserver en otage est un impératif pour les bolcheviques. À quelle fin ? Juger le « sanglant Nicolas » ? L’exécuter ? Une certitude : les blancs qui se rapprochent ne doivent en aucun cas le libérer. Aussi, à Iekaterinbourg, une ville minière à l’ouest de Tobolsk, le soviet (conseil, en russe) local, réputé pour son intransigeance et son ardeur révolutionnaires, décide de transférer la famille dans sa ville. En même temps, Moscou choisit de faire venir le souverain dans la capitale et envoie Vassili Iakovlev prendre livraison du « bagage », comme disent les télégrammes.

     

    Malgré les consignes de Iakov Sverdlov, président du Comité exécutif central des soviets, les communistes d’Iekaterinbourg interceptent le tsar et la tsarine et les incarcèrent, le 30 avril 1918, dans la maison Ipatiev, où leurs enfants les rejoignent peu après. En juillet, les conditions de détention s’aggravent, avec la présence de Iakov Iourovski, membre exécutif du soviet de l’Oural et de la Tcheka (police politique) régionale. Est-ce lui ou Sverdlov qui donne l’ordre de supprimer les Romanov ?

    Dans la nuit du 16 au 17 juillet, le meurtre est perpétré dans la cave de la maison. Rassemblée en pleine nuit, la famille impériale est abattue. Les corps sont transportés hors de la ville, dans la forêt de Koptiaki, jetés dans des puits de mine, récupérés le 18, puis incinérés et recouverts d'acide. Il fallait éviter qu'ils ne deviennent des reliques.

     

    Le 18 encore, à Alapaïevsk, plus au nord-est, sont massacrés d’autres membres de la famille impériale, dont le grand duc Serge Mikhaïlovitch et des princes impériaux. Au total, dix-huit membres de la famille Romanov seront tués, le premier chronologiquement étant le grand-duc Michel, le frère du tsar, à Perm, dans l’Oural, le 13 juin. S’agit-il d’une volonté du pouvoir bolchevique de les exterminer ?

    De ce nombre, l’historien Marc Ferro retire la tsarine Alexandra, née princesse de Hesse-Darmstadt et ses quatre filles, les grandes-duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia. Toutes les cinq auraient échappé au massacre.

     

    Quant à la survie du tsarévitch Alexis, Ferro hésite. Spécialiste de la révolution russe, directeur d’études à l’EHESS et co-directeur de la revue les Annales, Ferro avait déjà abordé cette affaire dans son Nicolas II (Payot, 1990) où il suggérait cette « hypothèse inavouable et sacrilège " , celle de la survie d'une partie de la famille impériale. Avec la Vérité sur la tragédie des Romanov, il passe aux certitudes.

    Et cela malgré la cascade d’éléments qui, depuis une vingtaine d’années, témoigne d’un massacre collectif : le rapport de Iourovski, le bourreau, révélé en 1989, qui décrit par le menu l’horreur des faits ; la découverte de cinq corps, en 1991, auxquels se sont ajoutés, en 2007, des fragments de deux autres corps trouvés eux aussi dans la forêt de Koptiaki ; les funérailles solennelles organisées à la cathédrale de Saint-Pétersbourg, le 17 juillet 1998, en présence d’une cinquantaine de descendants des Romanov ; les analyses ADN qui établissent qu’il s’agit bien des restes de la tsarine (voir Valeurs actuelles du 28 août 2008).

    Marc Ferro, que j’ai rencontré chez lui, à Saint-Germain-en-Laye, sait qu’il suscite un scepticisme complet, « un canular ! », titre même un journal londonien. Il sait aussi qu’Alexis Brimeyer (1946-1995), autoproclamé prince d’Anjou et duc de Durazzo, qui affirmait être le petit-fils de la grande duchesse Maria et qu’il a rencontré jadis à Madrid, est accompagné d’une réputation des plus sulfureuses.

     

    À 87ans, avec un enthousiasme de jeune homme, Ferro balaie pourtant toutes ces oppositions, même celle du silence qu’il explique par les dangers qu’il y avait à le rompre. Au fil de sa conversation, il avance ses pions.

    « Sur l’assassinat, dit-il, le document de base est le rapport de Nicolas Sokolov, un juge chargé par les blancs de l’instruction. Mais il n’est pas le premier à avoir mené l’enquête. Son prédécesseur, le juge Sergueïev, qui sera dessaisi de l’enquête en janvier 1919, pensait, après avoir entendu de nombreux témoins, que l’impératrice et ses filles n’avaient pas été exécutées, mais évacuées quelque part. Et avant lui, en juillet, des officiers blancs sous la responsabilité du capitaine Malinovski avaient estimé que plusieurs personnes avaient été fusillées à la maison Ipatiev pour “simuler” le meurtre de la famille impériale. Sergueïev sera fusillé, mais Sokolov s’installera en France.

     

    Il sera à l’origine de la vulgate dans un ouvrage publié en français en 1924, l’année de sa mort. C’est lui qui précise que, devant l’avance de la Légion tchécoslovaque vers Iekaterinbourg, le soviet de cette ville décide d’exécuter la famille impériale. La version officielle que fournissent les bolcheviques est très proche. Dans les deux cas, la famille impériale est exécutée la nuit et les dépouilles enterrées. Mais si l’on rassemble tous les témoignages de l’époque, une conclusion s’impose : ils sont fragiles et discordants. Et ils peuvent mentir afin de soutenir leur camp politique. »

    “Le premier échange d’otages Ouest-Est”

    Dans les années 1970, deux journalistes britanniques, Summers et Mangold, ont retrouvé la copie du dossier original qu’avait constitué Sokolov. Or, certaines pièces laissent penser que toute la famille n’a pas été exécutée. Puis Nicolas Ross, un historien, et Marina Grey, la fille du général Denikine, dépouillent séparément l’intégrale de ce dossier d’instruction. Leurs conclusions tendent à montrer qu’à Iekaterinbourg, seul le tsar fut exécuté, l’impératrice et les enfants, dirigés vers Perm, auraient eux aussi été assassinés, mais plus tard.

    Et Ferro accumule les éléments troublants, telle l’affirmation de Gueorgui Tchitcherine, le commissaire du peuple aux Affaires étrangères, un cousin éloigné de la tsarine. Il déclare au New York Times du 20 septembre 1918 que les quatre filles vivent. Tchitcherine le répétera jusqu’en avril 1922, ajoutant qu’il ne sait pas où les filles se trouvent. Suit un télégramme de la cour de Suède du 27 septembre 1918, envoyé à la princesse Victoria, soeur de l’impératrice, qui signale qu’Ernst Ludwig, grandduc de Hesse et frère de la tsarine, « a entendu, de deux sources de toute confiance, que l’impératrice et tous les enfants sont en vie ». Le même été, deux télégrammes de la cour de Madrid font état des efforts d’Alphonse XIII pour négocier le transfert de l’impératrice et de ses enfants.

    En septembre, une lettre de la Wilhemstrasse, le ministère des Affaires étrangères allemand, à l’archevêque de Cologne atteste que les Russes « protègent les grandes-duchesses de la colère populaire et qu’il est envisagé de les transférer en Crimée ». « Le Kaiser aurait souhaité, assure Ferro, qu’on sauve toute la famille », en admettant « qu’en ce qui concernait l’ex-tsar, c’était une affaire entre Russes ».

    La thèse de l’exécution de toute la famille arrange tout le monde, affirme Marc Ferro. Pour les blancs, elle présente les rouges comme des criminels et laisse le champ libre au grand-duc Cyrille, le nouveau chef des Romanov. Pour les rouges, elle masque les négociations que Lénine entreprend avec les Allemands à la fin du mois d’août pour que Guillaume II ne reprenne pas la guerre. L’accord est conclu le 29 août :

     

    l’Allemagne évacue la Russie blanche ; en contrepartie, les soviets reconnaissent l’indépendance des pays Baltes, une sorte de protectorat allemand sur la Géorgie et cessent toute propagande révolutionnaire en Allemagne. Parallèlement, se poursuivraient des conversations sur l’évacuation clandestine de la tsarine “allemande” et de ses filles, à l’exception d’Anastasia, qui se serait enfuie seule en septembre de Perm, sans que sa mère ni ses soeurs ne sachent ce qu’elle devenait.

    Et la semaine même d’octobre 1918 où, pour Ferro, elles seraient arrivées à Kiev via Moscou, deux spartakistes, dont Karl Liebknecht, sont libérés de prison. Pour lui, plus qu’une coïncidence, ce serait « le premier échange d’otages dans l’histoire des relations Ouest-Est ». Sur quoi fonde-t-il cette certitude ? Sur le testament manuscrit conservé par un notaire parisien et qui serait celui de la grande-duchesse Maria, la grand-mère du trop fameux Alexis de Durazzo !

    Dernier argument. Une journaliste américaine, Marie Stravlo, aurait découvert dans les archives du Vatican le journal intime d’Olga, la fille aînée. Au terme de quelle enquête l’a-t-elle trouvé ? Dans quel fonds ? L’explication qu’elle donne à Ferro, à qui elle a téléphoné et qu’elle vient de rencontrer, n’est pas claire. Ce journal intime s’arrêterait en 1954.

     

    Pour ne pas déflorer l’ouvrage qui vient d’en être tiré (il est sorti en Espagne) et qui sera traduit en français en 2013, Marc Ferro n’en dit pas plus. Cependant, il publie en annexe un document fourni par Marie Stravlo : établi devant témoins le 19 janvier 1955 par un notaire de Côme, en Italie, il attesterait de l’identité d’Olga Romanov devenue Marga Boodts par les soins de Guillaume II, son parrain.

    L’exécution des Romanov, une affaire classée ? Ou plutôt une affaire à suivre…

    La Vérité sur la tragédie des Romanov, de Marc Ferro, Tallandier, 224 pages, 17,90 €.

     

    sources

     http://valeursactuelles.com/dernier-myst%C3%A8re-des-romanov20121204.html

     

     

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    L’assassinat des Romanov, petit exemple de l’humanisme de la gauche  communisme

     

     

    Grand Duchess Olga: 1917.

    Grand Duchess Olga: 1917.

     

    Minuit. Iekaterinbourg dort paisiblement en cette nuit du 16 au 17 août 1918. La villa Ipatiev située en plein centre-ville est calme également, tout au moins en apparence. La famille impériale y est retenue depuis le 30 avril et depuis cette date les jours s’écoulent dans l’ennui (la propriété est isolée par de hautes palissades en bois). Ils s’écoulent aussi dans la crainte. Le comité de l’Oural a désigné un certain Avdéïev en tant que responsable de la maison. C’est un alcoolique à l’intelligence tristement limitée qui se révèle violent à l’occasion. Les gardes sont à l’avenant.

     

    Le 4 juillet, Avdéïev est remplacé par le commissaire Iakov Yourovski qui arrive avec dix gardes armés qui prennent la relève de ceux qui étaient sous les ordres d’Avdéïev. Youroski s’absente souvent, il parcourt la région à cheval. Le 16 août, peu avant minuit, Yourovski réunit les gardes et leur fournit des revolvers, puis il entre dans les chambres où dorment la famille impériale et leurs suivants (Evgueni Botkine, Anna Demidova, Ivan Kharitonov et Aloïs Troupp) afin de les avertir qu’ils vont être transférés. Les prisonniers descendent donc jusqu’au sous-sol où on leur a dit qu’ils devaient attendre l’arrivée des camions. Mais laissons la parole à Pierre Gilliard qui fut le précepteur des enfants du Tsar :

     


     

    " Le 16 juillet au soir, Yourovski procura des pistolets à ses hommes. Après minuit, il demanda aux Romanov et à leurs suivants de se préparer à être transférés dans un lieu plus sûr. Tout le monde descendit par les escaliers intérieurs jusqu’au sous-sol. L’ex-tsar portait son fils dans ses bras. Il y avait deux chaises, où s’assirent l’empereur et l’impératrice, Alexis se trouvait sur les genoux de son père, les grandes-duchesses et leurs suivants se trouvaient debout à côté du couple impérial.

     

    Yourovski, prétextant qu’il allait chercher un appareil photographique pour prouver de leur bonne santé auprès de Moscou, alla régler les derniers détails du massacre avec ses hommes de mains. Puis il ouvrit la double porte où se trouvaient les prisonniers. Sur le seuil, les douze hommes s’alignèrent sur trois rangs. Dehors, le chauffeur du camion mit le moteur en marche pour couvrir le bruit des détonations.

     

     
    Au premier rang des tueurs, Yourovski sortit un papier et se mit à le lire rapidement : "Du fait que vos parents continuent leur offensive contre la Russie soviétique, le comité exécutif de l’Oural a pris le décret de vous fusiller."
    aechlys:

themauveroom:

The Imperial family in the yard at Tobolsk: 1917.

Holy crap- where’d this come from??

 I THINK I found it on the Alexander Palace Time Machine Forum in one of the topics about pictures in exile? I can’t remember exactly. I think I may have seen it at least once before and then couldn’t find it again until recently.

    The Imperial family in the yard at Tobolsk: 1917.

    Holy crap- where’d this come from??

    I THINK I found it on the Alexander Palace Time Machine Forum in one of the topics about pictures in exile? I can’t remember exactly. I think I may have seen it at least once before and then couldn’t find it again until recently.

     
    La fusillade se déchaîna aussitôt, dans le désordre le plus absolu. Il n’était plus question de préséance révolutionnaire : la plupart des exécuteurs visèrent le tsar.
     
    Le choc des multiples impacts le projeta en arrière et il s’effondra, mort sur le coup. Alexandra et la grande-duchesse Olga eurent à peine le temps d’esquisser un signe de croix avant de tomber à leur tour, ainsi que Troupp et Kharitonov. Le massacre prit rapidement un tour dantesque.

     

    Dans la fumée de la poudre qui emplissait la pièce, le tsarévitch effondré par terre, faisait preuve, selon Yourovski, d’une "étrange vitalité" : il rampait sur le sol en se protégeant la tête de la main. Nikouline, maladroit ou trop énervé, vida sur lui un chargeur sans réussir à le tuer. Yourovski dut l’achever de deux balles dans la tête.

    Grand Duchesses Anastasia and Olga in the yard at Tobolsk: 1917.

    Grand Duchesses Anastasia and Olga in the yard at Tobolsk: 1917.

     
    Le sort des grandes-duchesses fut encore plus horrible : les projectiles ricochaient sur leurs corsets où elles avaient cousu des bijoux et des pierres précieuses pour les dissimuler aux gardiens.

     

    Yourovski dira, plus tard, qu’elles étaient "blindées".
     
    Anna Demidova fut aussi très longue à mourir.
     
    Les tueurs ont vidé leurs armes mais cela ne suffit pas, trois des grandes-duchesses étaient encore en vie. Selon son témoignage, Kabanov alla chercher une baïonnette en forme de couteau d’une Winchester pour les achever. D’autres l’imitèrent.

    The courtyard at the Ipatiev House that the Imperial family passed through to the cellar. The gallery was added in the 1930s.

    The courtyard at the Ipatiev House that the Imperial family passed through to the cellar. The gallery was added in the 1930s.

     
     
    Les corps ensanglantés furent emmenés en camion dans une clairière, près du village de Koptiaki. Ils furent arrosés d’acide sulfurique, brûlés et démembrés avant d’être ensevelis sous un chemin forestier. "

     

    Pour ceux qui croiraient que ce fut un incident de parcours :

     

    " Le métropolite Vladimir de Kiev fut mutilé, castré avant d’être fusillé.
     
    Son corps laissé nu, exposé à la profanation publique. Le métropolite Véniamine de Saint-Pétersbourg, candidat possible à la succession du patriarche, fut transformé en un pilier de glace : on le passa sous une douche d’eau froide par un temps glacial.
     
    L’évêque Germogène de Tobolsk, qui avait accompagné le Tsar en exil de son plein gré, fut sanglé vivant à la roue à aubes d’un bateau à vapeur et déchiqueté par les pales en rotation. L’archevêque Andronnik de Perm, qui s’était acquis une réputation de missionnaire et qui avait œuvré au japon, fut enseveli vivant. Et l’archevêque Vassili a fini crucifié et brûlé. "

    Alexander Yakovlev – Le Cimetière des Innocents – page 189

     

     

    Il est là le véritable visage de l’homme de gauche, du révolutionnaire. 1789 / 1917 /1936 /1949 / etc., même combat.

    Mêmes aspirations frustrées de petits bourgeois envieux prêts à toutes les horreurs pour s’emparer du pouvoir; mêmes horreurs perpétrées au nom de la liberté et du bonheur du genre humain; mêmes machines politiques inhumaines créées pour instiller dans le bas peuple une saine peur du nouvel appareil de gouvernement; même volonté d’abattre tout ce qui fait sens, tout ce qui cimente la société humaine afin d’isoler les hommes face à la puissance publique.

     

     

     

    http://koltchak91120.wordpress.com/2011/08/15/lassassinat-des-romanov-

    petit-exemple-de-lhumanisme-de-gauche/?replytocom=6754#respond

     

     

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    COMMENTAIRES BIOGRAPHIQUES SUR S.A.I. LA PRINCESSE PILAR

    ROMANOV-BRASSOVA,GRANDE-DUCHESSE DE RUSSIE,

    HERITIERE DE LA COURONNE IMPERIALE

    ET QUI VIVAIT EN ESPAGNE SOUS LE NOM DE "TORIJA"

    AFIN DEPROTEGER SA PROPRE VIE

    ET CELLE DE SES DESCENDANTS

     

    GD. et Princesse Pilar Romanov (1919-1979)
My beloved Mother.

     

    (Janvier 1919 - Août 1979)

     

    Pilar était une enfant réfugiée, lors de la période russe de la "Révolutionbolchevique" de 1917 à 1918, née sur l'île de Malte à la fin du mois de janvier 1919, peu de temps après que sa mère, la comtesse moscovite Natasha Cheremetievskaya de Brassova (1880-1952) ait débarqué sur cette île, le 16 janvier 1919, du cuirassé britannique dénommé "Agamemnon", en provenance de Constantinople (Istamboul), lieu qui servit de refuge à bon nombre d'exilés ayant fui la révolution russe.

     

    Natasha, utilisant le nom de son père (Cheremetievsky), avocat de renom, ainsi qued'autres noms changés, arriva après un voyage hasardeux jusqu'à cette ville turque. Elle était auparavant partie de Saint Pétersbourg déguisée en religieuse et avec un passeport délivré au Consulat du Royaume d'Ukraine au nomde "Tatiana Klenow". Elle traversa ainsi Kiev pour se rendre à Odessa où elle s'embarqua vers le 16 décembre 1918 à bord du navire de guerre "Nerea", sous drapeau britannique, pour atteindre Constantinople (Istamboul) après une traversée de deux ou trois jours.

     

    Une fois à Istamboul, elle y restera un certain temps, déguisée, semble-t-il, en infirmière de la Croix-Rouge, jusqu'à ce qu'elle prenne la mer à bord du cuirassé "Agamemnon" de la Royal Navy, cette fois sous la protection britannique, avec sa véritable identité et ses titres, étant traitée avec une correction exquise par l'équipage de ce navire.

     

    Personne ne connaît avec exactitude la date à laquelle le "cuirassé Agamemnon" fit route pour Malte, mais nous savons avec certitude (tel que cela fut enregistré dans les livres de l'Amirauté de la Royal Navy à Londres) que ce grand navire jeta l'ancre dans le port de Malte le 16 janvier 1919, date officielle britannique.

     

    GD. et dernier tsar Michel II de Russie
(1878-1918).
Notre Grand-père bien-aimé, en Lignée maternelle.

    GD. et dernier tsar Michel II de Russie (1878-1918). Notre Grand-père bien-aimé, en Lignée maternelle.

     

    Le père de Pilar était le Grand-duc, prince héritier, et dernier Tsar de Russie, Milkhaïl II Romanov-Holstein Gottorp, fils du tsar Alexandre III et de Maria Feodorovna, né à Saint Pétersbourg le 22 novembre 1878 et mort, assassiné par les bolcheviques dans une forêt proche de la ville de Perm, la nuit du 12 au 13juin 1918. C'est ce que reflète l'histoire officielle, mais selon d'autres versions il aurait réussi à s'échapper.

    Il est vrai que ses restes mortels n'ont pas été retrouvés et nous ne pouvons pas exclure l'une des diverses autres versions russes selon laquelle son corps fut incinéré le lendemain dans le four d'une usine de métallurgie, non loin de l'endroit où avait eu lieu le sacrifice de notre grand-père et de son assistant M. Johnson. Selon l'histoire extra-officielle, Michel aurait été reconduit hors de Russie à la demande de l'empereur Guillaume II d'Allemagne. Cette pétition était, semble-t-il accompagnée de graves menaces à l'encontre de Lénine et de son mouvement révolutionnaire (énorme contradiction, car ce fut l'empereur allemand lui-même qui fit libérer Lénine de sa captivité en Suisse).

     

    Michel Romanov, qui avait épousé Natasha le 16 octobre 1912 à Vienne, fut aussi, par un caprice du destin, le dernier empereur de Russie suite à l'abdication forcée de son frère, le tsar Nicolas II (2 mars 1917), et à la maladie chronique dont souffrait son seul fils, le tsarévitch Alexis.

    Il est également vrai que 24 heures plus tard, Michel remit momentanément sa charge à disposition de la Douma (parlement russe) jusqu'à ce que des élections libres et constituantes aient pu se dérouler. Ceci, selon les"officiels" lui coûta la vie. Notre grand-père, qui a toujours été optimiste, pensait, à tort, que le massacre des Romanovs n'aurait jamais lieu et il en arriva même à se convaincre que les Rouges seraient vaincus par les Blancs en Russie.

     

    Par conséquent, pour en revenir à la naissance de Pilar, le grand-duc et dernier tsar Michel II engendra avec Natasha, son épouse, sa dernière et posthume descendance en mai 1918, lors de sa captivité "élargie" à Perm, juste avant d'être assassiné, victime de la révolution. En fait, avec l'autorisation arrachée à Lénine, à Moscou, le "prisonnier Michel" et son épouse vécurent ensemble un mois de mai dans un calme relatif, de liberté surveillée, jusqu'à ce que Natasha ait fait l'objet précipitamment, début juin, d'un ordre d'éloignement de Perm, ordre venant de Moscou.

     

    Ce fut apparemment la séparation forcée et définitive d'avec son cher époux, peu de temps avant que celui-ci ne disparaisse. Plus tard, comme nous l'avons dit, en janvier 1919 est née à malte une jolie petite fille, c'est-à-dire ma propre mère qui, pour des raisons évidentes, a été gardée dans un secret absolu.

     

    Un silence secret de plus de 90 ans a pesé sur ces faits douloureux, qui nous sont insupportables. Je suis conscient que cette nouvelle puisse surprendre les autres membres de la Famille Romanov, mais il nous appartient, usant de notre droit légitime, de clamer "Justice" avec prudence et humilité chrétienne. Récemment, l'analyse ADN de Pilar, réalisée au printemps 2010 et comparée à celles de son oncle Georges et de Nicolas Romanov, s'est révélée positive. Par voie de conséquence, le résultat du test pratiqué sur le comte de Clonard IX en Espagne, son fils, est également positif.

     

    Sous la protection de notre oncle, le roi Alphonse XIII, grand protecteur également des victimes de la première guerre mondiale, des chevaliers de Malte, et de sonservice de renseignements, Pilar fut baptisée en 1923, juste après avoir été confié en adoption naturelle à un couple de sourds-muets, dont le nom paternel était "Torija". Peu de temps après la mort de " Antonio le sourd-muet", son père adoptif, de profession artiste peintre et restaurateur de tableaux, la petite "Romanov", dont les noms avaient été changés, fut internée comme pensionnaire à l'école des religieuses "Irlandaises de Madrid" entre 1926-1936. Il est évident qu'à son arrivée en Espagne Pilar ne parlait pas le castillan, et tout semblait indiquer qu'étant enfant, à Malte, elle avait appris des rudiments de langue allemande.

     

    En août de la même année 1936, Pilar fut conduite avec sa mère adoptive à Valence où elle séjournera jusqu'en avril 1939. Elle nous a mentionné que dans cette ville elle fut bien soignée par les membres de la "famille" résidant dans cette province (nous n'excluons pas qu'il pût s'agir de réfugiés russes de la Maison Romanov ayant naturellement changé leurs noms). Malheureusement sa mère adoptive, "Maria la sourde-muette", personne au grand coeur, mourut de Tuberculose à la fin de l'année 1938.

     

    Une fois terminée la gurerre civile et de retour à Madrid, notre mère resta sous la protection de la famille de "Beltran" (ce fut récemment, aux alentours de 2004, que nous sûmes que derrière Beltran se trouvait la famille des ducs d'Albuquerque (cousins éloignés de notre père, par la lignée Clonard-Zea-Mahy-Solis Wignacourt).

     

    A propos de tout ce récit, et par décision solennelle liée à un grand secret d'Etat des couronnes d'Espagne et de Russie, seul le premier-né de la famille Clonard actuelle, Joseph Guijarro Romanov de Sutton (Sotto) fut informé par son père malade sur les véritables origines de son épouse Pilar, mère de ses enfants, en mai 1991, soit trois mois avant que lui-même, José Vicente Cecilio, arrière petit-fils de la reine Elisabeth II d'Espagne, ne décédât en août de cette triste année.

     

    La véritable origine de Pilar de Clonard fut donc un grand mystère pour la plupart des membres de notre famille, à l'exception, comme nous l'avons dit, du fils aîné, qui a gardé, à son tour, ce secret de mai 1991 à juillet 2009. Peu à peu celui-ci s'est trouvé dissous devant l'insistance de l'arrière petit-fils de Michel, prénommé Jaime, qui n'a eu de cesse de connaître la "vérité", car du côté de sa grand-mère Pilar..."il n'y avait pas de famille, il n'y avait en fait personne".

     

    Soulignons encore une fois que les parents espagnols "adoptifs" de Pilar étaient tous deux, à la surprise de nombreuses personnes, sourds de naissance. En 1922, ils étaient déjà considérés comme des personnes d'un âge avancé. Le fait que Pilar ait été adoptée en Espagne par des sourds-muets nous dit implicitement tout, soit pratiquement appliquant le principe lié aux trois petits singes :

    "ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire".

    Cependant, nous autres, ses enfants, avons appris, par le biais de Beltran, dès notre enfance qu'elle était sa "cousine" ou bien sa "protégée".

    Parmi les Clonard "juniors" on se référait toujours à Beltran comme "cousin et ami". Rien de plus.

     

    Pilar fut, par conséquent, présentée à notre père José Vicente Cecilio Guijarro et de Sotto (1919-1991), pardonnez la redondance, par le cousin et ami commun aux deux, D. Alfonso Beltran Osorio y Diez de Rivera, duc d'Albuquerque, au cours d'une réception à l'hôtel Ritz de Madrid, au mois de mai 1939.

     

    Pilar et José se fiancèrent peu de temps après, alors que hors des frontières de l'Espagne, avait éclaté la seconde guerre mondiale. Apparemment, ce fut à cette époque que Pilar se confia à son jeune époux, dans son angoisse de ne pas recevoir de lettres ou de nouvelles de sa mère Natasha, qui résidait à Paris, dans la France occupée par le troisième Reich.

     

    Finalement leur mariage se célébra le 25 novembre 1944 à Madrid. Ainsi donc, en décembre1945, naquit, également à Madrid, leur premier enfant, nommé Joseph, futur comte de Clonard IX.

     

    Ce fut aussi au cours de l'année 1944, d'après mon défunt père, que Pilar commença à recevoir des lettres et des nouvelles fraîches de Natasha, sa mère qui résidait toujours à Paris, dans un quartier résidentiel, circonscrit, selon mes souvenirs, aux VIIème, VIIIème et XVIème arrondissements.

     

    Comme habituellement, les lettres ne portaient pas de timbre et les enveloppes étaient sans adresse. Celles-ci lui étaient transmises de la main à la main àdomicile et, aux dires de mon père, étaient transportées par "courrier ou valise diplomatique". Ma mère les surnommait "les lettres de la bonnefée" et elle était remplie de joie et d'allégresse lorsqu'elle recevait l'une d'entre elles. Parfois elle reçut aussi de "petits" cadeaux, toujours les mêmes, et une grande quantité de cartes postales, toujours enblanc, avec des photos du coeur de la capitale, de la Seine.

     

    La décennie des années 40 termina chez mes parents, malgré les rationnements, pleine de joie et d'espérance. C'était alors un jeune couple heureux, débordant d'optimisme, dans une ambiance chaleureuse et relativement confortable pour l'époque. La famille avait grandi. Leurs fils, Richard et Raphaël, étaient nés en1948 et 1949, respectivement. Des moments agréables pour ceux qui, comme nous, aiment une union forte entre les membres du cercle familial.

     

    En parlant de moi, beaucoup de mes proches disaient alors que j'avais plus d'innocence qu'un "agneau nouveau-né", mais étais en même temps très remuant, farceur et espiègle, pas toujours obéissant. En fait, j'étais "le garçonnet blond aux yeux clairs, celui qui attirait le plus l'attention dans la famille", à tel point que beaucoup de mes tantes m'appelaient "le petit prince", ce qui plustard me donna à réfléchir.

     

    Vers1947, mes parents décidèrent de s'installer dans un quartier plus calme de la dénommée "prosperidad", à proximité du rond-point de "Ruiz de Alda". L'immeuble où nous habitions était de construction nouvelle, à proximité d'un terrain de football appelé "El Carmen", autour duquel il y avait alors plusieurs chantiers de construction d'immeubles et de nombreux terrains vagues, d'accès libre. C'est dans cet environnement que nous, jeunes enfants, jouions entre nous en toute liberté.

     

    En 1951, il y eut une série d'événements qui m'ont profondément marqué jusqu'à l'âge adulte et ont interrompu la quiétude de notre foyer. Il s'agit d'au moins deux attentats criminels à ma propre vie, c'est-à-dire celle du neuvième comte de Clonard. Ce sont des détails désagréables à évoquer et, pour cette raison, jevais les citer brièvement.

     

    1. Fin mai, un couple de jeunes gens me neutralisèrent et m'emmenèrent près d'un chantier où se trouvaient des monticules de sable humide de rivière, fraîchement déchargé des camions à bennes basculantes (sans doute pour préparer le béton). Ils m'enterrèrent précipitamment, la tête vers le bas, dans l'un des monticules. Instinctivement je m'étais protégé la bouche et le nez avec mon bras gauche ettenant comte du fait que le sable encore récent avait conservé sa porosité, je pus respirer lentement pendant un certain temps. En agitant les jambes, je réussis à laisser en vue mes pieds et unepartie de celles-ci, sans cesser de les remuer, jusqu'à ce que des dames qui passaient tout près se rendirent compte, voyant comment j'agitais mes membres inférieurs et comment le reste de mon corps demeurait enterré.

     

    Ce sont elles qui me sauvèrent, me tirant hors du monticule de sable. J'avais les yeux, lesoreilles et le nez bouchés, et la bouche pleine d'un mélange de sable et de salive, montrant les premiers signes d'asphyxie. Pour cette raison, je fus conduit à un poste de secours tandis que mes parents consternés apprirent par notre bonne d'enfant et par la police l'attaque dont j'avais été victime. Aucune plainte ne fut déposée et mes parents demandèrent aux autorités de stopper tout type d'enquête.

     

    2. fin juillet, tandis que je jouais, en sautant dans la rue, attendant que l'on me donnât mon tricycle, uncouple de jeunes gens, postés au coin d'une entrée d'immeuble, m'engouffrèrent dans une sorte de sac en toile rude, comme ceux qu'utilisent les services postaux. Ils me dirent : " ne pleure pas, c'est seulement un jeu - tu vas voir quelle bonne surprise nous allons te donner". Peu de temps après, je me retrouvai face à un mur blanchâtre avec "un grand trou" dans sa partie supérieure droite. En un instant, je me vis de l'autre côté du mur, gisant sur le sol, où tout était dans l'obscurité.

    Puis ils se glissèrent eux-mêmes par le dit trou, allumèrent des lanternes et se précipitèrent avec moi à l'intérieur d'un tunnel assez long, où il n'y avait rien, ni personne. Il est possible qu'ils m'emmenèrent àl'intérieur à plus de 500 mètres. L'un d'eux me dit : "ne bouge pas de là, c'est dangereux et tu pourrais tomber dans une fosse" et l'autre ajouta "n'appelle personne car personne ne pourra t'entendre". Ce qui est certain c'est que j'étais pris de tremblements de la panique que je ressentis en les voyant s'éloigner, puis disparaître complètement, hors de vue. Je ne pouvais plus distinguerquoi que ce soit et ne savais pas non plus où j'étais. Brusquement, et malgré mon jeune âge, je pris conscience que la "mort était sur mes talons" et que pleurer n'était que pure impuissance. Je me rappelle qu'il faisait jour lorsque j'étais entré dans cette caverne et que quand la police me retrouva, il faisait nuit dehors.

     

    En réalité, ces "bourreaux" m'avaient introduit dans un refuge anti-aérien inachevé,dont la construction avait été commencée durant la guerre civile (1936-1939). Le mur blanchâtre était celui qui scellait l'entrée principale de l'un de ses accès, presque à la limite de la zone pavillonnaire "del Rayo" qui est, de nos jours, la prolongation de l'avenue "Principe de Vergara", cela dit, pratiquement en face du Conservatoire National. Ce fut une dame, appelée "Ana" qui habitait une vieille masure proche de l'entrée, et qui s'était rendue compte que les cellement de l'entrée avait été cassé de façon à laisser un passage pour des personnes de taille moyenne, en avait averti la police, en ajoutant :"dépêchez-vous !!!... j'ai le pressentiment que cet enfant est ici à l'intérieur et qu'il est encore vivant".

     

    C'est grâce à cette femme, que jamais je n'oublierai, que la police est entrée dans la caverne munie de pics, de cordes, de lampes de carbure et de lanternes, qui furent les premières choses que je vis, couché à même le sol, car je peux me rappeler qu'au moment de mon sauvetage je n'avais même pas la force de faire un pas. Il n'y eut pas de plainte déposée et mes parents demandèrent aux autorités d'alors de stopper toute enquête. Je souffris de tremblements de panique et de cauchemars durant plusieurs semaines, après avoir passsé au moins deux jours à l'hôpital. Mesparents ne parlèrent de cet événement ni avec la famille, ni avec leurs amis. A l'exception des témoins, tout resta dans le secret.

     

    J'aurais plus à dire là-dessus mais je pense que cela est suffisant. C'est au moins ce que me dicte le coeur.

     

    A la fin août 1951, un beau matin, arriva chez nous, par surprise, une de mes tantes (Guijarro). Elle ne se rendit même pas compte que j'étais en train de jouer dans le hall d'entrée de l'immeuble. Je l'appelai pour nous faire la bise. Alors elle m'emmena par la main jusqu'à la porte de notre appartement. Celle-ci s'ouvrit. Mon père apparut avec un paquet rudimentaire, fait de papier d'emballage et de corde, qui contenait tous mes effets personnels. Je vis tout le monde en larmes à la maison. Ma mère pleurait, complètement affligée, puis finalement entra dans sa chambre. Mon père me dit :"Pepito (mon prénom familier), nous n'avons pas de temps, tu dois partir tout de suite pour aller voir ton grand-père et rester avec lui à Logroño. Ne t'inquiète pas, mon fils, tout ira bien et tu vas bien t'amuser avec ton Papi et ta tante qui t'aiment beaucoup". Cette scène ne dura même pas cinq minutes. Un taxi attendait dans la rue pour nous conduire à la station du Midi, ma tante et moi.

     

    Nous sommes allés jusqu'au train en courant. Quelques minutes plustard, c'était l'heure de départ de l'Express en direction de Logroño, passant par "Castejón". Je m'en rappelle encore par les commentaires des adultes.

     

    A Logroño, j'ai passé des années heureuses en compagnie de mon grand-père. Enseptembre 1951, je commençai ma première année d'école primaire au collège des Frères Maristes. Je fus un bon élève et un ami loyal, avec un grand nombre de camarades de classe. Je me fis au caractère et à la façon d'être de la Rioja. Je m'habituai également à vivre sans mes parents : ce fut un dur apprentissage. J'appris plustard qu'ils ne pouvaient pas m'écrire, ni m'appeler par téléphone, et encoremoins venir me voir à Logroño. Il leur était seulement permis un appel téléphonique par an, coïncidant avec la veille de mon anniversaire, et ils pouvaient, à cette occasion, m'envoyer un paquet, pesant moins de 2 kg.

     

    Personne n'était autorisé à me faire des photos, à tel point que je fis ma première communion en 1953, complètement seul, ainsi que je peux affirmer que je suis l'unique personne de ma famille qui n'a pas de photo de cette chère et solennelle célébration, ceci malgré mes sanglots et mes pleurs insistants pour obtenir à tout prix une photo.

     

    Enfin, toute l'Europe apprit que Staline était mort le 5 mars 1953 (laissant derrière lui près de 50millions de victimes assassinées). Peu de temps après, Nikita Krouchtchov, le nouveau leader soviétique, commença la "déstalinisation" et la rupture du "culte à lapersonnalité", typique de Staline. Un peu d'air frais pénétra dans la Russie soviétique de ces années-là.

     

    Mais le plus important pour les russes réfugiés à l'étranger fut le fait que Krouchtchov rompit peu à peu l' "étroite collaboration existant entre le KGB (services secrets russes) et les organes de l' "Internationale Communiste" qui opéraient, causant d'importants dégâts, dans tous les pays d'Europe Occidentale, y compris l'Espagne, bien entendu, malgré la ceinture de sécurité et le système de représailles établis, à mon avis de façon cohérente, par le Général Franco.

     

    Durant ce temps, j'appris beaucoup de mon grand-père, par exemple : tout ce qu iconcernait le Légat Historique des Clonard-Borbón, que lui, à cette époque,connaissait par coeur. Par contre, il n'eut pour moi pas un seul mot sur ma Famille Romanov, se limitant à affirmer, en diverses occasions, que ma mère était une "grande dame". A ce propos, elle-même avait l'habitude plus tard d'ajouter, à part : "mon fils, je ne vis pas ma propre vie", ce qui par mon manque de connaissance sur son passé et l'histoire de ses ancêtres, résultait difficile à comprendre, même avec de la bonne volonté.

     

    Le 31 mai 1956, naquit mon unique soeur, Rosario, qui toujours aujourd'hui est pratiquement le "vivant portrait" de notre mère Pilar et de Natasha, bien que Pilar eût également une ressemblance avec ma bisaïeule Maria Feodorovna von Schleswig (1847-1928), lorsqu'elle était une jeune princesse danoise.

     

    L'été 1958, mes parents décidèrent- après s'être fait bien conseiller - que mon séjour à Logroño avec mon cher grand-père avait pris fin. Mon retour fut, d'une certaine façon, également traumatique, car je ne fus informé de rien et n'eus même pas le temps, ni l'occasion, de faire mes adieux à certains de mes amis de la Rioja que j'aimais comme de véritables frères. Il ne me fut pas mentionné non plus qu'il s'agissait d'un retour définitif...tout restait en suspens...jusqu'à ce que, en septembre, étant toujours à Madrid, mes parents m'inscrivirent à l' "Institut Ramiro de Maetzu" (considéré alors comme le meilleur d'Espagne) pour entrer en classe de "troisième B - Rioja" (quelle coïncidence !). je commençai ainsi l'une des étapes les plus heureuses de ma vie, ayant des compagnons et des professeurs formidables. A partir de 1959, et malgré la sévère discipline de "Ramiro", je respirais ma liberté, ou ce qui revient au même, je me sentais libre et délivré des cauchemars qui m'assaillaient encore parfois à Logroño.

     

    Nous avions même du temps pour réaliser quelques espiègleries avec les filles du collège des"Soeurs irlandaises de la rue Velazquez" ou de préparer des "guerillas" contre ceux du "Collège Maravillas" de la zone pavillonnaire "du Viso". Nous distribuions ou recevions des "tartes" mais personne ne nous réprimandait pour cela.

     

    Il est curieux qu'après tant d'années, en 2010, j'ai renoué amitié avec l'un de mes compagnons de l'époque et tous deux nous nous souvenons encore de nos "codes d'honneur "d'adolescents" et "ramiriens".

     

    De même, à partir de 1958, ma mère me permettait parfois de voir le contenu de son"coffret de souvenirs", cependant sans avoir le droit d'en emprunter quoi que ce soit. A l'intérieur du coffret se trouvaient :

     

    . Un ensemble de lettres, dont les enveloppes étaient toutes identiques, bien ordonnées par paquets de plus ou moins 25, tous sans en-tête, ni timbre et sans adresses . Il y en avait facilement 200. Ma mère, Pilar, m'informa qu'il m'était défendu d'en lire, ne serait-ce qu'une seule, et même de les sortir de leurs enveloppes respectives. En réalité, toutes ces lettres étaient de sa propre mère Natasha.

     

    . Une collection de cartes postales de Paris, en blanc, sans aucune trace d'écriture ; leur finalité étant, selon moi, de montrer à Pilar comment était la ville où résidait sa mère, Natasha.

     

    . Un oeuf de Pâques en or, décoré à l'extérieur, bien qu'il ne fût pas de Fabergé, sans doute plus modeste, mais similaire quant à l'esthétique. Il renfermait à l'intérieur deux ou trois oeufs plus petits.

     

    . Une grande boìte en carton (comme celles utilisées pour les robes) contenant plusieurs centaines de feuilles de laurier en or, que sa mère lui envoyait dans les enveloppes avec le courrier, très probablement afin de pouvoir les échanger contre de l'argent en cas de nécessité.

     

    Tous ces souvenirs de ma mère disparurent de son domicile entre juin 1978 et le 14 aût 1979. La première date correspond à une visite que je fis à Madrid deux mois après son opération d'extirpation d'une tumeur maligne.

    La seconde correspond au jour de son décès. Durant ce laps de temps, ma mère étant déjà dans un état très grave, le "coffret de souvenirs" disparut du foyer familial.

    Seul, Dieu sait où il peut se trouver, s'il existe encore. Je ne peux cependant pas oublier de penser qu'en 1979 le Régime de l'Union Soviétique lui produisait une véritable panique.

     

    Mes soupçons se tournent vers une très belle dame, de type nordique ou russe, coiffée avec des nattes relevées sur la tête, à la russe, et qui avait coutume de lui rendre visite certains après-midi, à partir de 1967. La particularité était que ma mère avait prévenu ses enfants ainsi que mon père de sortir de la maison et de la laisser seule avec elle, car aucun de nous n'était admis à écouter quoi que ce soit de leurs conversations. Il n'était pas étrange, pour notre part, de téléphoner à la maison pour demander "si nous pouvions monter".

     

    Il est fort possible que, par son biais, ma mère put recevoir des entrées pour assister à des concerts, des récitals ou des ballets russes présents à Madrid et auxquels elle nous invitait toujours, enthousiasmée.

     

    Le jour le plus triste de la vie de Pilar en Espagne, selon mon père, fut lorsqu'elle apprit, au travers de ses propres canaux d'information, que nous autres n'avons jamais connus (excepté celui de Beltran), que sa Mère, la Princesse Natalia Romanova-Brassova était décédée dans la plus grande misère, à cause d'une tumeur maligne, le 26 janvier 1952, dans un hôpital de bienfaisance parisien.

     

    Les sacrifices de la mère et de sa fille pour garder un redoutable et épouvantable secret sur le massacre des Romanovs en 1918 (et d'autres postérieurs) eurent pour résultat fructueux qu'au jour d'aujourd'hui, en novembre 2010, nous pouvons affirmer, nous leurs enfants et petits-enfants, que la descendance du Grand-duc et dernier Tsar de Russie, Michel II Romanov-Holstein-Gottorp et Schleswig, est toujours en vie et présente en 4 branches principales.

     

    Pour conclure, Pilar fut une "Grande Dame" à la beauté délicate, au caractère résolu, qui n'a jamais parlé ouvertement à sa famille (ses enfants) sur ses véritables origines. Elle a cependant souvent fait appel au langage des symboles, utilisant les "cadeaux de son enfance", ainsi que d'autres souvenirs et objets très évocateurs de ses origines.

     

    L'étude de son ADN et de son empreinte génétique (analyse mitochondriale incluse), en ajoutant, par ailleurs, les tests cohérents sur ses descendants, ont été dûment réalisés et protégés. Ce matériel génétique est réservé aux "Autorités compétentes" qui se justifient comme telles, ainsi qu'à nos cousins et cousines résidant dans différentes nations de par le monde.

     

    Son "empreinte génétique" elle-même, analysée récemment, démontre qu'elle est une nièce du tsar Nicolas II et de son frère Georges Romanov, GD. de Russie décédé en 1899 de tuberculose.


    MAISON ROMANOV-HOLSTEIN-GOTTORP-SCHLESWIG.

     

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  •   

    Monsieur Pierre Gilliard, french tutor to Tsar Nicholas II's children

      

    Alors que le train qui amène Nicolas II, sa famille et quelques domestiques arrive à Ekaterinbourg, Pierre Gilliard est séparé du groupe et mis sous bonne garde dans un wagon de 4e classe.

      

    Après la tuerie, il est libéré ce qui lui permet de faire une enquête qui narre dans ce livre témoignage. En mars 1920, il se retrouve à Kharbine où il rencontre le général Ditériks et N. Solokof sous la menace des rouges. «Que faire des documents de l'enquête ? Ou les mettre en lieu sûr ?»

     

     

    Alexei and his caregiver/teacher P. Gilliard.  

    Une tentative de les remettre au haut commissaire d'Angleterre sur le départ pour Pékin échoue car ce dernier refuse. C'est en contactant le général Janin de la Mission militaire française qui se trouvait à Kharbine.

      

    Ce dernier accepte car «il ne sera pas dit qu'un général français aura refusé les reliques de celui qui fut le fidèle allié de la France».

    Alors qu'il charge les caisses dans le train de la Mission française, un groupe de quelques individus tentèrent de l'empêcher.

      

    Mais il court et ainsi, le 19 mars 1920, le coffret contenant les reliques de la famille impériale est à l'abri. Où est-il maintenant?

    «Plus rien ne me retenait en Sibérie. J'avais le sentiment d'avoir rempli envers ceux auxquels m'attachaient de si poignants souvenirs, le dernier devoir qu'il me fut possible de leur rendre sur le sol même où s'était accomplie leur tragique destin.»

     

     

    girardin gilliard

     

    Précepteur des Romanov: le destin russe de Pierre Gilliard

    de Daniel Girardin, Actes Sud, 2005. BDG Td 786

     

     

     

    Dans “Précepteur des Romanov: le destin russe de Pierre Gilliard” de Daniel Girardin, ce dernier décrit plus en détail le voyage de retour en Suiisse de Pierre Gilliard. Après avoir été arrêté dans un wagon durant la nuit du massacre de la famille des Romanov, Gilliard est libéré. Le 8 novembre 1919, il quitte Omsk cinq jours avant que les troupes bolcheviques prennent la vie.

      

    En page 13, Girardin écrit: «Citoyen d'un pays neutre, Gilliard se bat aux côtés des Alliés sous l'uniforme français. Un fait rare, passible même de prison en Suisse.» Pierre Gilliard rejoint le général Janin, qu'il avait connu à Moghilev, au quartier général russe en 1915, et qui était chargé d'organiser la retraite à travers toute la Sibérie, d'Omsk à Vladivostock.

      

    Page 15, «Gilliard relate les rapports faisant état de dépôts entiers trouvés par les bolcheviques, lors de leur avance fin 1919, et qui contenaient tout ce qui avait été volé aux Alliés par l'entourage de Koltchak pour son profit personnel: des milliers de selles, des centaines de milliers de bottes et d'uniformes envoyés par les Anglais, des tonnes de nourriture, des munitions, des armes, et même l'argent que le Mikado envoyait au titre de l'aide de guerre…

      Tsarevitch Alexei sitting with his french tutor Pierre Gilliard.

    Dans un rapport confidentiel rédigé par Gilliard pour le département des Affaires étrangères, dès son retour en 1920, il exprime de vives critiques à l'encontre des Anglais et des Français : S'il s'était trouvé alors en Sibérie des représentants de l'Entente doués d'un sens politique réel, ils auraient compris que seul un gouvernement dans la formation duquel figureraient en majeure partie les éléments de gauche donnerait des garanties suffisantes et serait susceptible de grouper toutes les forces dans la lutte contre le bolchevisme.

      

    Gilliard rappelle que les gouvernements de Samara et d'Omsk, renversés par Koltchak, comprenaient des membres de la Constituante élus sous le gouvernement Kerenski, et que Ie dictateur s'entoura soit de personnalités qui n'avaient rien oublié et rien appris, soit de personnages qui mirent à sac la caisse publique et couvrirent toutes les infamies commises par leurs subordonnés.

     

      Alexei and Pierre Gilliard

    Au printemps 1919, lorsque les troupes françaises et anglaises sont évacuées, Gilliard pense à rentrer en Suisse : Me sentant mal en point, j'étais bien décidé à ne pas laisser ma carcasse dans ce trou puant d'Omsk et à me barrer au plus tôt, écrit-il à son père, dont il n a plus aucune nouvelle depuis plus de dix-huit mois.

    Alexei, Pierre Gilliard, & Joy  

    Mais il a quelques bonnes raisons de rester encore en Russie. D'abord il collabore étroitement à l'enquête sur l'assassinat de la famille impériale avec le juge d'instruction Nicolas Sokolov, qui est devenu un ami.

      

    Je ne voudrais pas quitter la Russie avant que l'enquête sur le meurtre ait été terminée. En effet ce drame effroyable est encore loin d'être éclairci, il y a encore bien des points qui n'ont pas été établis avec certitude et l'on ne sait encore les circonstances dans lesquelles la famille a péri. Je crois cependant que l'enquête va aboutir et qu'on sera bientôt fixés sur ce point.

    Monsieur Pierre Gilliard, French tutor to Tsar Nicholas II's children.After the Revolution he escaped and married Grand Duchess Anastasia's nurse maid "Shura" Alexandra Tegleva. Pierre did more than anyone else to try and dispute the claims of Anastasia claimant Anna Anderson.  He co-wrote a book on the matter and testified at Anderson's court case. 

      

    A Omsk, au service de l'état-major, Gilliard est bien placé pour suivre l'enquête, supervisée directement par le bras droit de Koltchak, le général Mikhail Dieterichs.

    French Tutor Pierre Gilliard and Tsarevich Alexei  

    Dieterichs s'intéresse au dossier à titre personnel parce qu'ill espère mettre la main sur les bijoux des Romanov, ceux d'entre eux du moins qui auraient échappé aux bolcheviques et qu'il pense cachés dans un endroit secret.

      

    In the Alexander Palace Park

    From left: Vassili Dolgurukov, Pierre Gilliard, Countess Anastasia Hendrikova, Baroness Sophie Buxhoeveden, Countess Benckendorff (seated), Count Benckendorff, unknown; photo taken July 31, 1917.

      

    En quoi il n'a pas tout à fait tort.

    En septembre 1919, Gilliard est sur le point de quitter la Sibérie. Il y renonce momentanément en raison de l'insistance de Janin, qui n'a à disposition que peu d'officiers maîtrisant parfaitement le russe.

      

    Difficile pourtant de se battre si loin pour une cause si douteuse, quand partout ailleurs c'est la paix.

     

    Tatiana with Anastasia and Ortino

    Above: Tatiana holds her dog Ortino in her lap with her sister Anastasia alongside. This photo was taken in the Imperial Park during their imprisonment. 

     

     

    C'est que lorsque j'ai parlé de me mettre en route, on m'a demandé de rester encore quelque temps. J'aurais été bien mal venu de répondre par une fin de non-recevoir.

    En Sibérie, il a des soucis financiers, car tour est hors de prix. Il a beaucoup dépensé lorsqu'il était en captivité à Tobolsk avec l'empereur et sa famille. Il a aussi généreusement aidé nombre d'amis restés dans la capitale, achetant et envoyant tout ce qu'il pouvait trouver sur place.

      

    Tatiana in the Alexander Palace Park

    From the left; a palace servant, a guard and Grand Duchess Tatiana; carrying sod in the Alexander Palace park during the imprisonment of the Imperial Family

      

      

    Le retour en Europe par bateau depuis Vladivostok, si par miracle il peut embarquer coûtera au moins 10'000 roubles, dix fois le prix d'un trajet normal Moscou-Lausanne par voie terrestre !

    Et Glilliard a besoin de deux billets, car il ne rentre pas seul. Il veut emmener Alexandra Alexandrovna Tegleva, son amie. La situation de sa compagne est très délicate, car elle a travaillé dix ans pour les Romanov.

      

    Countess Anastasia Hedrikova and Baroness Sophie Buxhoveden in 1917

      

    A ce titre, elle est directement menacée, aucun proche de la famille n'ayant été épargné. Russe et en pleine guerre civile, il lui est difficile d'obtenir un passeport pour partir à l'étranger. Par crainte de représailles autant que par pudeur, Gilliard ne parle pratiquement jamais d'Alexandra, qu'il épousera en 1922 clans la très belle église de Grandson, à quelques kilomètres de la propriété familiale de Fiez.

     

    Alexandra Tegleva était gouvernante des grandes-duchesses, qui l'appelaient Sasha. Anastasia, dont elle avait la charge éducative, l'appelait Shura. Au service impérial, il y avait une règle incontournable, celle du célibat imposé aux employés de confiance qui partageaient la vie de la famille.

      

    ce qui explique peut-être qu'elle ait été si proche de Gilliard pendant toutes ces années sans qu'il soit fait état de leur relation. Il l'a en revanche beaucoup photographiée.

    Après la révolution de février 1917, Alexandra Tegleva partagea la captivité des Romanov à Tsarkoïe-Selo puis à Tobolsk. Elle vivra ensuite avec Gilliard à Tioumen, d'abord dans un wagon puis, malade, chez un marchand qui les recueillera.

      

    Ils resteront ensuite à Omsk avant qu'elle ne rejoigne Verkhné-Oudinsk, une ville sous contrôle japonais le long de la ligne du transsibérien. Pour l'instant elle y est en sécurité avec la femme du général Dieterichs.

      

    Toutes deux s'occupent d'un orphelinat qu'elles ont emmené lorsque les combats se sont approchés d'Omsk.

    Gilliard, qui est dans le transsibérien, espère Ia revoir dans quelques semaines si tout va bien, après des mois de séparation.

      

    A Novo-Nikolaïevsk, à 500 kilomètres seulement d'Omsk, vingt-deux convois ont déjà été repris par les bolcheviques, qui en captureront encore cent soixante au moins dans les semaines suivantes. Les attaques, les grèves et la pénurie de charbon contribuent à retarder les trains.

      

    Le 16 décembre 1919, Gilliard est bloqué avec Janin en gare d'Irkoutsk par une insurrection socialiste-révolutionnaire. Les combats se poursuivent durant plusieurs jours, puis les troupes gouvernementales passèrent les unes après les autres aux insurgés.

    Le train de Gilliard quitte Irkoutsk au moment où celui de Koltchak entre en gare, traqué par la cavalerie bolchevique…

    Page 20: A Verkhné-Oudinsk, Gilliard rejoint Alexandra Tegleva. Tous deux repartent à la fin du mois de janvier 1920 par le train personnel du général Janin. […]

      

    Maison Ipatiev

      

    A la fin du mois de février, ils atteignent Harbon où Gilliard retrouve Nicolas Sokolov qui garde nuit et jour son précieux dossier d'enquête, ainsi qu'une malette de cuir contenant des restes humain trouvés dans la clairière des Quatre-Frères, près de Ekaterinbourg, réputé être de la famille impériale.

    Page 21. Gilliard persuade alors le général Janin de prendre à titre personnel les exemplaires du dossier en leur possession et de les acheminer en France, avec la malette de restes humains.

      

      

    C'est ainsi que le 20 mars dans la nuit noire, Gilliard, Solokov et Dieterichs transportent les trois lourdes valises de documents dans le train de Janin, en gare d'Harbin.

    Page 22. Au dernier moment, ils sont interceptés par des individus armés. Nous nous élançâmes au pas de course et, un instant plus tard., nous arrivions au wagon du général dont les sentinelles s'étaient portées à notre rencontre. Le lendemain, Dieterichs amène encore à Janin un lot de morceaux d'os calcinés, de graisse humaine et de cheveux qui avaient été récupérés par les enquêteurs.

    Janin emmène les documents er les restes humains à Pékin, puis Shanghai, d'où ils sont embarqués le 20 mai 1920 avec les documents personnels et les photographies de Gilliard. Le tout arrivera en juillet 190 à Marseille. Janin avait prévu de remettre les dossiers et la mallette au grand-duc Nicolas Nicolaïevitch, un oncle du tsar déchu, réfugié en France.

      

    Mais personne ne viendra réceptionner les colis sur le quai.

      

    Le grand-duc ne croit pas encore à la mort de Nicolas Romanov et il réfute l'enquête menée par un juge qu'il croit être socialiste. Les dossiers et la mallette seront alors remis trois mois plus tard à Michel de Guirs, le chef de la diplomatie russe blanche en exil, qui cachera les dossiers dans le coffre d'une banque parisienne, d'où ils seront emmenés par les nazis pendant la guerre pour être ensuite récupérés, en partie du moins, par les Soviétiques, cette fois à Berlin.

      

    Les restes humains sont emmurés depuis 1950 à Uccle, dans l'église saint-Job (Patriacat de Moscou, Eglise russe orthodoxe hors frontières, Paroisse Saint-Job, Uccle (Bruxelles), qui est consacrée à la famille impériale.

     

      

    Au début du mois d'avril 1920, Pierre Gilliard et Alexandra Tegleva atteignent enfin Vladivostok.

      

    Grâce au général Janin, tous d'eux trouvent place à bord d'un navire américain. Un vrai miracle. Mais à leurs frais, précise Gilliard. Ils montent avec soulagement à bord de l'ancien Kronprinzessin Cäcilie, une prise de guerre rebaptisée Mount Vernon. Le tirant d'eau du paquebot est si important qu'il ne peut passer par le canal de Suez.


    Page 23: voilà embarqués pour une traversée du Pacifique, de l'Atlantique et de la Méditerranée, suivant une route qui passera successivement par le Japon, San Francisco, le canal de Panama et Gibraltar.

    De Norfolk, le 19 juin 1920, où ils sont bloqués trois semaines en raison d'une avarie, Gilliard écrit à son père : J'ai encore peine à croire que Je suis sorti de cet enfer qu'est la Sibérie depuis six mois.

      

    Ce que j'ai vu de misères et d'horreurs dépasse tout ce que vous pouvez imaginer.

      

    J'ai hébergé dans ma chambre à Omsk la princesse Galitzine et ses cinq enfants, dont un bébé de deux ans, mais je n'ai pas pu les sauver […] J'ai été plus heureux pour la famille Lapouchine [illisible] que j'ai pu ramener en Chine où elle est pour le moment en sûreté.

    Le 9 août, Gilliard et sa compagne débarquent à Trieste. Après avoir transité par Prague où Gilliard devait encore être déconsigné - il voyage depuis Vladivostok avec le statut d'officier de l'armée tchèque -, ils rejoignent enfin la Suisse.

      

    J'avais passé près de trois ans en Sibérie dans les circonstances les plus tragiques qui se puissent imaginer. Et je gardais tout vibrant le souvenir du drame poignant auquel j'avais été si intimement mêlé. J

      

    e venais d'assister à l'effondrement d'un des plus grands empires qui fut au monde aux côtés de ceux qui en avaient été les maîtres.



    Mais Gilliard n'est pas au bout de ses surprises. Il découvre dans la presse d'innombrables récits dans lesquels se mêlent rumeurs et désinformations. Nombre de grandes-duchesses et de faux tsarévitchs apparaissent en Allemagne, aux Etats-Unis, en France et en Allemagne.

      

    Un véritable fantasme qui va se prolonger durant tout le XXe siècle, et dont la fausse Anastasia, bête noire de Gilliard, deviendra bientôt l'expression la plus populaire.

      

    Mais lorsqu'il lit dans un journal le récit de sa propre mort, soi-disant fusillé aux côtés de la famille impériale, et ceci par un “témoin oclaire”, il décide de réagir. Il entame une série d'articles pour la revue L'Illustraton, qui formeront le corps d'un livre qu'il publiera bientôt.

    Pierre Gilliard, Sur le bolchevisme, rapport dactylographié de 9 pages, 1920, BCU/Lausanne/fonds Pierre Gilliard/IS 1916, Ab 8.

     

     http://www.fonjallaz.net/Communisme/N2/Massacre-famille-tsar/pierre-gilliard/epilogue.html

     

    Le destin tragique destin de Nicolas II et de sa famille, Pierre Gilliard, Payot, Paris, 1922, BDG Te 7336

    Treize années à la cour de Russie par Pierre Gilliard, ancien précepteur du grand-duc héritier Alexis Nicolaïévitch

    D'où est extrait le chapitre 22

    Epilogue et retour en Suisse.

    Où se trouvent les documents et reliques ramenés par Pierre Gilliard?

    Précepteur des Romanov, le destin russe de Pierre Gilliard, Daniel Girardin, Actes Sud, 2005

     

    Emprisonnée à Tsarko-Celo, la famille Romanov crée un potager

     

    tsar Tsarko-Celo

     

    Ensuite, forcés à l'exil, ils sont emprisonnés à Tobolsk

     

    Tobolsk
    La famille impériale prend le chaud

     

    De ce témoignage de Pierre Gilliard, il ressort que:

    • Le tsar Nicolas II a été tué parce qu'il était totalement opposé à la capitulation de Brest-Litovsk, traité par lequel remplit son contrat avec l'Allemagne impériale qui lui a permis de rentrer en Russie avec 40 millions de marks-or.
    • Lénine et Sverdlov sont les commanditaires de cette tuerie.
    • (Page 254) Le régime de Lénine a fait organiser un procès pour accuser les Socialistes-Révolutionnaires. «En septembre 1919, vingt-huit personnes, accusées faussement d'avoir pris part au meurtre de la famille impériale, sont arrêtées par eux à Perm et jugées. Cinq d'entre elles sont condamnées à mort et exécutées.»
    • (Page 254) Dans la nuit du 17 au 18 juillet, vingt-quatre heures après le crime d'Ekaterinbourg, on vint chercher et, sous prétexte de les emmener dans une autre ville, on les conduisit en voiture à quelque douze verstes d'Alapaevsk. c'est là, dans une forêt, qu'ifs furent mis à mort. Leurs corps furent jetés dans un puits de mine. Il s'agit de: La grande-duchesse Elisabeth Féodorovna, soeur de l'impératrice, le grand-duc Serge Michailovitch, cousin de l'empereur, les princes Jean, Constantin et lgor, fils du grand-duc Constantin, et le prince Parée, fils du grand-duc Paul, avaient été arrêtes au printemps 1918 et conduits dans la petite ville d'Alapaevsk, située à cent cinquante verstes au nord d'Ekaterinbourg.
    • Le 20 juillet, le gouvernement de Lénine annonce l'exécution de Nicolas II mais prétend que la famille de Romanof a été transférée d'Ekaterinbourg dans un autre endroit plus sûr.
    • Page 250: Pourquoi ces hommes prennent-ils tant de soin à faire disparaître toute trace de leur action ? Pourquoi, alors qu'ils prétendent faire oeuvre de justiciers, cachent-ils comme des criminels ? Et de qui se cachent-ils ?

     

    CHAPITRE XXII

    LES CIRCONSTANCES DU CRIME ÉTABLIES PAR L'ENQUETE 236

    Dans les pages qui vont suivre, j'exposerai les circonstances du meurtre de la famille impériale, telles qu'elles ressortent des dépositions des témoins et des pièces de l'instruction. Des six forts volumes manuscrits où elle est consignée j'ai extrait les faits essentiels de ce drame au sujet duquel, hélas ! ne subsiste plus aucun doute. L'impression que l'on ressent à sa lecture de ces documents est celle d'un effroyable cauchemar, mais je ne me crois pas le droit d'en atténuer l'horreur.

    Vers la mi-avril 1918, Yankel Sverdlof, président du comité exécutif central à Moscou, cédant à ta pression de l'Allemagne (1), envoya le commissaire Yakovlef à Tobolsk pour procéder au transfert de la famille impériale. ce dernier avait reçu l'ordre de la conduire à Moscou ou à Pétrograd. Il rencontra toutefois dans l'exécution de sa mission une résistance qu'il s'efforça de vaincre, ainsi que l'a établi l'enquête. cette résis-

    1. Le but que poursuivait l'Allemagne, c'était une restauration monarchique en faveur de l'empereur ou du tsarévitch, à la condition que le traité de Brest-Litovsk fût reconnu. et que la Russie devint l'alliée de l'Allemagne. Ce plan échoua grâce à ta résistance de l'empereur Nicolas II qui fut probablement victime de sa fidélité à ses Alliés.

    LES CIRCONSTANCES DU CRIME 237

    tance avait été organisée parle gouvernement régional de l'Oural, dont le siège était à Ekaterinbourg. C'est lui qui prépara, à l'insu de Yakovlef, le guet-apens qui devait permettre de s'emparer de l'empereur à son passage. Mais il paraît établi que ce projet avait reçu l'approbation secrète de Moscou. Il est plus que probable, en effet, que Sverdlof joua double jeu et que tout en feignant d'obtempérer aux instances du général baron de Mirbach, à Moscou, il s'entendit avec les commissaires d'Ekaterinbourg pour ne pas laisser échapper le tsar. Quoi qu'il en soit, l'installation de l'empereur à Ekaterinbourg fut une improvisation. En deux jours, le marchand lpatief était délogé de sa maison, et l'on se mit à construire une forte clôture de planches qui s'élevait jusqu'au haut des fenêtres du deuxième étage.

    C'est là que furent conduits, le 30 avril, l'empereur, l'impératrice, la grande-duchesse Marie Nicolaïévna, le Dr Botkine et les trois serviteurs qui les accompagnaient: Anna Démidova, femme de chambre de l'impératrice, Tchémadourof, valet de chambre de l'empereur, et Sèdnief, valet de pied des grandes-duchesses.

    Au début, la garde était formée de soldats que l'on prenait au hasard et qui changeaient fréquemment. Plus tard, ce furent exclusivement des ouvriers de l'usine de Sissert et de ta fabrique des frères Zlokazof qui la composèrent. Ils avaient à leur tête le commissaire Avdief, commandant de «la maison à destination spéciale» - s'est ainsi que l'on désignait la maison Ipatief.

     

    maison Ipatief
    Devenue «maison à destination spéciale», une double palissades en fait une prison, préparation de la tuerie

    maison Ipatief

     

    238 LES CIRCONSTANCES DU CRIME

    grossiers et s'ingéniait avec ses subordonnés à infliger chaque jour de nouvelles humiliations à ceux dont it avait la garde. Il fallait accepter les privations, se soumettre aux vexations, se plier aux exigences et aux caprices de ces êtres vulgaires et bas.

    Dès leur arrivée à Ekaterinbourg, le 23 mai, le tsarévitch et ses trois soeurs furent conduits à la rnaison Ipatief où les attendaient leurs parents. Succédant aux angoisses de la séparation, cette réunion fut une joie immense, rnalgré les tristesses de l'heure présente et l'incertitude d'un avenir menaçant.

    Quelques heures plus tard, on amenait également Kharitonof (chef de cuisine),. le vieux Troup (laquais} et le petit Léonide Sèdnief (marmiton). Le général Tatichtchef, la comtesse Hendrikof, Mme Schneider et Volkof, valet de chambre de l'impératrice, avaient été conduits directement en prison.

     

    général Tatichtchef, la comtesse Hendrikof, Mme Schneider et Volkof

     

    Le 24, Tchérnadourof, était tombé rnalade, fût transféré à l'infirmerie de la prison; - on l'y oublia et c'est ainsi qu'il échappa miraculeusement à la mort. Quelques jours après, on emmenait à leur tour Nagornv et Sèdnief. Le petit nombre de ceux qu'on avait laissés auprès des prisonniers diminuait rapidement. Par bonheur il leur restait le Dr Botkine dont le dévouement fut admirable et quelques domestiques d'une fidélité à toute épreuve : Anne Demidova, Kharitonof, Troup et le petit Léonide Sèdnief. En ces jours de souffrances, la présence du Dr Botkine fut un grand réconfort pour les prisonniers; il les entoura de ses soins, servit d'intermédiaire entre eux et les commissaires et s'efforça de les protéger contre la grossièreté de leurs gardiens.

    L'empereur, l'impératrice et le tsarévitch occupaient la pièce qui forme l'angle de la place et ce la ruelle

    ETABLIES PAR L'ENQUETE 239

    Vosnessensky ; les quatre grandes-duchesses, la chambre voisine dont la porte avait été enlevée ; les premières nuits. n'avant pas de lit, elles couchèrent sur Ie plancher. Le docteur Botkine dormait dans le salon et la femme de chambre de l'impératrice dans la pièce qui est à l'angle de la ruelle Vosnessenskv et du jardin. Quant aux autres captifs, ils s'étaient installés dans la cuisine et la salle adjacente.

    La nuit du meurtre. la famille impériale passa par la salle a manger et la cuisine et descendit l'escalier, à droite, au-dessous du mot passage.

    L'état de santé d'Alexis Nicolaïévitch avait été aggravé par les fatigues du voyage ; il restait couché la majeure partie de la journée et, lorsqu'on sortait pour la promenade, c'était l'empereur qui le portait jusqu'au jardin.

    La famille et les domestiques prenaient leurs repas en commun avec les commissaires qui habitaient au

    240 LES CIRCONSTANCES DU CRIME

    même étage qu'eux, vivant ainsi dans une promiscuité de toute heure avec ces hommes grossiers qui le plus souvent étaient ivres.

    La maison avait été entourée d'une seconde clôture de planches ; elle était devenue une véritable prison-forteresse. Il y avait des postes de sentinelles à l'intérieur et à I'extérieur, des mitrailleuses dans le bâtiment

    Plan de la propriété Ipatief.

    et au jardin. La chambre du commandant - la première en entrant - était occupée par le commissaire Avdief, son adjoint Mochkine et quelques ouvriers. Le reste de la garde habitait le sous-sol, mais les hommes rnontaient souvent, à l'étage supérieur et pénétraient quand bon leur semblait dans les chambres où logeait la famille impériale.

    Cependant la religion soutenait d'une façon remarquable le courage des prisonniers. Ils avaient gardé cette foi merveilleuse qui, à Tobolsk déjà, faisait. l'admiration de leur entourage et qui leur donnait tant de force, tant de sérénité dans la souffrance. Ils étaient déjà presque détachés de ce monde. On entendait souvent l'impératrice et les grandes-duchesses chanter des airs religieux qui venaient troubler, rnalgré eux, leurs gardiens.

    Peu à peu, toutefois, ces gardiens s'humanisèrent, au

    ETABLIES PAR L'ENQUÊTE 241

    contact de leurs prisonniers. Ils furent étonnés de leur simplicité, attirés par leur douceur, subjugués par leur dignité sereine et bientôt ils se sentirent dominés par ceux qu'ils avaient cru tenir en leur pouvoir. L'ivrogne Avdief lui-même se trouva désarmé par tant de grandeur d'âme ; il eut le sentiment de son infamie. Une profonde pitié succéda chez ces hommes à la férocité du début.

    Les autorités soviétiques, à Ekaterinbourg, comprenaient :

    a) le Conseil régional de l'Outal, composé de 30 membres environ dont le président était le commissaire Biéloborodof ;
    b) le Présidtum, sorte de comité exécutif formé de quelques membres : Biéloborodof, Golochtchokine, Syromolotof, Safarof, Voïkof, etc. ;
    c) la Tchrezugtchaïka, dénomination populaire de la « Commission extraordinaire pour la lutte contre la contre-révolution et Ia spéculation », dont le centre est à Moscou et qui a ses ramifications dans toute la Russie. C'est là une organisation formidable qui est Ia base même du régime soviétique. Chaque section reçoit ses ordres directement de Moscou et les exécute per ses propres moyens. Toute Tchrezugtchaika de quelque irnportance dispose d'un détachement d'hommes sans aveu : le plus souvent des prisonniers de guerre austro-allemands, des Lettons, des Chinois, etc., qui ne sont en réalité que des bourreaux grassement retribués.

    A Ekaterinbourg, la Tchrezugtchaïka était toute-puissante, ses membres les plus influents étaient les commissaires Yourovsky, Golochtchokine, etc.

    Avdief était sous le contrôle immédiat des autres

    242 LES CIRCONSTANCES DU CRIME

    commissaires, membres du Présidium et de la Tchrezvytchaika. IIs ne tardèrent pas à se rendre compte du changement qui s'était opéré dans les sentiments des gardiens à I'égard de leurs prisonniers et résolurent de prendre des mesures radicales. A Moscou aussi on était inquiet, comme le prouve te télégramme suivant envoyé d'Ekaterinbourg par Biéloborodof à Sverdlof et à Golochtchokine (qui se trouvait alors à Moscou) : « Syrornolotof vient de partir pour Moscou pour organiser l'affaire selon indications du centre. Appréhensions vaines. Inutile s'inquiéter. Avdief révoqué. Mochkine arrêté. Avdief remplacé par Yourovsky. Garde intérieure changée, d'autres la remplacent. »

    Ce télégramme est du 4 juilliet.

    Ce même jour, en effet, Avdief et son adjoint Mochkine étaient arrêtés et remplacés par le commissaire Yourovsky, un Juif, et son second, Nikouline. La garde formée -cornrne il a été dit - exclusivement d'ouvriers russes, fut transférée dans une maison voisine, la maison Popof.

    Yourovsky amenait avec lui dix hommes - presgue tous des prisonniers de guerre austro-allemands « choisis » parmi les bourreaux de la Tchrezagtchaïka. A partir de ce jour, ce furent eux qui occupèrent les postes intérieurs, les postes extérieurs continuant à être fournis par la garde russe.

    La « maison à destination spéciale » était devenue une dépendance de la Tchrezagtchsika et la vie des prisonniers ne fut plus qu'un long rnartyre.

     

    signe de tsarine

     

    A cette époque, la mort de la famille impériale avait déjà été décidée à Moscou. Le télégramme cité plus haut le prouve. Syromolotof est parti pour Moscou.

    ETABLIES PAR L'ENQUÊTE 243

    « afin d'organiser l'affaire selon les indications du centre »... il va rentrer avec Golochtchokine apportant les instructions et les directives de Sverdlof. Yourovsky, en attendant, prend ses dispositions. Il sort plusieurs jours de suite à cheval, on le voit parcourir les environs, cherchant un endroit propice à ses desseins et où il puisse faire disparaître les corps de ses victimes. Et ce même homme, - cynisme qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer, - s'en vient ensuite visiter le tsarévitch dans son lit !

    Plusieurs jours s'écoulent ; Golochtchokine et Syromolotof sont rentrés, tout est prêt.

    Le dimanche 14 juillet, Yourovsky fait appeler un prêtre, le Père Storojef, et autorise un service religieux. Les prisonniers sont déjà des condamnés à mort auxquels on ne saurait refuser les secours de la religion !

    Le lendemain, il donne l'ordre d'emmener le petit Léonide Sèdnief dans la maison Popov où se trouve la garde russe.

    Le 16, vers sept heures du soir, il ordonne à Paul Medviédef, en qui il avait toute confiance, - Medviédef était à la tête des ouvriers russes, - de lui apporter les douze revolvers, système Nagan, dont dispose la garde russe. Lorsque cet ordre est exécuté, il lui annonce que toute la famille impériale sera mise à mort cette nuit même et il le charge de le faire savoir plus tard aux gardes russes. Medviédef le leur communique vers dix heures.

    Un peu après minuit, Yourovskv pénètre dans les chambres occupées par les membres de la famille impériale, les réveille, ainsi que ceux qui vivent avec eux, et leur dit de se préparer à le suivre. Le prétexte qu'il leur donne est qu'on doit les emmener, qu'il y a des

    244 LES CIRCONSTANCES DU CRIME

    émeutes en ville et qu'en attendant ils seront plus en sécurité à l'étage inférieur.

    Tout le monde est bientôt prêt, on prend quelques menus objets et des coussins, puis l'on descend par l'escalier intérieur qui mène à la cour d'où l'on rentre dans les chambres du rez-de-chaussée. Yourovsky marche en tête avec Nikouline, puis viennent l'empereur portant Alexis Nicolarévitch, l'impératrice, les grandes-duchesses, le docteur Botkine, Anna Démidova, Kharitonof et Troup.

     

    plan tuerie ipatief

     

    La, ligne pointillé indique le trajet par la famille impériale : descendue du premier étage, elle sortit dans la cour intérieure, remonta quelques marches et retraversa toute la maison pour arriver dans la chambre où elle allait être massacrée.

    Les prisonniers s'arrêtent dans la pièce qui leur est indiquée par Yourovsky. Ils sont persuadés que l'on est, allé chercher les voitures ou les automobiles qui doivent les emmener et, comme l'attente peut être

    ÉTABLIES PAR L'ENQUÊTE 245

    longue, ils réclament des chaises. On en apporte trois. Le tsarévitch, qui ne peut rester debout à cause de sa jambe malade, s'assied au milieu de la chambre. L'empereur prend place à sa gauche, le docteur Botkine est debout à sa droite et un peu en arrière. L'impératrice s'assied près du mur (à droite de la porte par laquelle ils sont entrés), non loin de la fenêtre. On a mis un coussin sur sa chaise comme sur celle d'Alexis Nicolaiévitch. Elle a derrière elle une de ses filles, probablement Tatiana. Dans I'angle de la chambre, du même côté, Anna Démidova, - elle a gardé deux coussins dans ses bras. Les trois autres grandes-duchesses sont adossées au mur du fond et ont à leur droite dans l'angle Kharitonof et le vieux Troup.

    L'attente se prolonge. Brusquement Yourovsky rentre dans la chambre avec sept Austro-Allemands et deux de ses amis, les commissaires Ermakof et Vaganof, bourreaux attitrés de la Tchrezugtchaïka. Medviédef aussi est présent. Yourovsky s'avance et dit à l'empereur.: « Les vôtres ont voulu vous sauver, mais ils n'y ont pas réussi et nous sommes obliges de vous mettre à mort. » Il lève aussitôt son revolver et tire à bout portant sur l'empereur qui tombe foudroyé. C'est le signal d'une décharge générale. Chacun des meurtriers a choisi sa victime. Yourovsky s'est réservé I'empereur et le tsarévitch. La mort est presgue instantanée pour la plupart des prisonniers. Cependant Alexis Nicolaïévitch gémit faiblement. Yourovsky met fin à sa vie d'un coup de revolver. Anastasie Nicolaiévna n'est que blessée et se met à crier à l'approche des meurtriers; elle succombe sous les coups des baîonnettes. Anna. Démidova elle aussi, a été: épargnée grâce aux coussins derrière lesquels elle se cache. Elle se jette de côté et

     

    tuerie Nicolas II et famille
    Sont tués en même temps que la famille impériale: le Dr Botkine, Kharitonof, le vieux Troup et Anna. Démidova, leurs employés. Page 248

    Dr Botkine
    Le Dr Botkine également tué!

     

    246 LES CIRCONSTANCES DU CRIME

    d'autre et finit par tomber à son tour sous les coups des assassins

    Les dépositions des témoins ont permis à l'enquête de rétablir dans tous ses détails la scène effroyable du massacre. Ces témoins sont Paul Medviédef (1), I'un des meurtriers; Anatole Yakimof, qui assista certainement au drame, quoiqu'il le nie, et Philippe Proskouriakof qui raconte Ie crime d'après le récit d'autres spectateurs. Tous les trois faisaient partie de la garde de la maison Ipatief.

    Quand tout est terminé les commissaires enlèvent aux victimes leurs bijoux, et les corps sont transportes à l'aide de draps de lit et des brancards d'un traîneau jusqu'au camion automobile qui attend devant la porte de la cour, entre les deux clôtures de planches.

    Il faut se hâter avant le lever du jour. Le funèbre cortège traverse la ville encore endormie et s'achemine vers la forêt. Le commissaire Vaganof le précède à cheval, car il faut éviter toute rencontre. Comme on approche déjà de la clairière vers laquelle on se dirige, il voit venir à lui un char de paysans. C'est une femme du village de Koptiaki, qui est partie dans la nuit avec son fils et sa bru pour venir vendre son poisson à la ville. Il leur ordonne aussitôt de tourner bride et de rentrer chez eux. Pour plus de sûreté, il les accompagne en galopant à côté du char, et leur interdit sous peine

    1. Medviédef fut fait prisonnier, lors de ta prise de Perm par les troupes antlbolchéviques en février 1919. Il mourut un mois plus tard à Ekaterinbourg du typhus exanthématique.Il prétendait n'avoir assisté qu'à une partie du drame et n'avoir pas tiré lui-même. (D'autres témoins affirment le contraire.) C'est là le procédé classique auquel tous les assassins recourent pour leur défense.

     

    incinération des corps famille romanov

     

    ÉTABLIES PAR L'ENQUÊTE 249

    de mort de se retourner et de regarder en arrière. Mais la paysanne a eu le temps d'entrevoir [a grande masse sombre qui s'avançait derrière le cavalier. Rentrée au village, elle raconte ce qu'elle a vu. Les paysans intrigués partent en reconnaissance et viennent se heurter au cordon de sentinelles gui a été placé dans la forêt.

    Cependant, après de grandes difficultés, car les chemins sont très mauvais, le camion a atteint la clairière. Les cadavres sont déposés à terre puis en partie déshabillés. C'est alors que les commissaires découvrent une quantité de bijoux que les grandes-duchesses portaient cachés sous leurs vêtements. Ils s'en emparent aussitôt, mais dans leur hâte ils en laissent tomber quelques-uns sur te sol où ils sont piétinés. Les corps sont ensuite sectionnés et placés sur de grands bûchers, dont la combustion est activée par de la benzine. Les parties les plus résistantes sont détruites à l'aide d'acide sulfurique. Pendant trois jours et trois nuits les meurtriers travaillent à leur oeuvre de destruction sous la direction de Yourovsky et de ses deux amis Ermakof et Vaganof. On amène 175 kilogrammes d'acide sulfurique et plus de 300 litres de benzine de la ville à ta clairière !

    Enfin, le 20 juillet. tout est terminé. Les meurtriers font disparaître tes traces des bûchers, et les cendres sont jetées dans un puits de mine ou dispersées dans les environs de la clairière, afin que rien ne vienne révéler ce qui s'est passé.

     


    ***

     

    Pourquoi ces hommes prennent-ils tant de soin à faire disparaître toute trace de leur action ? Pourquoi, alors qu'ils prétendent faire oeuvre de justiciers,

    250 LES CIRCONSTANCES DU CRIME

    cachent-ils comme des criminels ? Et de qui se cachent-ils ?

    C'est Paul Medvédief qui nous le fait savoir dans sa déposition. Après le crime, Yourovsky s'approche de lui et lui dit : « Maintiens les postes extérieurs de peur que le peuple ne se révolte t » Et, les jours suivants, les sentinelles continuent à monter la garde autour de la maison vide, comme si rien ne s'était passé, comme si les clôtures renfermaient toujours les prisonniers.

    Celui qu'il faut tromper, celui qui ne doit pas savoir, c'est le peuple russe.

    Un autre fait le prouve, c'est la précaution prise, le 4 juillet, d'emmener Avdief 'et d'écarter la garde russe. Les commissaires n'avaient plus confiance en ces ouvriers des usines de Sissert et de la fabrique des frères Zlokazof, qui s'étaient pourtant ralliés à leur cause et qui étaient venus s'enrôler volontairement pour « garder Nicolas le sanguinaire ». C'est qu'ils savaient que, seuls, des forçats ou des étrangers, des bourreaux salariés, consentiraient à accomplir la besogne infâme qu'ils leur proposaient. ces bourreaux furent : Yourovsky, un Juif, Medvédief, Nikouline, Ermakof, Vaganof, forçats russes, et sept Austro-Allemands.


    Oui, c'est du peuple russe qu'ils se cachent, ces hommes qui prétendent en être les mandataires. c'est de lui qu'ils ont peur; ils craignent sa vengeance.

    Enfin, le 20 juillet, ils se décident à parler et à annoncer au peuple la mort de l'empereur, par une proclamation affichée dans les rues d'Ekaterinbourg.

    Cinq jours plus tard, les journaux de Perm publient la déclaration suivante :

    ÉTABLIES PAR L'ENQUÊTE 251

    DECISION
    du Présidium du Conseil régional des députés ouvriers, paysans et gardes rouges de I'Oural :

    Étant donné que tes bandes tcbéco-slovaques menacent la capitale rouge de l'Oural, Ekaterinbourg; étant donné que le bourreau couronné peut échapper au tribunal du peuple (on vient de découvrir un complot des gardes blancs ayant pour but I'enlèvement de toute la famille Romanof), le Présidium du Comité régional, en exécution de la volonté du peuple, a décidé : l'ex-tsar Nicolas Romanof, coupable devant le peuple d'innombrables crimes sanglants, sera fusillé.

    La décision du Présidium du Conseil régional a été exécutée dans la nuit du 16 au 17 juillet.

    La famille de Romanof a été transférée d'Ekaterinbourg dans un autre endroit plus sûr.

    Le Présidium du Conseil régional des députés ouvriers, paysans, et gardes rouges de l'Oural.

    DÉCISION
    du Présidium du Comité exécutif central de toutes les Russies, du 18 juillet, a. c.

    Le Comité exécutif central des Conseils des députés ouvriers, paysans, gardes rouges et cosaques, en la personne de son président, approuve I'action du Présidium du Conseil de l'Oural.

    Le Président du Comité exécutif central :
    Y. Sverdlof

    Dans ce, document, on fait état d'une sentence de mort prononcée soi-disant par le Présidium d'Ekaterinbourg. contre l'empereur Nicolas II. Mensonge ! Le crime, nous le savons, a été décidé à Moscou par Sverdlof, et ses instructions ont été apportées à Yourovsky par Golochtchokine et Syromolotof.

    252 LES CIRCONSTANCES DU CRIME

    Sverdlof a été la tête et Yourovsky le bras ; tous deux étaient juifs.

    L'empereur n'a été ni condamné, ni même jugé, - et par qui aurait-il pu l'être ? - il a été assassiné. Que dire alors de t'impératrice, des enfants, du docteur Botkine et des trois domestiques gui ont succombé avec eux ? Mais qu'importe aux meurtriers : ils sont sûrs de I'impunité ; la balle a tué, la flamme a détruit et la terre a recouvert ce que le feu n'avait pu dévorer. Oh I ils sont bien tranquilles, aucun d'eux ne parlera, car ils sont liés par l'infamie. Et c'est avec raison, semble-t-il, que le commissaire Voikof peut s'écrier : « Le monde ne saura jamais ce que nous avons fait d'eux ! »

    Ces hommes se trompaient.

    Après quelques mois de tâtonnements, I'instruction entreprend des recherches méthodiques dans la forêt. Chaque pouce de terrain est fouillé, scruté, interrogé, et bientôt le puits de mine, le sol de la clairière et t'herbe des environs révèlent leur secret. Des centaines d'objets et de fragments d'objets, la plupart piétinés et enfoncés dans le sol, sont découverts, identifiés et classés par l'instruction. On retrouve ainsi entre autres :

    La boucle du ceinturon de l'empereur, un fragment de sa casquette, le petit cadre portatif qui contenait le portrait de I'impératrice la photographie en a disparu - et que l'empereur emportait toujours avec lui, etc.

    Les boucles d'oreilles préférées de l'impératrice (l'une est brisée), des morceaux de sa robe, un verre de ses lunettes, reconnaissable à sa forme spéciale, etc.

    ÉTABLlES PAR L'ENQUÊTE 253

    La boucle du ceinturon du tsarévitch, des boutons et des morceaux de son manteau, etc.

    Une quantité de petits objets ayant appartenu aux grandes-duchesses : fragments de leurs colliers, de leurs chaussures : boutons, crochets, pressions, etc.

    Six buses de corsets en métal, « six », chiffre qui parle de lui-même, si l'on se rappelle le nombre des victimes : l'impératrice, les quatre grandes-duchesses et A. Démidova, la femme de chambre de l'impératrice'

     

    romanov
    6 buses de corset et quelques bijoux retrouvés près du puits de mine en mai 1919
    Daniel Girardin: “Précepteur des Romanov: le destin russe de Pierre Gilliard”, page 138

     

    Le dentier du docteur Botkine, des fragments de son lorgnon, des boutons de ses vêtements, etc.

    Enfin, des ossements et des fragments d'ossements calcinés, en partie détruits par l'acide, et qui portent parfois la trace d'un instrument tranchant ou de la scie ; des balles de revolver - celles qui étaient restées dans les corps, sans doute - et une assez grande quantité de plomb fondu.

    Lamentable énumération de reliques qui ne laissent, hélas ! aucun espoir et d'où la vérité se dégage dans toute sa brutalité et son horreur.

    Le commissaire Voïkoff se trompait : « Le monde sait maintenant ce qu'ils ont fait d'eux »

    Cependant les meurtriers s'inquiètent. Les agents quille ont laissés à Ekaterinbourg pour égarer les recherches les tiennent au courant de la marche de l'instruction. Ils en suivent pas à pas les progrès. Et quand ils comprennent enfin que la vérité va être connue, que le monde entier saura bientôt ce qui s'est passé, ils ont peur et cherchent à faire retomber sur d'autres la responsabilité de leur forfait. c'est alors qu'ils accusent les socialistes-révolutionnaires d'être les auteurs du crime et d'avoir voulu par là compromettre

    254 LES CIRCONSTANCES DU CRIME

    Ie parti bolchévique. En septembre 1919, vingt-huit personnes, accusées faussement d'avoir pris part au meurtre de la famille impériale, sont arrêtées par eux à Perm et jugées. Cinq d'entre elles sont condamnées
    à mort et exécutées.


    Cette odieuse comédie témoigne, une fois de plus, du cynisme,de ces hommes qui n'hésitent pas à envoyer à Ia mort des innocents pour ne point encourir la responsabilité d'un des plus grands crimes de l'histoire.

     

    ***

     

    II me reste à parler de la tragédie d'Alapaevsk qui est étroitement liée à celle d'Ekaterinbourg et qui causa la mort de plusieurs autres membres de la famille impériale.

    La grande-duchesse Elisabeth Féodorovna, soeur de l'impératrice, le grand-duc Serge Michailovitch, cousin de l'empereur, les princes Jean, Constantin et lgor, fils du grand-duc Constantin, et le prince Parée, fils du grand-duc Paul, avaient été arrêtes au printemps 1918 et conduits dans la petite ville d'Alapaevsk, située à cent cinquante verstes au nord d'Ekaterinbourg. Une nonne, Barbe Yakovlef, compagne habituelle de la grande-duchesse, et S. Remes, secrétaire du grand-duc Serge, partageaient leur captivité. on leur avait donné pour prison la maison d'école.

    Dans la nuit du 17 au 18 juillet, vingt-quatre heures après Ie crime d'Ekaterinbourg, on vint les chercher et, sous prétexte de les emmener dans une autre ville, on les conduisit en voiture à quelque douze verstes d'Alapaevsk. c'est là, dans une forêt, qu'ifs furent mis à mort. Leurs corps furent jetés dans un puits de mine

    ÉTABLIES PAR L'ENQUÊTE 255

    abandonné où on les retrouva, au mois d,octobre 1918, recouverts par la terre éboulée à ta suite de l'explosion des grenades à main qui avaient mis fin aux souffrances des victimes.

    L'autopsie n'a relevé des traces d'armes à feu que sur Ie corps du grand-duc Serge et l'enquête n'a pu établir avec exactitude comment ses compagnons furent mis à mort. Il est probable qu'ils furent assommés à coups de crosses.

    Ce crime, d'une brutalité inouïe, fut l'oeuvre du commissaire Safarof, membre du présidium d'Ekaterinbourg qui ne fit d'ailleurs qu'exécuter les ordres de Moscou.

     

    ***

     

    Quelques jours après la prise d'Ekaterinbourg, alors qu'on s'occupait de remettre en état la ville et d'enterrer les morts, on releva deux cadavres non loin de Ia prison. Sur I'un d'eux, on trouva un reçu de 80'000 roubles au nom du citoyen Dolgorouky et. d'après les descriptions des témoins, il semble bien que c'était là le corps du prince Dolgorouky. Quant à l'autre, on a tout lieu de croire que c'était celui du général Tatichtchef.

    L'un et l'autre sont morts, comme ils l'avaient prévu, pour leur empereur. Le général Tatichtchef me disait un jour à Tobolsk : « Je sais que je n'en ressortirai pas vivant. Je ne demande qu'une seule chose, c'est qu'on ne me sépare pas de l'empereur et qu'on me laisse mourir avec lui. » II n'a même pas eu cette suprême consolation.

    La comtesse Hendrikof et Mlle Schneider furent emmenées d'Ekaterinbourg quelques jours après le

    256 LES CIRCONSTANCES DU CRIME

    meurtre de la famille impériale, et conduites à Perm. C'est là qu'elles furent fusillées dans ta nuit 4 septembre 1918. Leurs corps furent retrouvés et identifiés en mai 1919.

    Quant à Nagorny, le matelot d'Alexis Nicolaïévitch, et au laquais Ivan Sèdnief, ils avaient été mis à mort dans les environs d'Ekaterinbourg, au début de juin 1918. Leurs corps furent retrouvés deux mois plus tard sur le lieu de l'exécution.

    Tous, du général au simple matelot. ils n'ont pas hésité à faire le sacrifice de leur vie et à marcher courageusement à la mort. Et ce matelot, humble paysan d'Ukraine, il n'avait pourtant qu'un mot à dire pour être sauvé. Il n'avait qu'à renier son empereur! Ce mot, il ne l'a pas dit.

    C'est que, depuis longtemps, ils avaient, d'une âme simple et fervente, sacrifié leur vie à ceux qu'ils aimaient et qui avaient su faire naître autour d'eux tant d'attachement, de courage et d'abnégation.

     

     

     

    17 juillet 1918, l'assassinat de Nicolas II, de sa famille et quelques serviteurs

    1er octobre 2008: Le Présidium de la Cour Suprême de Russie a reconnu que les répressions contre le tsar Nicolas et sa famille comme injustifiées et a décidé de les réhabiliter. Il ne reste plus, à cette cour de justice qu'à condamner, à titre postume, les commanditaires et les assassins. Ce qui obligerait à effacer les rues, les villes, les oblasts qui portent encore le nom des meurtriers, Lénine et Sverdlov!

    27 août 2010: La décision de la Cour suprême permet la réouverture l'enquête sur le meurtre du Tsar et de sa famille. Un acte tout sauf anodin car il permettra au peuple russe de faire connaître la vérité sur l'horreur des bolcheviks masquées par des tonnes de mensonges.
     

    L'article de Aurélia Vertaldi , “Le Figaro” du 1er octobre 2008 apporte des informations intéressantes sur la réhabilitation du tsar Nicolas II. La cour a répondu à une plainte déposée il y a 3 ans par la Grande Duchesse Maria Vladimirovna dont le bisaïeul était Alexandre II. Après avoir été rejetées plusieurs fois, la ténacité a fini par payer. Quant à Ivan Artsichevski, autre descendant, il a déclaré: “«Le fait que l'Etat russe a reconnu sa responsabilité pour ce meurtre est un pas vers un repentir général et la réhabilitation de toutes les victimes innocentes» des bolcheviks. Les victimes de tortures, d'arrestations arbitraires, de déportations, d'exécution par le poison, le froid, une balle ou la faim, se chiffrent à au moins 5 millions, sans compter les exilés!

    http://www.fonjallaz.net/Communisme/N2/Massacre-famille-tsar/index.html

     

     

     

     

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    L’assassinat des Romanov, petit exemple de l’humanisme de gauche

     



     

    Minuit. Iekaterinbourg dort paisiblement en cette nuit du 16 au 17 août 1918. La villa Ipatiev située en plein centre-ville est calme également, tout au moins en apparence.

     

    La famille impériale y est retenue depuis le 30 avril et depuis cette date les jours s’écoulent dans l’ennui

    (la propriété est isolée par de hautes palissades en bois).

     

    Ils s’écoulent aussi dans la crainte.

     

    Le comité de l’Oural a désigné un certain Avdéïev en tant que responsable de la maison.

     

    C’est un alcoolique à l’intelligence tristement limitée qui se révèle violent à l’occasion.

     

    Les gardes sont à l’avenant.

     

     

     

    Le 4 juillet, Avdéïev est remplacé par le commissaire Iakov Yourovski qui arrive avec dix gardes armés qui prennent la relève de ceux qui étaient sous les ordres d’Avdéïev.

     

    Youroski s’absente souvent, il parcourt la région à cheval.

     

     

      

     

    Le 16 août, peu avant minuit, Yourovski réunit les gardes et leur fournit des revolvers, puis il entre dans les chambres où dorment la famille impériale et leurs suivants (Evgueni Botkine, Anna Demidova, Ivan Kharitonov et Aloïs Troupp) afin de les avertir qu’ils vont être transférés.

      

    Famille Romanov : Photo de leur captivité.

      

      

    Les prisonniers descendent donc jusqu’au sous-sol où on leur a dit qu’ils devaient attendre l’arrivée des camions.

     

    Mais laissons la parole à Pierre Gilliard qui fut le précepteur des enfants du Tsar :

     


    Famille Romanov: photo de leur captivité.

    Dernière photographie d'Alexandra et des grandes Duchesses

     

    " Le 16 juillet au soir, Yourovski procura des pistolets à ses hommes. Après minuit, il demanda aux Romanov et à leurs suivants de se préparer à être transférés dans un lieu plus sûr. Tout le monde descendit par les escaliers intérieurs jusqu’au sous-sol. L’ex-tsar portait son fils dans ses bras.
     
    Famille Romanov: Photo de leur captivité.
      
      
    Il y avait deux chaises, où s’assirent l’empereur et l’impératrice, Alexis se trouvait sur les genoux de son père, les grandes-duchesses et leurs suivants se trouvaient debout à côté du couple impérial.
     
     
     

    Famille Romanov: Photo de leur captivité.

     

    Yourovski, prétextant qu’il allait chercher un appareil photographique pour prouver de leur bonne santé auprès de Moscou, alla régler les derniers détails du massacre avec ses hommes de mains.
      
    Puis il ouvrit la double porte où se trouvaient les prisonniers. Sur le seuil, les douze hommes s’alignèrent sur trois rangs.
      
    Dehors, le chauffeur du camion mit le moteur en marche pour couvrir le bruit des détonations.

     

    Au premier rang des tueurs, Yourovski sortit un papier et se mit à le lire rapidement : "Du fait que vos parents continuent leur offensive contre la Russie soviétique, le comité exécutif de l’Oural a pris le décret de vous fusiller."
      
    La fusillade se déchaîna aussitôt, dans le désordre le plus absolu. Il n’était plus question de préséance révolutionnaire : la plupart des exécuteurs visèrent le tsar. Le choc des multiples impacts le projeta en arrière et il s’effondra, mort sur le coup. Alexandra et la grande-duchesse Olga eurent à peine le temps d’esquisser un signe de croix avant de tomber à leur tour, ainsi que Troupp et Kharitonov. Le massacre prit rapidement un tour dantesque.

     

    Dans la fumée de la poudre qui emplissait la pièce, le tsarévitch effondré par terre, faisait preuve, selon Yourovski, d’une "étrange vitalité" : il rampait sur le sol en se protégeant la tête de la main. Nikouline, maladroit ou trop énervé, vida sur lui un chargeur sans réussir à le tuer. Yourovski dut l’achever de deux balles dans la tête. Le sort des grandes-duchesses fut encore plus horrible : les projectiles ricochaient sur leurs corsets où elles avaient cousu des bijoux et des pierres précieuses pour les dissimuler aux gardiens.

     

    Yourovski dira, plus tard, qu’elles étaient "blindées".
    Anna Demidova fut aussi très longue à mourir.
    Les tueurs ont vidé leurs armes mais cela ne suffit pas, trois des grandes-duchesses étaient encore en vie. Selon son témoignage, Kabanov alla chercher une baïonnette en forme de couteau d’une Winchester pour les achever. D’autres l’imitèrent. Les corps ensanglantés furent emmenés en camion dans une clairière, près du village de Koptiaki. Ils furent arrosés d’acide sulfurique, brûlés et démembrés avant d’être ensevelis sous un chemin forestier. "

     

    Pour ceux qui croiraient que ce fut un incident de parcours :

     

    " Le métropolite Vladimir de Kiev fut mutilé, castré avant d’être fusillé. Son corps laissé nu, exposé à la profanation publique. Le métropolite Véniamine de Saint-Pétersbourg, candidat possible à la succession du patriarche, fut transformé en un pilier de glace : on le passa sous une douche d’eau froide par un temps glacial. L’évêque Germogène de Tobolsk, qui avait accompagné le Tsar en exil de son plein gré, fut sanglé vivant à la roue à aubes d’un bateau à vapeur et déchiqueté par les pales en rotation. L’archevêque Andronnik de Perm, qui s’était acquis une réputation de missionnaire et qui avait œuvré au japon, fut enseveli vivant. Et l’archevêque Vassili a fini crucifié et brûlé. "

    Alexander Yakovlev – Le Cimetière des Innocents – page 189
     

    Départ de Tobolsk de Nicolas, d`Alexandra et de Maria 

    Calèche où prirent place Nicolas, Alexandra, Maria et quelques servants lorsqu'ils quittèrent tobolsk.

      

    Il est là le véritable visage de l’homme de gauche, du révolutionnaire. 1789 / 1917 /1936 /1949 / etc., même combat. Mêmes aspirations frustrées de petits bourgeois envieux prêts à toutes les horreurs pour s’emparer du pouvoir; mêmes horreurs perpétrées au nom de la liberté et du bonheur du genre humain; mêmes machines politiques inhumaines créées pour instiller dans le bas peuple une saine peur du nouvel appareil de gouvernement; même volonté d’abattre tout ce qui fait sens, tout ce qui cimente la société humaine afin d’isoler les hommes face à la puissance publique.

     

     

     

     

     

    http://koltchak91120.wordpress.com/2011/08/15/lassassinat-des-romanov-petit-exemple-de-lhumanisme-de-gauche/?replytocom=6754#respond

     

     

     

     

     

     

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    Anna Pavlovna (ci-dessus en robe verte auprès de son père ) , née en 1795 , était la plus jeune fille du tsar Paul Ier et Maria Feodorovna (fille du duc de Wurtemberg) et le huitième enfant d'une famille de dix.

     

    Quand elle avait six ans , on retrouva son père mort ( dont il a été dit qu'il était fou), lors d’une tentative de coup d'Etat militaire . Son frère, Alexandre, qui faisait partie du complot, lui succéda. Sa mère a alors résidé à Saint-Pétersbourg avec ses plus jeunes enfants dans les palais sud, Gatchina et Pavlovsk et dans sa résidence d'été de Tsarskoïe Selo.

     

    C’est donc ainsi que grandit Anna avec ses deux plus jeunes frères, Nicolas (1796-1855) et Michael (1798-1849). Tous les trois portaient un anneau identique à celui porté par leur mère : une sorte de « pacte » symbolique les unissant .

     

    Anna Pavlovna avait une gouvernante suisse Louise de Sybourg (Bourcis ) .Elle reçoit une éducation polyglotte: elle a lu, écrit et parlé couramment le russe, l'allemand et le français et a également reçu des leçons de mathématiques et de physique. Pour ses loisirs, elle peignait et brodait des scènes historiques. Dans le palais de Pavlovsk subsistent des peintures faites de sa main et un certain nombre de ses sièges brodés.

     

    Sa mère et ses frères ont toujours eu une grande influence sur Anna, même après son mariage. Elle entretenait avec eux une correspondance intense. Elle aimait beaucoup son frère aîné le tsar Alexandre (1777-1825), mais avait des liens plus privilégiés encore avec Nicolas, son successeur, avec lequel Anna partagea son enfance sur un pied d'égalité (puisqu’il n’était pas pré-destiné à régner à priori) . Après la mort de sa mère en 1828, elle s’est rapprochée de Nicolas qui était son allié et son confident et la gâtait de nombreux cadeaux. De ses sœurs , seulement deux étaient encore vivantes: Mary (1786-1859) et Catherine de Wurtemberg (1788-1819). Si avec la première , elle entretenait de bons rapports , elle considérait la seconde comme « le parent pauvre » de la famille (on explique ainsi le rejet ultérieur d’Anna pour sa belle-fille et nièce Sophie après son mariage avec son fils aîné le prince héritier Willem, qu’elle désapprouva)...

     


     

    Mariage avec Willem II

     

    En tant que grande-duchesse de Russie et sœur du tsar Anna Pavlovna représentait un « bon parti » dans l’Europe des cours royales En 1809 (elle avait quatorze ans) , l'empereur Napoléon , à la recherche d’une seconde épouse vit sa demande rejetée (par Maria Feodorovna qui considérait ce candidat de rang « inférieur » ). A partir de 1814, il fut question de plusieurs autres « candidats au mariage » : avec un prince français (mais catholique…) Charles de Bourbon, prétendant français au trône, duc de Berry et fils du futur roi Charles X , puis avec l'archiduc Ferdinand et le duc de Clarence : toutes ces demandes rejetées, le tsar Alexandre envisagea avec bienveillance une alliance avec le prince héréditaire d’Orange mais cela ne pouvait se faire sans le consentement d'Anna, le tsar Pierre le Grand ayant déterminé qu'aucun Romanov ne devait se marier sans que les partenaires se soient rencontrés au préalable.

     

    Anna a reçu une dot d'un million de roubles. Dans un document séparé, il a été convenu que les enfants recevraient une éducation protestante. Anna elle-même restant fidèle à sa foi orthodoxe russe.

     

     

    Le 21 Février, 1816 à la fois suivant la liturgie protestante et selon le rite orthodoxe russe le mariage religieux fut célébré dans le White Hall du Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg.

     

    En Août 1816, le couple est arrivé aux Pays-Bas, où Anna avait emmené sa gouvernante.

     

    Ils ont résidé temporairement au palais Lange Voorhout à La Haye.

     

    Leurs résidences principales seraient le palais Kneuterdijk à La Haye et le palais Soestdijk à Baarn , qui durent être entièrement rénovés , surtout Soestdijk .De cette époque date l’installation de l'immense peinture de JW Pieneman «Le prince d'Orange lors de la bataille des Quatre-Bras» (1824) , où le prince est auréolé de ses mérites dans la lutte contre Napoléon lors de la célèbre bataille de Waterloo qui a donné à la salle de Soestdijk où elle fut installée le nom de « Hall Waterloo ».

     

    En partie à cause de ses mauvaises relations avec son père , Willem préférait résider à La Haye plutôt qu’à Bruxelles .. Mais Anna préférait elle la vie à la cour de Bruxelles pour son exubérance , qui contrastait fortement avec la vie sobre voire austère de La Haye et qui lui rappelait celle de Saint-Pétersbourg.

     

    Dans les années vingt , la vie d'Anna fut dévouée à ses enfants. Son fils aîné Willem est né le 19 Février 1817 à Bruxelles. A Soestdijk sont nés trois autres fils: Alexander (2 Août 1818), Henry (13 Juin 1820) et Casimir (le 21 mai 1822), un bébé qui est mort peu après quatre mois à Bruxelles. Sa fille unique, Sophie, est née le 8 Avril 1824 à La Haye. L'éducation de son fils aîné, l'héritier, causa à Anna bien des tourments. Elle a parfois été très inquiète pour lui et lui reprochait son «goût inférieur » et une certaine débauche. (Son fils préféré était Alexandre, mais il était en mauvaise santé et mourut en 1848 – à pas encore trente ans - à Madère, où il était soigné pour sa tuberculose. )

     

    A partir de 1829 , le couple connut une période difficile. Quand à Bruxelles , presque tous ses bijoux ont été volés ( ils devaient par la suite être en grande partie récupérés), Anna en fut tellement bouleversée qu'elle accusa alors Willem d’y être impliqué. C'est une indication sur l'image déplorable qu'elle avait alors de son mari dispendieux et prompt à se créer des dettes abyssales . Mais elle était fidèle et quand Willem dans les premières années de la Révolution belge (1830-1839) , qui conduisit à son indépendance , a eu de sérieux désaccords avec son père sur la ligne à tenir , Anna a soutenu son mari chaque fois que possible, essayant d'adoucir et poussant à faire preuve de compréhension pour son attitude. Lorsqu’il fut accusé de duplicité et acculé un certain temps à se réfugier dans la Willemsdorp à Moerdijk, Anna écrivit à son fils aîné préférer « vivre dans une cabane avec son Willem plutôt que de le voir accepter de se déshonorer ».

     

    Reine et Reine Mère

     

    Après l'abdication de Willem Ier (désireux d'épouser sa maîtresse une dame belge...), le 7 Octobre 1840, eut lieu le 28 Novembre , l'intronisation de Willem II dans la Nieuwe Kerk d’ Amsterdam. Anna décrit la cérémonie en détail dans une lettre à son frère le tsar Nicolas. Willem portait sous sa robe royale un uniforme bleu foncé, identique à celui de la campagne de 1831. Anna était vêtue d'une robe de drap d'argent avec dessus , de l'hermine avec un manteau de drap d'or cousu aussi d'hermine .

     

    Sous l'influence d'Anna, la vie à la cour des Pays-Bas devint plus digne d'un roi. Malgré son éducation et son attitude qui en découlait et pouvait parfois paraître pour de l’arrogance , en tant que reine, elle s'est fortement impliquée dans la société néerlandaise. Elle avait appris le néerlandais et le maîtrisait même mieux que son mari (élevé à la cour de Prusse) , avec qui elle parlait souvent français. En 1832, elle vint en aide à l'école royale de couture de Scheveningen , conçue pour aider des femmes dans le besoin et pour faire acquérir des compétences en couture et la broderie à des jeunes filles. Pendant la Révolution belge , elle fonda avec ses fonds propres l'Hôpital Willem à La Haye, pour les soldats blessés. Elle a visité l'hôpital et soigné les blessés là-bas. Après la mort de sa mère Anna a financé grâce à son héritage plusieurs écoles..

     

    En raison de sa position, elle ne pouvait pas partager ses opinions politiques avec le monde extérieur, mais elle se tenait parfaitement au courant de la politique néerlandaise et européenne, ainsi qu'il en ressort de sa correspondance. Également dans le journal du baron de Mackay Ophemert, son chambellan jusqu’en 1862 , qui sera nommé vice-président du Conseil d'Etat, il apparaît qu’elle jouissait d’un certain capital de sympathie dans l'arène politique .

     

    En Mars 1849, Willem tomba gravement malade. Anna et son fils Henry sont venus à Tilburg, où Willem est mort en leur présence le 17 Mars . La Reine Anna était tellement choquée qu'elle a crié et s’est jetée sur son corps sans vie. On rapporte qu’elle passa des heures à genoux auprès de son cadavre . Ses restes ont été transférés à Delft.

     

    On ignore si la reine Anna assista à l'enterrement dans la crypte royale ou non. Dans une lettre du 20 Avril au tsar Nicolas, elle décrit sa visite à la tombe quelques jours plus tard. Son désarroi est si grand qu'elle ne veut plus résider dans le palais de Kneuterdijk . Elle se retira de la vie publique et s’installa d'abord dans la maison de son défunt fils Alexander , mort en 1848. Plus tard, elle a vécu au château Trillion à Velp.

     

    L'héritage de Willem II était surtout composé de dettes. Avec la permission du tsar,Anna a utilisé le produit de la vente d'une partie de ses actifs russes pour pouvoir conserver le palais Soestdijk , son «Waterloo». Par contre les peintures de sa collection d’art, qui avait servi comme garantie pour un prêt important du tsar Nicolas à Willem, partirent pour Saint-Pétersbourg, où elles sont exposées aujourd’hui au musée de l’Hermitage.

     


     

    Dernières années

     

    Anna connut une fin de vie solitaire .. Avec son fils , devenu le roi Willem III , les relations était tendues . Une fois, elle glissa qu’elle était : "contente qu'il soit prince d'un gouvernement constitutionnel». En 1855, un conflit avec lui au sujet de l'attribution du Willems Ordre prit de telles proportions qu’elle songea à quitter le pays et rejoindre sa famille en Russie. Pourtant, elle choisit aussi inconditionnellement de prendre parti pour lui dans son mariage malheureux avec Sophie de Wurtemberg, avec qui, en 1839, il fut marié contre son gré. Elle la décrivait comme une « femme arrogante et pleine de ruse, un fléau sur la terre. " Avec ses enfants Henry et Sophie , Anna eut un lien très fort, mais tous les deux vivaient à l'étranger. Henry, marié à Amalia de Saxe-Weimar(photo ci-dessous),au nom de son frère était gouverneur du Luxembourg et Sophie était devenue en 1853 grande-duchesse de Weimar, par son mariage en 1842 avec Charles Alexandre de Saxe-Weimar, le fils de sa sœur Maria .

     


     

    Anna Pavlovna est morte en 1865 à La Haye et a été inhumée dans le caveau royal de Delft. Dans son testament, elle a légué à son fils Willem III une bourse et une partie de ses bijoux. Ses effets personnels sont allés à ses deux autres enfants. Pour sa fille Sophie : ses domaines de La Haye, et à Henry , Soestdijk

     

    La personnalité et la réputation

     

    Anna Pavlovna a été décrite comme une femme au « port majestueux », consciente de son rang imlpérial , habituée à une cour au protocole strict et à de magnifiques cérémonies.

     

    Elle avait , ce que d’aucuns appellent un « tempérament russe» , c’est à dire être capable de réagir de façon émotive et très déraisonnable ,cette « ferveur » s'exprimant dans des moments de stress ou de grande tension nerveuse. D'autre part, elle était sans conteste une femme intelligente animée d’une certaine « conscience sociale » . Elle était sensible et très dévouée à sa famille et ses amis. Plusieurs fois, elle a joué un rôle de médiateur entre son mari et son père.

     


     

    Anna était très pieuse et a continué même après son mariage à fréquenter l'Eglise orthodoxe russe et à rester fidèle à sa foi et à la culture russe. Elle a fondé dans ses quartiers d'habitation des chapelles , parfois avec le soutien financier du tsar. Certains jours, elle aimait revêtir le costume national russe. En réponse à ces sentiments , son beau-père le roi Willem Ier lui a donné à la naissance de son fils la Maison du Tsar Pierre à Zaandam , un geste qu'elle a beaucoup apprécié. Anna ne fut jamais une reine « populaire », mais elle n’aspirait pas à la popularité. Elle voulait être respectée pour son sens du devoir et son attitude irréprochable, et elle exigeait de sa famille immédiate qu'elle en fit de même. Si Anna Pavlovna était reine des Pays-Bas, elle est toujours restée dans l’âme une grande-duchesse russe .

     

    http://vivamaxima.centerblog.net/rub-reines-consorts-.html

     

     

     

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    Selon la thèse officielle, tous les membres de la famille Romanov ont été massacrés dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg. Très vite, cette version devient contestée par de nombreux enquêteurs. Si tout le monde s'accorde à dire que le Tsar a bel et bien été tué, ce ne serait pas le cas pour sa femme et ses enfants. Dès lors, des thèses plus ou moins crédibles circulent affirmant la survie d'un ou plusieurs membres de la famille Romanov. Parmi toutes ces thèses, un nom revient souvent : Anastasia. La plus jeune des filles Romanov aurait-elle survécu au drame ? Que sont devenues sa mère et ses sœurs ?

    Dans les jours qui suivent l'assassinat des Romanov, la mort de Nicolas fait la une de tous les journaux. On peut lire notamment : « Par cet acte de châtiment révolutionnaire, la Russie soviétique a donné un avertissement solennel à tous les ennemis qui rêvent du rétablissement du vieux tsarisme, ou même qui osent lui porter atteinte les armes à la main ». L'article précise par ailleurs que « la femme et le fils de Nicolas Romanov ont été mis en lieu sûr ». Ainsi, la première version des bolcheviques est que seul le Tsar aurait été exécuté. Qu'en est-il réellement ?

     


     

    La remise en cause de l'enquête Sokolov


    Nicolas Sokolov est le magistrat qui a enquêté sur la disparition des Romanov.
    Le juge Nicolas Sokolov est l'enquêteur qui s'est vu confié pas les Blancs (les royalistes) l'enquête sur la disparition des Romanov. Il a très vite conclu à l'assassinat de toute la Famille impériale... Peut-être trop vite selon ses détracteurs ! En 1924, il publie ses conclusions dans un ouvrage « Enquête judiciaire sur l'assassinat de la Famille impériale russe » où il ne laisse aucun doute quant au destin du Tsar et des siens : absolument personne n'a survécu au drame. Cette conclusion aussi tranchée est très étonnante lorsque l'on sait que le juge n'a retrouvé aucun corps. Sokolov trouve cependant une explication : les corps auraient été dissous dans de l'acide, puis les restes brûlés et dispersés aux quatre vents. Cette explication ne tient cependant pas : il est impossible de détruire complètement des corps de cette manière à l'air libre, et notamment les dents. Or, aucune dent n'a été retrouvée alors que onze corps sont censés avoir été détruits. Les seules preuves matérielles qu'il retrouve sur le lieu de la « destruction » des corps démontrent bien qu'il y a eu un meurtre, mais elles ne peuvent en aucun cas montrer que tous les Romanov ont été tués. En effet, les enquêteurs remontent du puits de mine un doigt de femme, des lambeaux de peau, une boucle d'oreille, quelques dents artificielles, des restes de bijoux, six baleines de corsets, un dentier, des boutons et d'autres menus objets. Mais aucun corps.

     

     

    L'absence de corps ne démonte cependant pas l'argumentation du juge et il reconstitue les pièces du puzzle à l'aide de ces objets. Pour lui, la présence des six baleines de corsets calcinées démontre que six femmes ont bien été tuées, à savoir l'impératrice, ses quatre filles et sa femme de chambre. Quant au doigt de femme, il appartiendrait à l'impératrice et le dentier au docteur Botkine. Surtout, il remonte du puits un chien : Jemmy, le Cavalier King-Charles d'Anastasia en bon état de conservation... Près d'un an après sa mort officielle ! Les partisans de la survie des femmes de la famille Romanov voient là une manipulation pour accréditer le massacre collectif : un an après sa mort, il ne devrait plus rester que des ossements du petit chien. Une explication autre que la manipulation peut cependant être apportée. En effet, l'enquête du juge Sokolov a débuté au printemps 1919, juste après la fin des gelées du long hiver sibérien. Or, le petit Jemmy se trouvait dans le puits de mine à moitié rempli d'eau, comme déjà énoncé dans la page consacrée au drame des Romanov. L'eau se serait donc tout naturellement transformée en glace, d'où le bon état de conservation du compagnon préféré d'Anastasia.

     

     

    Cadavre de Jemmy, le petit chien d'Anastasia, retrouvé par le juge Sokolov au printemps 1919.

     

    Le point le plus contestable de l'enquête Sokolov est le télégramme du 17 juillet 1918 envoyé à Moscou par Alexandre Biéloborodov, président du Soviet régional de l'Oural, et retrouvé par les troupes Blanches à Ekaterinbourg. Il s'agit d'un message codé constitué de chiffres et décrypté de cette manière : « Dire à Sverdlov que famille a subi le même sort que son chef officiellement famille mourra pendant évacuation ». Pour Sokolov, ce télégramme est la preuve la plus accablante du massacre de la Famille impériale par les révolutionnaires. Pourtant, on peut s'étonner que les bolcheviques aient laissé une telle preuve à la portée des enquêteurs. Summers et Mangold, dans leur ouvrage « Le dossier Romanov », estiment que ce télégramme est un faux et a été fabriqué par les troupes Blanches dans le but de discréditer les révolutionnaires. En outre, suite à des expertises graphologiques, les deux auteurs ont pu établir que la signature du télégramme n'est pas celle Biéloborodov. Par ailleurs, les témoignages récoltés par Sokolov sur le déroulement de la nuit du 16 au 17 juillet 1918 sont souvent contradictoires. Ces éléments permettent, selon certains auteurs, à affirmer que l'enquête de Sokolov a été montée de toute pièce. Pour eux, tous les Romanov n'auraient pas été tués.


    Les raisons de la survie d'une partie de la Famille impériale :

     

    Face à ces incohérences dans l'enquête Sokolov, on peut se demander si tous les Romanov ont bien été tués. Il est établi avec certitude que plusieurs proches de la Famille impériale ont été exécutés par les révolutionnaires, telle Élisabeth, la sœur d'Alexandra, ou Michel, le frère de Nicolas II. Il y avait donc une véritable volonté des communistes de mettre à mort tous les anciens symboles de la Monarchie. A partir de cette constatation, pour quelle raison les révolutionnaires auraient épargné une partie de la Famille impériale ?

    Si l'Angleterre et la France ont refusé d'accueillir la Famille impériale sur leur territoire, l'Allemagne, en revanche, aurait essayé de sauver les princesses Romanov. En effet, tandis que les bolcheviques voulaient mettre fin coûte que coûte à la guerre contre l'Allemagne, l'empereur allemand Guillaume II aurait cherché à sauver sa cousine, l'impératrice Alexandra ainsi que ses enfants. Riezler, conseiller d'ambassade, à la suite d'un entretien avec Radek, chef du département des Affaires étrangères, écrit à Berlin : « Personnellement, Radek estime que si nous portons un intérêt particulier aux femmes de la Famille impériale qui sont d'origine allemande, elles pourraient être autorisées à quitter le pays ». Pour certains auteurs, la remise aux allemands de l'impératrice et de ses filles aurait été convenue lors du traité de Brest-Litovsk, qui a instauré une paix séparée entre l'Allemagne et la Russie soviétique. Cependant, on peut se demander si le Kaiser a vraiment agi pour sauver les Romanov. En effet, sur le front ouest, l'Allemagne subissait de plus en plus de défaites. A Berlin, la colère commençait à gronder face à cette guerre interminable. Du fait de tous ces événements qui ébranlaient la monarchie allemande, Guillaume II avait sans doute des préoccupations plus importantes que de sauver à tout prix la vie de sa famille russe.

    L'empereur Guillaume II et les Romanov. Au second plan, de gauche à droite : Alexis, Guillaume II, Olga, Alexandra et Nicolas II. Au premier plan : Maria, Anastasia et Tatiana. L'empereur allemand, cousin de la Tsarine, a-t-il vraiment tenté de sauver Alexandra et ses quatre filles ?

     

     

    Cependant, suite à des discussions, un membre du comité central propose d'échanger les femmes de la famille Romanov contre Karl Liebnecht, un chef révolutionnaire emprisonné par les allemands. Officiellement, les négociations prennent fin suite au massacre de la famille. Pourtant, en octobre 1918, Karl Liebnecht est libéré. Pour les théoriciens de la survie d'une partie de la famille Romanov, ce geste ne peut être lié qu'à la libération secrète d'Alexandra et de ses filles. Elles auraient ainsi constitué « le premier échange Ouest-Est de l'histoire » selon les termes de Marc Ferro. Cependant, rien ne peut affirmer que Karl Liebnecht ait bien été échangé contre des membres de la Famille impériale.

     

    Le silence de l'impératrice et de ses filles :

     

    Le traité de Brest-Litovsk a été très critiqué par les socialistes révolutionnaires qui voyaient là une énième trahison du gouvernement envers les paysans. C'est dans ce contexte que le comte Mirbach, l'ambassadeur d'Allemagne à Moscou, est assassiné par les socialistes révolutionnaires le 6 juillet 1918. Dès lors, le nouveau gouvernement communiste est confronté à une double menace : l'Allemagne à l'extérieur et les socialistes révolutionnaires à l'intérieur. En effet, si les socialistes révolutionnaires se montraient de plus en plus hostiles à la politique de Lénine, le récent assassinat de l'ambassadeur allemand pouvait servir de prétexte à l'Allemagne pour envahir la Russie soviétique. Cependant, Lénine avait encore une carte à jouer : celle des Romanov. En libérant l'impératrice et ses filles (« les princesses allemandes » comme les appelle l'ambassadeur d'Allemagne à Moscou), les bolcheviques pouvaient espérer éviter des représailles de l'Allemagne. Mais c'est sans compter sur le fait que les socialistes révolutionnaires, les ennemis de l'intérieur, réclamaient l'exécution de Nicolas II et de toute sa famille. Face à ce dilemme, une solution s'imposait : sauver l'impératrice et ses filles pour satisfaire les allemands et éviter des représailles, mais garder cette libération secrète pour ne pas provoquer la colère des socialistes révolutionnaires.
     
     
    Cette hypothèse reviendrait à une véritable trahison de la part de Lénine, qui aurait en secret épargné une partie de la famille du « bourreau couronné ». Mais cette solution n'était pas seulement inadmissible pour les bolcheviques, elle l'était également pour les Blancs. En effet, le sauvetage d'une partie de la famille Romanov par l'Allemagne, patrie d'origine d'Alexandra, aurait confirmé qu'il existait un lien entre la Famille impériale et l'ennemi allemand. En outre, la mort de tous les Romanov servait plus aux Blancs que leur survie : les bolcheviques devenant ainsi des monstres qui n'hésitaient pas à tuer des enfants pour asseoir leur pouvoir. D'ailleurs, Wilton, un partisan des Blancs, dit un jour au député français Lasies : « Commandant Lasies, même si le Tsar et la Famille impériale sont vivants, il est nécessaire de dire qu'ils sont morts ». Au besoin, les Blancs étaient prêts à trafiquer les indices pour arriver à la conclusion du massacre et ainsi discréditer définitivement le régime communiste aux yeux du monde entier.

    Si l'impératrice et ses filles ont effectivement survécu, il est cependant très étonnant qu'aucune d'elles n'ait jamais revendiqué son identité, mise à part Anastasia. Les auteurs qui croient en la survie des cinq femmes se sont penchés sur la question et expliquent ce silence par la peur de représailles.
    Lénine a-t-il permis la libération secrète de l'impératrice et ses filles ?

     

     

    En effet, beaucoup de membres de la Maison impériale ayant été tués par les bolcheviques, l'impératrice et les Grandes-duchesses auraient préféré garder le silence à jamais plutôt que de subir le même sort funeste. Mais cette explication n'est pas très convaincante : les bolcheviques n'avaient aucune raison de pourchasser et tuer la femme et les filles du Tsar puisque ce sont eux qui les auraient libéré. En outre, l'impératrice douairière Marie Feodorovna et les Grandes-duchesses Olga et Xénia Alexandrovna, la mère et les sœurs de Nicolas II, ont toutes les trois réussi à prendre le chemin de l'étranger. Or, aucune représaille n'a jamais été diligentée contre elles par les bolcheviques. Pourtant, étant femme et filles de Tsar, elles représentaient le même symbole que l'impératrice Alexandra et ses quatre filles. De ce fait, si le silence des cinq femmes était nécessaire les premières années de leur exil, il ne l'était plus les décennies suivantes, les principaux protagonistes de la « disparition/évasion » des Romanov étant décédés (Lénine, Sverdlov et Yourovski notamment). Selon les théoriciens de la survie d'une partie de la Famille impériale, les Grandes-duchesses ne seraient décédées que dans les années 1970-1980. Or, comme démontré précédemment, elles n'avaient aucune raison de se taire aussi longtemps. Vraisemblablement, les femmes de la famille Romanov n'ont pas vécu aussi longtemps que certains veulent bien le prétendre...

    Cette constatation peut paraître assez étonnante car, comme nous l'avons vu, Lénine avait toutes les raisons d'épargner l'impératrice et ses filles. En outre, sous l'impulsion de Trotsky, il était prévu de conduire le Tsar à Moscou afin de le juger publiquement et de l'exécuter. Cependant, c'est sans compter sur les événements qui se déroulaient dans l'Oural en juillet 1918. Les troupes royalistes gagnaient du terrain, les révolutionnaires battaient en retraite. Le bastion bolchevique de l'Oural, Ekaterinbourg, était de plus en plus menacé par les contre-révolutionnaires. Or, c'est dans cette même ville que la Famille impériale était emprisonnée. Il n'était alors plus envisageable de conduire les Romanov à Moscou, car l'armée tsariste était en marche pour délivrer Nicolas II et sa famille. Pour les communistes, il n'y avait plus que deux issues possibles : soit laisser les Romanov aux mains des Blancs, ce qui était inconcevable, soit tous les exécuter. Officiellement, c'est la deuxième solution qui a été choisie. Cependant, une autre piste a été ouverte par certains enquêteurs : celle de Perm. A ce sujet, la femme du soldat Ivan Gouchtchine rapporte : « Dans la nuit du 17 juillet, un chauffeur avait conduit le Tsar à la gare. De là, on l'avait expédié à Perm dans le but de le remettre aux mains des allemands ».


    La piste de Perm

     

    Centre-ville de Perm.

     

     

    La piste du transfert d'une partie de la Famille impériale à Perm le 17 juillet 1918 a été corroborée par plusieurs témoignages. Un mystérieux train aurait notamment été aperçu en gare d'Ekaterinbourg II le 17 juillet. Officiellement, il contenait de l'or qui devait être évacué vers Perm afin d'éviter que les troupes blanches, qui s'approchaient de plus en plus d'Ekaterinbourg, ne mettent la main sur ces richesses. Cependant, pour certains, cet « or » ne serait qu'un nom de code pour désigner les membres survivants de la Famille Romanov. Sir Charles Eliott, haut-commissaire britannique en Sibérie, écrit au Foreign Office : « Dans la nuit du 16 juillet 1918, un train aux fenêtres soigneusement fermées et voilées quitta Ekaterinbourg à destination de Perm... Il y a tout lieu de croire qu'il transportait les membres survivants de la famille impériale... ». Cette même information est rapportée par Fedor Ivanov, un coiffeur situé à proximité de la gare d'Ekaterinbourg, mais aussi par deux cheminots, Alexandre Samoïlov et Mikhaïl Lozovski.

    Cette thèse du transfert de la Famille impériale en train vers Perm est appuyée par plusieurs auteurs, tels Anthony Summers et Tom Mangold, ou plus récemment par Marc Ferro et Michel Wartelle. En revanche, pour l'historien Nicolas Ross, si ce train mystérieux transportait bien des prisonniers, il ne s'agissait pas des Romanov, mais d'une partie de leurs domestiques qui ont été emprisonnés à l'écart de la Famille impériale. Il s'agissait plus particulièrement d'Alexis Volkov, de la comtesse Anastasia Gendrikova, de Catherine Schneider et des membres d'une mission Serbe, avec à sa tête la princesse Hélène de Serbie. Après le massacre des Romanov, les douze prisonniers ont été transférés à Perm où ils ont tous été exécutés dans la nuit du 22 août 1918, à l'exception d'Alexis Volkov qui a réussi à s'enfuir. Cette hypothèse semble tout à fait crédible et expliquerait donc la présence de ce train en gare d'Ekaterinbourg.

    Ernest de Hesse-Darmstadt, frère de l'impératrice Alexandra.

    A l'automne 1918, le frère d'Alexandra, Ernest de Hesse-Darmstadt, envoie un télégramme à sa famille de Suède destiné en réalité à sa sœur Victoria, marquise de Milford Haven, à défaut de pouvoir communiquer directement avec elle (Ernest étant prince allemand et Victoria étant marquise anglaise). La Suède se charge donc de transmettre l'information à Victoria : « Ernie vient de télégraphier qu'il a appris de deux sources dignes de foi qu'Alix et tous les enfants sont vivants ». En outre, sur la question du sort des Romanov, Tchitchérine, commissaire aux affaires étrangères, répond : « Pour autant que je sache, la Tsarine et ses filles ont été emmenées à Perm. ».

    A Perm, plusieurs personnes affirment avoir vu vivantes l'impératrice et ses quatre filles, détenues dans la maison Berzine dans des conditions bien plus horribles qu'à Ekaterinbourg. Venue retrouver son mari, la femme d'un garde rouge, Glafira Malicheva témoigne : " [...] J'ai vu une jeune fille descendre l'escalier : pas grande, plutôt de taille moyenne, avec les cheveux coupés et des lunettes à monture dorée, des cheveux blonds avec un reflet roux. Elle était maigre, pâle, elle semblait éreintée et en mauvaise santé. Elle est passée très vite..."

    Selon elle, il s'agissait à n'en pas douter de l'une des filles de Nicolas II. Deux points permettent cependant de remettre en cause ce témoignage : aucune des quatre sœurs ne portait de lunettes et aucune d'elles n'était blonde avec des reflets roux.

     

    La fuite d'Anastasia

    Alors que l'impératrice et ses filles seraient détenues à Perm, l'une d'elles tente de s'évader : il s'agit d'Anastasia. Elle est rattrapée par les Rouges, battue et sans doute violée. Pavel Outkine, le médecin chargé de soigner la blessée, témoigne : « Moi, docteur Outkine, fus appelé d'urgence, le soir, vers 5-6 heures pour une aide médicale. Entrant dans le local, je vis sur le divan, à demi consciente, à part, une jeune fille, bien en chair, les cheveux ras. Auprès d'elle se trouvaient quelques individus […]. Parmi tous ces hommes, il y avait aussi une femme, de 22-24 ans environ, modérément nourrie, blonde. A ma demande, tous les hommes s'éloignèrent. La femme resta, expliquant que, femme, elle ne pouvait gêner. Moi, médecin, je sentis très bien qu'elle jouait un rôle de mouchard. A la question : « Qui êtes-vous ? », la malade leva la tête et dit tout doucement : « Je suis la fille du souverain, Anastasia. » Puis elle perdit connaissance. »

    Pour le docteur Outkine, cette jeune fille ne pouvait être qu'Anastasia. Lors de son enquête, Sokolov présente à Outkine quatre photographies représentant Anastasia seule ou en groupe. Il ne reconnut pas Anastasia sur une photo de 1916, où elle posait seule. Il désigna deux fois Tatiana à la place d'Anastasia sur des photos de groupe, alors que les deux sœurs ne se ressemblaient pas du tout. Il ne désigna donc correctement Anastasia qu'une seule fois, sur la quatrième photo. Face à cette constatation, on peut honnêtement douter que le docteur Outkine ait bien soigné la quatrième fille du Tsar. Enfin, il est à noter que lors de son interrogatoire par les enquêteurs, Outkine avait un comportement proche de l'hystérie. Peut-être essayait-il en réalité de se convaincre lui-même qu'il avait eu l'honneur de soigner une Romanov...

    En relisant sa déposition, le docteur Outkine a précisé que la jeune femme n'avait pas dit « Je suis la fille du souverain, Anastasia », mais « Je suis la fille du chef, Anastasia ». Selon certains auteurs, c'est cette même personne qui serait réapparue à Berlin sous les traits d'Anna Anderson, la célèbre femme qui proclamait être Anastasia... Cependant, Constantin Savitch tranche clairement la question et prouve que la jeune femme arrêtée par les gardes rouges dans la forêt n'était en aucun cas la quatrième fille de Nicolas II : « Les bruits qui circulaient au sujet de la survivance des Grandes-duchesses furent particulièrement persistants. Il faut certainement chercher leur origine en Russie. C'est de là qu'ils pénétrèrent en Europe. La Grande-duchesse Hélène Pétrovna a raconté personnellement à la princesse Orlov-Davidov que, pendant son incarcération à Perm, le chef de la prison lui avait amené une jeune fille dont le nom véritable était Anastasia Romanov, pour qu'elle constatât si c'était bien la Grande-duchesse Anastasia, car on disait qu'elle avait pu prendre la fuite. On découvrit que la jeune fille en question était la fille du chef de la gare d'une petite station de chemin de fer ». De quoi casser le mythe de la fuite d'Anastasia...

    Quoi qu'il en soit, à partir de cette date, il n'y aurait plus que quatre femmes détenues à Perm : l'impératrice et ses trois filles aînées.

    Anastasia n'est donc pas la jeune femme capturée à Perm.

    Une infirmière témoigne : « Il y avait quatre matelas par terre, sur lesquels étaient allongées la tsarine et trois de ses filles, dont deux avaient les cheveux coupés et portaient des fichus. L'une des filles était assise sur sa paillasse. J'ai noté qu'elle regardait mon frère avec mépris. Sur les matelas, en plus des oreillers, il y avait des capotes militaires et, sur celui de la Tsarine, il y avait un petit coussin en plus de la capote ». Mais quel crédit apporter à ce témoignage ? En effet, selon Marcel Godfroid, cette infirmière serait « une cocaïnomane notoire […] (qui) recevait sa drogue des enquêteurs pour prix de ses informations ». Ce témoignage est donc, encore une fois, à prendre avec précaution. La piste de Perm s'arrête ici.

     

    Et Après ?

     

    L'impératrice et ses filles en 1913. De gauche à droite, Olga, Tatiana et Anastasia. Au premier plan, Alexandra et Maria. Que sont-elles devenues après la "piste" de Perm ?

     

    Il faudra attendre les révélations d'un certain Alexis Durazzo, prince d'Anjou, avant de savoir ce que sont devenues les « survivantes » de la maison Ipatiev après leur détention à Perm. En effet, à la mort de sa grand-mère en 1970, celle-ci lui aurait confié son testament à n'ouvrir que dix ans après sa mort. A son ouverture, on apprendra qu'elle prétendait être en réalité la Grande-duchesse Maria Nicolaïevna, la troisième fille du tsar Nicolas II. Suite à l'exécution de Nicolas II et d'Alexis, l'impératrice et ses filles auraient été transférées à Perm et incarcérées dans la maison Berzine. Au mois de septembre, les prisonnières sont séparées : tandis que Maria et Anastasia sont toujours détenues dans la maison Berzine, Alexandra, Olga et Tatiana sont internées dans un couvent des environs de Perm. A la mi-septembre, Anastasia s'enfuit et Maria se retrouve donc seule dans la maison Berzine. Sur les ordres de Biéloborodov, la jeune fille est autorisée à rejoindre sa mère et ses deux sœurs.

     

    L'incarcération de l'impératrice et de ses trois filles aînées à Perm s'achève le 6 octobre 1918. Biéloborodov annonce aux quatre femmes qu'elles seront transférées à Moscou, mais qu'elles doivent se séparer pour faciliter le transport. Après des supplications, Alexandra est autorisée à voyager avec Tatiana. Olga et Maria sont donc contraintes à voyager seules. Avant de se séparer, Maria aurait dit à Olga en anglais : « Qu'importe à présent. Plus rien de pire ne peut arriver. Que la volonté de Dieu soit faite ! »

    Après leur départ de Perm, Alexandra se serait retirée dans un couvent à Florence (en Italie) et y meurt en 1942. Olga aurait vécu sous le nom d'emprunt Marga Boodts et meurt en 1976 en Italie, sans aucune descendance. Après son évacuation vers la Roumanie, Maria épouse le prince Nicolas Dolgorouky en 1919, avec qui elle aura deux filles : Olga-Béata et Julia-Yolande. Elle meurt en 1970 des suites d'un cancer des intestins. Tatiana aurait été évacuée vers l'Angleterre et aurait pris le nom de Marguerite Lindsay. Dès lors, on perd la piste de la jeune femme. Quant à Anastasia, elle serait devenue Anna Anderson, l'inconnue de Berlin. Pour en savoir plus sur le destin de ces femmes, des pages leurs sont consacrées un peu plus haut.

     

    Les Grandes-duchesses "Maria" (au centre) et "Olga" (à droite), respectivement grand-mère et grand-tante d'Alexis Brimeyer (alias Alexis Durazzo) vers 1958 à Antibes. En réalité, il y a tout lieu de croire que ces femmes sont en fait ses tantes ou grands-tantes Brimeyer plutôt que les filles du Tsar.

     

    Alexis Brimeyer (1946-1995), alias Alexis Durazzo, est un mystificateur qui s'est fait passer pour le petit-fils de Maria Nicolaïevna.

    Malgré les récentes découvertes, cette thèse est encore défendue par quelques historiens, tels Marc Ferro ou Michel Wartelle. Comme démontré tout au long de cette page, la théorie de la survie des femmes de la famille Romanov souffre cependant de nombreuses lacunes. En outre, si le testament de la grand-mère d'Alexis Durazzo a été constaté par acte notarié, rien ne prouve qu'il a bien été rédigé par la troisième fille de Nicolas II. Par ailleurs, Alexis Durazzo (« Moi, Alexis, arrière-petit-fils du Tsar ». Fayard, 1982) dévoile l'histoire de sa « grand-mère » après la sortie du célèbre ouvrage d'Anthony Summer et Tom Mangold (« Le dossier Romanov ») qui rassemble une quantité impressionnante de documents semblant prouver la survie des femmes de la Famille impériale. A partir de ces documents, il était aisé pour cet « héritier » de construire une histoire plausible.

    L'élément qui vient mettre un point définitif à l'histoire de ce « petit-fils » de la Grande-duchesse Maria est l'identité même de cet homme : Alexis Durazzo s'appelait en réalité Alexis Brimeyer, un citoyen belge connu pour avoir usurpé de nombreux titres européens. Il s'est ainsi proclamé prince d'Anjou Durazzo (par son père) et prince Romanov-Dolgorouky par ses « grands-parents » : Maria Nicolaïevna (troisième fille de Nicolas II) et Nicolas Dolgorouky (prince Dolgorouky).
    Or, comme Maria, Nicolas Dolgorouky a été exécuté par les bolcheviques lors de la révolution. En 1992, Alexis Brimeyer s'est également proclamé héritié du trône de Serbie. Il décède à Madrid, en 1995. Au final, ce « petit-fils » de Maria n'était sans doute qu'un mystificateur. Pourtant, quelques historiens le reconnaissent encore comme un descendant de Nicolas II. Rien de bien sérieux...
     

    L'absence de ressemblance avec les filles de Nicolas II ?

    La ressemblance entre ces prétendantes et les filles de Nicolas II est une question essentielle qui est pourtant occultée par la plupart des ouvrages sur le sujet. Nous possédons les photographies de trois femmes qui seraient en réalité Olga, Maria et Anastasia selon certains auteurs, tels Marc Ferro et Michel Wartelle. Cependant, force est de constater que la ressemblance entre les trois femmes et les Grandes-duchesses n'est pas frappante. Les épreuves de la vie changent physiquement une personne, mais les traits fondamentaux demeurent. Or ici, les « survivantes » de la Famille impériale ne ressemblent pas vraiment aux filles du Tsar. Bien plus fiables que des témoignages, les photographies semblent prouver, à mon sens, que ces femmes ne peuvent pas être les quatre sœurs Romanov... Je vous laisse ici vous faire votre propre opinion sur le sujet.

     

    Marga Boodts et Olga Nicolaïevna. Les mémoires de Marga Boodts ont été retrouvées en 2012 dans les archives du Vatican par la journaliste américaine Marie Stravlo et publiées en espagnol sous le titre « Je suis vivante : les mémoires inédites de la dernière Romanov ». Ces mémoires devraient être traduites prochainement en français.

     

    Cécile Czapska et Maria Nicolaïevna. La "comtesse Czapska", puis Di Fonzo, est la grand-mère d'Alexis Brimeyer, un célèbre mystificateur du XXème siècle. Il prétendait que sa grand-mère était en réalité la grande-duchesse Maria. Mais dès lors, quel crédit donner à ses allégations ?



    Anna Anderson et Anastasia Nicolaïevna. Anna Anderson est la femme qui a rendu célèbre Anastasia en se proclamant être la quatrième fille de Nicolas II. C'est sans doute la prétendante qui a rassemblé le plus de partisans au cours du XXème siècle, alors même que sa ressemblance avec Anastasia n'est pas frappante. En effet, elle ressemblait plus à Tatiana, sans toutefois posséder sa beauté. En 1994, les tests ADN ont finalement prouvé qu'Anna Anderson n'était pas Anastasia, ni même un membre de la famille Romanov.

     

     

     

     

    SOURCES

    Excellent blog - d'un passionné -

    http://www.les-derniers-romanov.com/une-version-contestee.php

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Petites histoires de l'Histoire - Raspoutine -

     

     

    Qui était vraiment Raspoutine ?

     

     

     

    Le 16 décembre 1916, le prince Ioussoupov et le grand-duc Dimitri Pavlovitch décident de mettre fin à la vie de Grigori Raspoutine, moine débauché, entré dans les faveurs de la famille impériale en raison de ses pouvoirs de guérisseur.

     


    Réputé pour faire des miracles, Raspoutine n’était-il qu’un moujik ivrogne mais intelligent ou un vrai guérisseur aux pouvoirs hors du commun ?

     

    File:Gorskii 04663u.jpg 

    Pokrovskoïe, le village de Sibérie où serait né Raspoutine. Photo de 1912. 

    (photo de Sergueï Prokudin-gorski)

      

      

    Les débuts de Raspoutine

      

    Grigori Iefimovitch Raspoutine dit Raspoutine est né probablement en 1869. Il vient d’un petit village sibérien qu’il a quitté pour se consacrer à la religion, à la méditation et à l’errance. Après quelques années de ces vagabondages, il acquiert une réputation de saint homme (starets) et de guérisseur. (Starets ou stariets (mot russe signifiant vieillard. Dans l’ancienne Russie, saint moine ou ermite, considéré par le peuple comme prophète, ou thaumaturge.)

     

     

     

     

    Raspoutine

     

     

     

    En 1904, il quitte la Sibérie pour se rendre à Saint-Pétersbourg et vient demander l’hospitalité à l’Académie de théologie.
    L’évêque Hermogène et le grand prédicateur Illiodore sont séduits par sa foi et favorisent son entrée dans la société de la capitale.

     

     

     

    Dès lors, Raspoutine commence à faire parler de lui. Il est réputé pour faire des miracles mais également pour être l’initiateur de nombreuses débauches.

     

     

     

    Le faiseur de miracles

      

    La cour du tsar Nicolas II vit un drame familial. Le tsarévitch, Alexis, unique héritier de la couronne, est atteint d’hémophilie, maladie incurable à l’époque.

     

     

     

    La réputation de Raspoutine est arrivée aux oreilles de la tsarine Alexandra. Par amour pour son fils, elle convoque le moine guérisseur.

     

    File:Alexei Nikolaevich, Tsarevich of Russia 02.jpg 

     Alexis

     

    On sait de source sûre que Raspoutine a, à plusieurs reprises, atténué les souffrances du garçon. Il a également réussi à stopper plusieurs hémorragies qui auraient dû être fatales. Il le sauvera encore lors de graves hémorragies en 1912 et 1915. Aussi est-il vénéré par l’impératrice comme l’« homme de Dieu » voué à sauver son fils et la Russie.

     

     

     

     

    Le tsar Nicolas II avec sa femme et le jeune Alexis

     

     

     

    Chaque fois que Raspoutine se rend au chevet de l’enfant, on assiste à une nette amélioration de son état de santé. Difficile de parler de simple coïncidence.

     

     

     

    Nul ne sait quelle technique utilise Raspoutine. Une chose est certaine, son influence sur la tsarine et sur la Cour est de plus en plus importante.

     

     File:Rasputin et ses enfants.jpg

     

    Grigori Raspoutine et ses trois enfants : Maria, Varvara et Dimitri. 

      

      

    Un mystique débauché

      

    La famille impériale voue à Raspoutine une telle amitié qu’on commence à le surnommer le « tsar au-dessus des tsars ». Cependant Grigori Raspoutine abuse cyniquement de bon nombre de ses admiratrices ou des solliciteuses et s’adonne de plus en plus ouvertement à la débauche.
    Tout en abusant des jolies filles, il leur parle de Dieu et de la rédemption.

     

     

     

    Cette vie de débauche bien connue ne l’empêche d’ailleurs nullement d’avoir autour de lui une cour féminine prête à tout pour lui.

     

     

     

    L’appartement de Raspoutine devient le lieu de passage obligé de toutes les sollicitations possibles provenant des personnages les plus importants.

     

     

     

     

    Raspoutine entouré d'une cour féminine - Image De Selva Tapabor

     

     

     

    En 1916, le président du conseil Sturmer et le ministre de l’intérieur Protopopov participent aux séances de spiritisme qu’il organise régulièrement.

     

     

     

    Attaqué par la presse, il est l’objet d’une discussion à la douma en 1912, mais les diverses démarches pour faire comprendre à Nicolas II les risques qu’encourt le régime du fait de ses relations avec le prétendu homme de Dieu demeurent vaines.

     

     

     

    La haine qu’il inspire est très probablement à l’origine du mythe de l’omnipotence qu’on lui prête. Si la tsarine est à ses ordres, le Tsar ne tient en réalité pas compte de ses conseils.

     

     

     

    Un assassinat programmé

     

     

     

    En 1916, les défaites de la Russie au front et la décomposition de l’Etat suscitent une grande indignation dans tout le pays.

     

     

     

    Tout va mal et le responsable est tout de suite trouvé. C’est la mauvaise influence de Raspoutine sur le Tsar qui provoque ces désastres.
    La défaite de l’armée s’explique, selon l’opinion publique, par le fait que Raspoutine est vendu à l’Allemagne.

     

     

     

    Raspoutine devient un monstre à abattre. C’est le jeune prince de 19 ans, Felix Ioussoupov, qui va se charger de cette mission.

     

     

     

    Le 29 décembre 1916, il invite Raspoutine chez lui sous le prétexte de lui présenter une femme pour laquelle il languit depuis longtemps. Avec ses complices, le prince fait préparer des gâteaux imprégnés d’une dose de cyanure capable de tuer 20 personnes et verse en supplément ce poison dans le verre destiné à l’invité.

     

     

     

     

    Le Tsar Nicolas II

     

     

     

    Arrivé chez le prince, Raspoutine mange et boit. En principe, une telle dose de cyanure aurait dû le tuer en quelques minutes mais il continue à se porter comme un charme pendant plus de deux heures.

     

     

     

    Le prince est à bout tandis que le moine redemande à boire. Décidé à en finir, Ioussoupov prend son revolver et tire à bout portant.
    Juste après la détonation, les complices arrivent accompagnés d’un médecin. Ce dernier examine le corps mais Raspoutine est toujours vivant.

     

     

     

    Enfin, il cesse de respirer et le corps est descendu au sous-sol du palais. Mais, quelques minutes après, Raspoutine se relève et tente d’étrangler le prince.

     

     

     

    Il faudra quatre nouvelles balles et des coups de matraque qui lui défoncent le crâne pour que Raspoutine cesse de se débattre.

     

     

     

    Les conjurés enveloppent alors le corps et le jettent dans la Neva.

     

     

     

    Quand on découvrira le cadavre dans l’eau, on constatera que Raspoutine était toujours en vie quand il a été jeté dans le fleuve. En réalité, il est mort noyé.

     

     

     

    Il est certain que cette endurance vraiment exceptionnelle a contribué au mythe du surhomme.

     

     

     

    Raspoutine était-il insensible au poison ? .

    Une chose est sûre, il possédait une constitution hors du commun.

     

     

     

     

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    Princess Tatyana Alexandrovna Yusupova by Franz Xavier Winterhalter, 1858

    Princess Tatyana Alexandrovna Yusupova by Franz Xavier Winterhalter, 1858

     

     

     

     

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    Russie

    Vie et mort d'un immense empire

     


    La Russie est aujourd'hui le plus vaste État de la planète (17 millions de km2), à cheval sur l'Europe orientale et l'Asie septentrionale, mais avec seulement 140 millions d'habitants (2008), soit une densité de 8 habitants au km2, elle est loin d'en être le plus peuplé !

    Cette population, à 80% de langue russe et de tradition orthodoxe, tend à diminuer d'environ un million d'habitants par an, du fait de la dénatalité et des mauvaises conditions d'hygiène. Cette situation si particulière est l'aboutissement d'une histoire particulièrement violente.

    Revanche sur les Mongols

    Après la terrible invasion mongole du début du XIIIe siècle, les populations russes dispersées dans les plaines d'Europe orientale reconquièrent lentement leur autonomie et se fédèrent autour du grand-duché de Moscovie (capitale : Moscou) et de ses souverains.

    Ivan IV le Terrible se donne le titre de tsar ou empereur et entame l'expansion de la Russie vers l'Est. Il conquiert en 1554-1556 les khanats tatars musulmans de Kazan et Astrakhan, sur la Volga. L'empire russe devient dès lors multinational et multiconfessionnel. En 1579, un Cosaque explore la Sibérie. C'est le début de la poussée russe vers l'Asie. Cette poussée est informelle. Elle est le fait d'aventuriers, de marchands de fourrures et de paysans qui fuient le servage.

    En 1640, sous la dynastie des Romanov, les Russes atteignent le fleuve Amour, aux limites de la Chine, et fondent la ville d'Iakoutsk, près du lac Baïkal. Catherine II intensifie la colonisation des terres vierges, au besoin en y installant des paysans allemands ! Au XIXe siècle, l'empire absorbe les khanats d'Asie centrale et dès lors, ses frontières ne bougent plus... Dans le même temps, la Russie s'étend aussi vers les mers chaudes. En 1787, elle annexe la Crimée, sur la mer Noire. Dans le Caucase, l'imam Chamil, chef de la rébellion tchétchène, fait sa reddition en 1859, consacrant la mainmise russe sur la région.

    Jusqu'au dernier tiers du XIXe siècle, les droits culturels des minorités sont respectés et les tsars exaltent l'empire de «toutes les Russies». À noter que les 2/3 de la noblesse ont une origine autre que russe ! Mais l'agitation anarchiste entraîne un durcissement du régime. Sous le règne des derniers tsars Alexandre III et de Nicolas II, on envisage non sans risque la «russification» des populations allogènes de l'Empire.

    Illusion bolchévique

    Lénine et les bolcheviques acceptent par principe l'autonomie voire l'indépendance des minorités de la «prison des peuples». Mais c'est une utopie : très vite, l'État bolchevique est dépassé par les mouvements d'émancipation et doit reconquérir par la force entre 1919 et 1922 les territoires sécessionnistes (sauf les Baltes).

    En théorie, les Républiques de l'URSS née en 1922 conservent le droit à la sécession. Dans les faits, elles se gardent de l'utiliser, en particulier parce que leurs frontières ont été dessinées de façon à mettre en concurrence en leur sein même des nationalités diverses, dont certaines ont été créées de toutes pièces par les bolcheviques.

    L'actuelle fédération de Russie contient à l'intérieur de ses frontières, tout à fait arbitraires, pas moins de 80 % de Russes (auxquels s'ajoutent 25 millions de Russes de l'extérieur, en Kazakhstan, Ukraine, Lettonie, Estonie...). Elle n'a jamais été aussi homogène même si Moscou reconnaît 89 «sujets» autres que russes (républiques autonomes...).

    Aujourd'hui, les Russes tendent à quitter les républiques turques d'Asie centrale mais aussi les provinces d'Extrême-Orient, pauvres, glaciales et sous-administrées. Ils se replient sur la Russie d'Europe.

    C'en est fini de la poussée pluriséculaire des Russes vers l'Asie !

      
      
    Joseph Savès
    Auteur
     
    sources
     
     
     

    La Russie coloniale

     

    La Russie est aujourd'hui le plus vaste État de la planète (17 millions de km2), à cheval sur l'Europe orientale et l'Asie septentrionale, mais avec seulement 140 millions d'habitants (2008), soit une densité de 8 habitants au km2, elle est loin d'en être le plus peuplé.

    Cette population, à 80% de langue russe et de tradition orthodoxe, tend à diminuer d'environ un million d'habitants par an, du fait de la dénatalité et des mauvaises conditions d'hygiène. Cette situation si particulière est l'aboutissement d'une histoire particulièrement violente.

    Revanche sur les Mongols

    Après la terrible invasion mongole du début du XIIIe siècle, les populations russes dispersées dans les plaines d'Europe orientale reconquièrent lentement leur autonomie et se fédèrent autour du grand-duché de Moscovie (capitale : Moscou) et de ses souverains.

    Ivan IV le Terrible se donne le titre de tsar ou empereur et entame l'expansion de la Russie vers l'Est. Il conquiert en 1554-1556 les khanats tatars musulmans de Kazan et Astrakhan, sur la Volga. L'empire russe devient dès lors multinational et multiconfessionnel. En 1579, un Cosaque explore la Sibérie. C'est le début de la poussée russe vers l'Asie. Cette poussée est informelle. Elle est le fait d'aventuriers, de marchands de fourrures et de paysans qui fuient le servage.

    En 1640, sous la dynastie des Romanov, les Russes atteignent le fleuve Amour, aux limites de la Chine, et fondent la ville d'Iakoutsk, près du lac Baïkal. Catherine II intensifie la colonisation des terres vierges, au besoin en y installant des paysans allemands !

    Au XIXe siècle, l'empire absorbe les khanats d'Asie centrale et dès lors, ses frontières ne bougent plus... Dans le même temps, la Russie s'étend aussi vers les mers chaudes. En 1787, elle annexe la Crimée, sur la mer Noire. Dans le Caucase, l'imam Chamil, chef de la rébellion tchétchène, fait sa reddition en 1859, consacrant la mainmise russe sur la région.

    Jusqu'au dernier tiers du XIXe siècle, les droits culturels des minorités sont respectés et les tsars exaltent l'empire de «toutes les Russies». À noter que les 2/3 de la noblesse ont une origine autre que russe ! Mais l'agitation anarchiste entraîne un durcissement du régime. Sous le règne des derniers tsars Alexandre III et de Nicolas II, on envisage non sans risque la «russification» des populations allogènes de l'Empire.

    Les tsars et les juifs

    Suite aux trois partages de la Pologne de la fin du XVIIIe siècle, la Russie qui, jusque-là, avait refusé tout établissement juif sur son territoire, devient l'un des pays avec la population juive la plus importante !

    À la fin du XVIIIe siècle, on y compte 700.000 à 800.00 juifs, soit 2% de la population russe et 1/3 de la population juive mondiale. Au fil du temps, l'administration tsariste constitue en Russie occidentale une zone de résidence où les juifs sont tenus d'habiter. En 1881, le régime considère les étudiants juifs comme responsable des débordements consécutifs à l'assassinat du tsar Alexandre II. Il s'ensuit de premiers pogroms encouragés, voire initiés, par les agents du gouvernement et la troupe.

    Illusion bolchévique

    Lénine et les bolcheviques acceptent par principe l'autonomie voire l'indépendance des minorités de la «prison des peuples». Mais c'est une utopie : très vite, l'État bolchevique est dépassé par les mouvements d'émancipation et doit reconquérir par la force entre 1919 et 1922 les territoires sécessionnistes (sauf les Baltes).

    En théorie, les Républiques de l'URSS née en 1922 conservent le droit à la sécession. Dans les faits, elles se gardent de l'utiliser, en particulier parce que leurs frontières ont été dessinées de façon à mettre en concurrence en leur sein même des nationalités diverses, dont certaines ont été créées de toutes pièces par les bolcheviques.

    L'actuelle fédération de Russie contient à l'intérieur de ses frontières, tout à fait arbitraires, pas moins de 80 % de Russes (auxquels s'ajoutent 25 millions de Russes de l'extérieur, en Kazakhstan, Ukraine, Lettonie, Estonie...). Elle n'a jamais été aussi homogène même si Moscou reconnaît 89 «sujets» autres que russes (républiques autonomes...).

    Aujourd'hui, les Russes tendent à quitter les républiques turques d'Asie centrale mais aussi les provinces d'Extrême-Orient, pauvres, glaciales et sous-administrées. Ils se replient sur la Russie d'Europe et sont remplacés par des immigrants chinois. La grande Russie des Romanov se réduit comme peau de chagrin et pourrait laisser la place à un nouveau «grand-duché de Moscovie».

    C'en est fini de la poussée pluriséculaire des Russes vers l'Asie.

     
     
    Joseph Savès 
    Auteur
     
    Sources
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
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    Michel Romanov est élu tsar de Russie

     


    Le 21 février 1613 (selon le calendrier julien (*) en vigueur en Russie), Michel Romanov est élu tsar de toutes les Russies sous le nom de Michel 1er.

     

    Michel Romanov (16 ans) élu tsar de Russie

     

    L'élection met un terme au «temps des Troubles» qui a vu la Russie occupée et pillée par les Polonais mais également les Suédois et les Tatares.

    Le nouveau tsar a tout juste 16 ans. Mais il est le fils du prestigieux patriarche de Moscou, Philarète, qui a combattu l'usurpateur Boris Godounov et les Polonais aux côtés des Cosaques. Prisonnier des Polonais, il fait figure de martyr et de saint protecteur.

    Les nobles russes apprécient sa parenté avec l'ancienne dynastie, issue de Riourik, un Varègue ou Viking originaire de Scandinavie. Cette dynastie s'était éteinte après la mort du tsar Ivan IV le Terrible.

    Ces atouts lui valent d'être choisi entre de nombreux candidats par le Zemski Sobor, l'assemblée des états généraux russes pour ceindre la couronne de Vladimir Monomaque, grand-prince de Kiev (XIIe siècle), à l'origine de la Russie impériale.

    Michel Romanov, qui vit avec sa mère au couvent Kostroma, n'accepte la charge de tsar que sur les instances de sa mère. Il gagne Moscou sous les acclamations de la population, impatiente d'en finir avec les désordres et les invasions étrangères.

    Il est couronné le 21 juillet 1613 dans la cathédrale de la Dormition, au Kremlin.

    Le nouveau tsar s'applique à en finir avec l'occupation étrangère. Pour reconstituer une armée, il impose les villes et opère des emprunts forcés auprès des riches marchands, lesquels sont pour la plupart des étrangers.

    En février 1617, il a la satisfaction de conclure la paix avec les Suédois, au prix d'un lourd tribut et de la perte de tout accès à la mer Baltique. celle-ci devient un «lac suédois».

    L'année suivante, il repousse les Polonais et conclut une trêve avec eux, ce qui lui vaut de retrouver son père Philarète. Ce dernier est aussi énergique et dur que son fils est doux et pieux. Se complétant à merveille, les deux hommes vont réussir à rétablir la paix civile en Russie en écartant tout esprit de vengeance, notamment à l'égard des boyards (nobles) qui ont collaboré avec l'occupant polonais.

     

    Michel Fédorovitch Romanov (21 juin 1596 - Moscou, 23 juillet 1645), gravure de la fin du XVIIe siècle, musée national russe, Moscou

     

    La naissance de l'autocratie

    Le tsar prend l'habitude de décider de tout en toute indépendance cependant que se restreint le droit d'intervention du Zemski Sobor. Ainsi se met en place l'autocratie (en grec, le «pouvoir d'un seul»), un régime caractéristique de la Russie des derniers siècles.

    Les paysans russes perdent leurs dernières libertés. Écrasés d'impôts, ils s'enfuient de leur village et gagnent l'étranger ou les marges orientales en voie de colonisation, à moins qu'ils ne se placent sous la tutelle d'un seigneur. Les seigneurs accueillent les fugitifs à bras ouverts car tous ont un besoin crucial de main-d'oeuvre.

    Philarète multiplie les décrets pour décourager les fuites. Il porte à quinze ans au lieu de cinq le délai après lequel un paysan fugitif peut bénéficier de la liberté. Ainsi la paysannerie russe va-t-elle peu à peu retomber dans le servage alors même que tout l'Occident s'en éloigne.

    En 1632, profitant des désordres occasionnés en Europe centrale par la guerre de Trente Ans et d'une mauvaise passe des Polonais, Michel 1er attaque ces derniers. Mais son armée se débande et est écrasée. L'humiliation est immense en Russie même si le tsar a la satisfaction d'être reconnu comme souverain par les ennemis.

    La personne du tsar acquiert un caractère sacré.

    En 1626, à 30 ans, après deux mariages inféconds, Michel 1er épouse Eudoxie Strechneva. Elle lui donnera dix enfants. L'avenir de la dynastie est assuré.

    La descendance de Michel Romanov règnera sur la Russie jusqu'à la Révolution de Février 1917.

     

     

    Alban Dignat
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    Au début du XIXe siècle, Ekaterinbourg rivalisa avec Perm pour la prééminence dans l'Oural ; si elle l'a emporté sur sa rivale traditionnelle, sa primauté est à son tour menacée par la croissance très rapide de Tcheliabinsk.

    Ekaterinbourg a été créée volontairement en 1721 par le géographe V. N. Tatichtchev, ancêtre de la première grande famille de maîtres de forges ouraliens. La découverte de gisements de minerais de cuivre dans le voisinage a très vite souligné l'intérêt d'un site urbain placé, par ailleurs, sur les rives boisées de la Tchoussovaïa, face au débouché d'un col donnant accès à la ville de Perm.

     

    Mais la principale voie conduisant les trappeurs de Moscou à la Sibérie passait alors beaucoup plus au nord et ce n'est qu'à la fin du siècle, lorsque fut tracée la grande route sibérienne allant de Perm à Tioumen, Tara et Tomsk, que la cité put tirer pleinement parti des avantages de sa situation.

    Un siècle plus tard, la première voie ferrée trans-ouralienne, venue de Perm, atteignait Ekaterinbourg quatorze ans avant que le Transsibérien ne parvienne à Tcheliabinsk.

     

     


    Vue de la retenue du barrage sur l'Isset avec la maison Sévastianov et la cathédrale Sainte-Catherine en 1910 (collection Prokoudine-Gorski).

     


    Le palais Rastorgouïev-Kharitonov devenu aujourd'hui le Palais des oeuvres des écoliers.



    2-- LA FIN DES ROMANOV

    Toute la famille se retrouve réunie à Ekaterinbourg le 23 mai 1918.

     


    On réquisitionne, pour les loger, la maison du citoyen Ipatiev.

     

    Dans cette maison résident 12 personnes : Nicolas II, Alexandra, Olga, Tatiana, Maria, Anastasia, Alexis, le Docteur Botkine, la femme de chambre, l'intendant, le cuisinier Kharitonov et son marmiton Sednev.

     

    Durant la détention de la famille impériale, la maison s’appela : « maison à destination spéciale ».

     


    La maison Ipatiev était une belle demeure, composée de deux étages.

     

    Nicolas et Alexandra avaient leur chambre qu’ils partageaient avec leur fils Alexis. Les quatre grandes duchesses vivaient toutes ensembles dans une chambre.

     

    Malgré la chaleur d’été, il leur était interdit d’ouvrir les fenêtres, qui avaient été passées à la chaux.

    Les domestiques racontèrent comment les conditions de vie se détérioraient dans la maison : « Les gardes se sont mis à voler, d’abord les objets de valeurs, ensuite le linge de maison et les chaussures. Le tsar ne le supporta pas et se mis en colère.

     

    On lui signifia brutalement qu’il était prisonnier et

    que ce n’était plus à lui qui de donner les ordres ».

     

     

    Tous les jours les choses empiraient. Au début, ils avaient le droit à 25 minutes de promenade, après on ne leur accorda plus que 5.

     

    Toute agitation était interdite. Les gardes se comportaient de façon odieuse avec les grandes duchesses. Elles n’avaient pas le droit d’aller aux toilettes sans être accompagné d’un garde et le soir on les forçait à jouer du piano.

     

    Le responsable des mauvais traitement infligé à la famille est le chef des gardes : Serguei Avdeïev. Brutal et vantard, il organisait des beuveries régulièrement dans le poste de garde. Il participait aussi au repas des Romanov et se comportait grossièrement à table.



    Plusieurs personnes essayèrent d’entrer en contact avec la famille de Nicolas II, sans succès. Cependant le docteur Dévevendo, médecin d’Alexis, fut autorisé plusieurs fois à visiter le jeune malade, qu’il trouva dans un état déplorable.

    Au mois de juin 1918, les religieuses du couvent de la ville obtinrent la permission d’offrir à Alexis des produits frais : lait, œufs, viandes et pâtisseries.

    La nuit du 16 Juillet 1918, Sur un ordre de Lénine , Le commissaire Iourovski fit descendre au sous sol la famille impériale.

     

     

    Prétextant une soi-disant photos avant transfert ,il les aligna sur deux rangs.
    Le tsar Nicolas II qui à son fils Alexis près de lui après l’avoir porté dans ses bras en entrant, la Tsarine , les quatres grandes duchesses, leur médecin de famille le docteur Botkine, la femme de chambre Demidova , l'intendant Troupp ainsi que le cuisinier Kharitonov .

    Le chef de la garde Pavel Medvedev et neuf membres de la Téchka entrent.

     

     

    Un acte d’accusation et de sentence de mort laconique leurs est lu, le Tsar se retourne vers sa famille , « ils ne savent pas ce qu’ils font » furent ses dernières paroles .

     

     

    Ils sont tous criblés de balles dans un délire meurtrier.

     

    Le jeune prince (13 ans) et les grandes duchesses ne sont pas tués sur le coup, ils sont achevés comme la femme de chambre, à grands coups de baïonnettes. Les grandes duchesses avaient des corsets dans lesquels des diamants et des rangées de perles étaient cousu . Leurs corps furent dénudés en forêt et les bijoux envoyés à Moscou !


    Le corps du Tsar est criblé à bout portant par tout les hommes qui vident leurs chargeurs .Le sol est couvert du sang de onze personnes assassinés.

    Le jeune marmiton ami du prince Alexis fut sauvé, il fut transféré sur ordre d’Iourovski avant le massacre alors qu’il était encore a jeun. Les minutes des témoignages consignés aux archives de Moscou montrent que la troupe était assez ivre ..

     

    Deux des lettons de la Tchéka auraient refusé d’appliquer l’ordre d’exécution ,ils auraient donc été remplacés et tout le monde aurait bu abondament .

    A 25 kilomètres de la ville à Ganina Yama les corps furent dépouillés,les visages passés à l’acide, brulés et jetés dans un puit de mine .
    Le 25 juillet, l’armée blanche atteint Ekaterinbourg pour libérer la famille impériale. Trop tard.




    En 1991 Boris Eltsine, le premier président russe, a ordonné d'exhumer les restes et le processus d'identification à commencé. Beaucoup de groupes d'experts (russes, anglais et américains) ont examiné ces restes à l'aide de tests ADN pendant 10 ans et, ils ont conclu que les os appartenaient bien à Nicolas II, Alexandra, Olga, Tatiana, Anastasia et à quatre de leurs proches.

    Pour éviter sa transformation en un lieu de pèlerinage. La maison Ipatiev a été détruite suivant un décret exceptionnel du parti communiste en 1977.

    Sur ordre de Brejnev, le gouverneur de la région Boris Eltsine s’en chargea.
    Il fut construit en 2003 sur son emplacement la cathédrale symbole dite "du don du Sang".


    La famille impériale a été canonisée en 1981 par l'Eglise russe à l'étranger,inhumée en 1998 dans la cathédrale de Saint-Pétersbourg et finalement canonisé par l'église russe en 2000.

     



    Devant la cathédrale sur-le-sang-versé de Ekaterinbourg, les photos de la famille impériale, ici les quatre grandes-duchesses Olga (née en 1895), Tatiana (née en 1897), Maria (née en 1899) et Anastasia (née en 1901).

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  • File:Cáricsalád 1893.jpg

    Le futur tsar Nicolas II (debout à gauche) avec ses parents et ses frères et sœurs en 1893. 

     

    Introduction

    Fils aîné d'Alexandre III, il lui succède en 1894 et condamne dès 1895 les « rêves insensés » des délégués des zemstvos, qui demandaient la poursuite des réformes entreprises par Alexandre II. Il se déclare alors décidé à « maintenir le principe de l'autocratie de façon aussi énergique et immuable que son inoubliable père ». Ainsi, Nicolas II, que l'on a accusé d'irrésolution ou de faiblesse, défendra avec obstination ses prérogatives de tsar autocrate.

     

    Nicolas II et la tsarine Alexandra Fedorovna

    Nicolas II et la tsarine Alexandra Fedorovna

    Nicolas II et la tsarine Alexandra Federovna en costume d'apparat.

    Ph. Coll. Archives Larousse

     

     

    Très attaché à son épouse, Alexandra Fiodorovna, avec qui il aura quatre filles et un fils, le tsarévitch Alexis (né en 1904), il vit le plus souvent à Tsarskoïe Selo, se soustrayant le plus possible à la vie publique.

     

    Un pays en crise

    Or, Nicolas II est confronté aux problèmes complexes d'un pays en pleine expansion démographique et engagé dans un processus d'industrialisation rapide. Ses ministres des Finances, Ivan Vychnegradski puis le comte Witte, négocient avec la France des emprunts d'État qui permettent de financer le développement industriel. L'industrialisation se développe aux dépens des terriens, paysans ou nobles, dont les problèmes s'aggravent. Aussi Witte obtient-il de l'empereur la réunion d'une conférence sur les besoins de la paysannerie (1902).

     

     

    Nicolas et sa Mère, Maria (Minie)

     

     

     

    Mécontent de la radicalisation des aspirations paysannes, Nicolas II charge Viatcheslav Plehve (1846-1904), ministre de l'Intérieur, d'étouffer l'agitation et se sépare du comte Witte (1903). La crise qui se développe à partir de 1902 atteint toutes les couches de la société : les libéraux des zemstvos et des professions libérales, les étudiants, dont l'agitation dévie vers le terrorisme, les paysans, responsables des émeutes en Ukraine et dans la moyenne Volga, et les ouvriers, dont les grèves se multiplient à partir de 1903.

     

    Nicolas II, 1901

     

    Un autocrate

    En janvier 1904, Nicolas II s'engage dans la guerre contre le Japon, espérant ainsi reconstituer l'unité nationale autour du trône. Or, la répression dirigée par Viatcheslav Plehve, qui est assassiné en juillet 1904, et les défaites de la guerre russo-japonaise (1904-1905) aggravent encore la crise. Nicolas II, en faisant tirer sur la manifestation ouvrière du Dimanche rouge (9 [22] janvier 1905), détruit le mythe du « tsar-père du peuple » et provoque le déclenchement de la révolution de 1905. Il est alors contraint de rappeler le comte Witte (octobre 1905-avril 1906) et d'accorder le manifeste d'octobre 1905, qui promet la réunion d'une douma d'État – que les libéraux veulent transformer en Assemblée constituante.

     

    Lorsque l'armée est revenue d'Extrême-Orient, il écrase les soviets de Saint-Pétersbourg et de Moscou (décembre 1905-janvier 1906). Afin d'empêcher la douma de se transformer en Assemblée constituante, il promulgue les lois fondamentales (mai 1906) selon lesquelles il conserve le titre d'autocrate, la direction des questions militaires, diplomatiques et religieuses et a le droit de convoquer la douma, de la dissoudre et de légiférer par décrets dans l'intervalle des sessions.

     

    Les deux premières doumas se révèlent ingouvernables et ne siègent que quelques mois. Piotr Stolypine modifie alors la loi électorale (1907). Ainsi Nicolas II refuse de transformer la Russie en une véritable monarchie constitutionnelle.

     

     

     

    La chute du tsarisme et la fin des Romanov

    Il souscrit à une alliance défensive avec l'Allemagne lors de son entrevue secrète avec Guillaume II à Björkö, en juillet 1905, mais il doit y renoncer et s'engager davantage dans l'alliance franco-russe. Il se rapproche ensuite de la Grande-Bretagne, avec laquelle un accord est signé en 1907, et adhère à la Triple-Entente. Entraîné par Aleksandr Izvolski dans une politique active dans les Balkans, qui se libèrent de la domination ottomane par les guerres de 1912-1913, Nicolas II soutient la Serbie contre la Bulgarie, alliée à l'Autriche-Hongrie. Ainsi, il doit s'engager dans la Première Guerre mondiale, qui plonge la Russie dans des difficultés insurmontables.

    Après l'assassinat de Piotr Stolypine (1911), qui avait tenté de renforcer la répression contre les partis révolutionnaires et de promouvoir une réforme agraire qui libérerait les paysans des entraves du mir, l'empereur fait appel à Vladimir Kokovtsov (1911-1914), puis il s'entoure de ministres réactionnaires bornés ou incapables. L'opinion publique tient Boris Stürmer et Aleksandr Protopopov pour des créatures de Grigori Raspoutine, dont les relations avec la cour apparaissent scandaleuses.

     

     

    À la faveur de la guerre, Nicolas II tente de gouverner sans la douma et prend lui-même le commandement suprême des armées (septembre 1915). Isolé au quartier général de Moguilev, il laisse Alexandra Fiodorovna, soumise à l'influence de son « conseiller spirituel » Grigori Raspoutine, jouer un rôle croissant dans le gouvernement.

     

     

    Face à cette incurie, la société civile, les zemstvos, les associations professionnelles tentent d'organiser l'économie de guerre, ce qui permettra le bref redressement militaire de 1916. Au sein de la douma se constitue en 1915 un « bloc progressiste », qui réclame un ministère possédant la confiance du pays et envisage un complot pour destituer Nicolas II.

    Mais la douma est dépassée par le soulèvement populaire de février 1917. Les difficultés économiques ont en effet engendré la crise du ravitaillement de l'hiver 1916-1917, contre laquelle s'insurge la population de Petrograd, encadrée par les sociaux-révolutionnaires (S.-R.) et les sociaux-démocrates (S.-D.). La révolution russe de 1917 triomphe. Nicolas II abdique le 2 (15) mars 1917, en faveur de son frère, le grand-duc Michel, dont la renonciation au trône marque la fin des Romanov. La douma constitue le gouvernement  provisoire.

     

    Gardée à vue à Tobolsk, puis à Iekaterinbourg, la famille  impériale est mise à mort dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 sur l'ordre du soviet de l'Oural, peu avant l'occupation d'Iekaterinbourg par les forces antibolcheviks.

     

    Les restes de Nicolas II et ceux de certains membres de sa famille ont été transférés à Saint-Pétersbourg en 1998.

     

    En 2000,  Nicolas II, son épouse et ses enfants ont été canonisés par l'Église orthodoxe.

     

     

     

    SOURCES

    http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Nicolas_II/135236

     

     

    Chronologie

    • 1894 Nicolas II, tsar de Russie.
    • 1894 Ratification définitive de l'alliance franco-russe.
    • 1904 Attaque japonaise de la base russe de Port-Arthur.
    • 1905 Destruction de la flotte russe de la Baltique envoyée en renfort à Tsushima. Victoire du Japon dans la guerre russo-japonaise. Les Japonais obtiennent les concessions russes en Mandchourie, le sud de Sakhaline et le droit d'établir leur protectorat.
    • 1905 Première révolution russe.
    • 1905 Le manifeste d'octobre accordé par Nicolas II promet la réunion d'une douma d'État.
    • 1916 L'assassinat de Raspoutine met fin à son influence grandissante sur la tsarine russe.
    • 1917 Révolution russe, dite « révolution d'octobre », Lénine préside le Conseil des commissaires du peuple (novembre) ; armistice germano-russe de Brest-Litovsk (15 décembre).
    • 1918 Exécution du tsar et de sa famille en Russie (16-17 juillet).

     

     

    File:Nicholastudy.jpg

    Bureau du tsar au palais Alexandre de Tsarkoie-Selo.

     

     

    Nicolas II de Russie (en russe : Николай Александрович Романов, Nikolaï Aleksandrovitch Romanov), de la dynastie des Romanov, né le 18 mai 1868 (6 mai 1868 C. J.) au palais de Tsarskoïe Selo et assassiné avec toute sa famille le 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg, est le dernier empereur de Russie, roi de Pologne et grand-prince de Finlande.

     

    La destruction totale des restes a pour but d’éviter qu’ils ne deviennent des reliques et de permettre à des pseudo-historiens et des escrocs de nier le massacre ou surtout de faire croire à l’existence de survivant[. Sverdlov fait biffer la mention concernant la famille sur un tract annonçant le massacre.

     

    À Trotski, qui avait soutenu l’idée d’un procès, Sverdlov répond froidement : « Nous l’avons décidé ici. Illitch [Lénine] était convaincu que nous ne pouvions laisser aux Blancs un symbole auquel se rallier ». Lénine de son côté nie qu’il soit pour quelque chose dans le meurtre des enfants de Nicolas et des membres de sa famille.

    Après la reprise de la ville d'Ekaterinbourg par la légion tchèque, les pièces de la maison où a eu lieu le massacre sont placées sous scellés et le général tchécoslovaque Radola Gajda installe son état-major à l'étage. Son bureau personnel se trouve alors dans la pièce qui avait été affectée au couple impérial.

     

    Le 7 février 1919, l'amiral Koltchak, chef des armées blanches, confie l'enquête à Nicolaï Sokolov et Mikhaïl Dieterichs sur la mort de Nicolas II et de sa famille. Le juge Sokolov découvre dans un puits de mine, dont parlent aussi les bourreaux, des vêtements et des objets personnels, dont six buscs de corsets de femme, appartenant aux six victimes féminines

     

     

    Wikipedia

     

     

     

     

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    L'INHUMATION

     


    La cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg est le lieu où reposent tous les Tsars de Russie depuis Pierre le Grand. C'est en ce lieu que Nicolas II, sa femme et trois de leurs filles ont été enterrés le 17 juillet 1998.




    En janvier 1998, la Commission d’État chargée de l'identification des restes des Romanov considérait dans une résolution que les restes retrouvés en 1991 étaient bien ceux de Nicolas II, de l'impératrice Alexandra, de trois de leurs filles (Olga, Tatiana et Anastasia), ainsi que ceux de leurs quatre derniers servants. L'enterrement des restes impériaux pouvait donc avoir lieu.

     

    Le Gouvernement russe décida de fixer les obsèques au 17 juillet 1998, 80 ans jour pour jour après le massacre d'Ekaterinbourg.



    Ella Maximovna, journaliste, écrit le 6 avril 1994 dans les Izvestia: « On peut penser ce que l'on veut du règne du dernier monarque de Russie, mais il ne faut pas oublier que le massacre [du tsar et des siens], cette bacchanale de sang, a ouvert le martyrologe de millions de familles, de dizaines de millions de personnes dont on ne saura jamais où elles reposent.

     

    En enterrant la Famille impériale de Russie, c'est également à elles que nous donnerons une sépulture. »



    L'opposition de l’Église orthodoxe russe



    Le Patriarche Alexis II (1929-2008) était le chef
    de l'Eglise orthodoxe russe.

    La décision d'enterrer les restes attribués aux Romanov suscita beaucoup d'oppositions, notamment de la part de l’Église et d'une partie des descendants de la famille Romanov. Le Patriarche de Moscou Alexis II, chef de l’Église orthodoxe, décida de ne pas participer aux funérailles.

    Il se justifie au cours d'une interview : « Les arguments scientifiques, dont les prémisses sont souvent erronés, ne sont pas déterminants pour l’Église, bien qu'elle en tienne compte. L'important est de tenter de comprendre la volonté divine, car il ne s'agit pas d'ossements ordinaires, mais de restes d'êtres dont la canonisation est sans doute très proche. Il ne faudrait donc pas que la vénération de la vie des saints dans leurs restes mortels puisse être soumise à la tentation […]. Pour ce qui est des savants, leurs avis divergent. Je reçois des témoignages d

    e scientifiques qui contestent l'aspect définitif de l'identification. Malheureusement, les travaux de la commission gouvernementale sont peu connus des communautés scientifique et juridique. La public a aussi été tenu à l'écart de l'avancement des travaux [...]. Nous pensons que la décision de la Commission gouvernementale a provoqué des doutes et même suscité une opposition au sein de l’Église et dans la société.

    C'est précisément l'attitude antinomique du peuple chrétien […] à l'égard des ossements d'Ekaterinbourg qui a déterminé la position de l’Église […]. Qu'une partie des croyants vénère ces ossements comme de saintes reliques, alors qu'une autre les considère comme faux, est impensable pour l’Église. »

     

    Ainsi, contrairement à ce que certains historiens avancent depuis 1998, le Patriarche ne conteste pas formellement l'authenticité des restes d'Ekaterinbourg. En réalité, il a décidé d'adopter une attitude neutre face aux divergences scientifiques et en l'absence de ce qu'il appelle « la volonté divine. »

    Le Patriarche Alexis II ajoute :

    « Ce quatre-vingtième anniversaire de la tragédie d'Ekaterinbourg sera jour d'affliction et de pénitence pour le péché de mort commis par le peuple. Il sera aussi jour de prière pour l'empereur, sa famille et ses fidèles serviteurs assassinés, ainsi que pour tous les martyrs du temps des persécutions féroces […].

     

    Des offices funèbres, avec mention particulière des noms de l'empereur Nicolas et de ses proches, seront célébrés tous les 17 juillet, dans toutes nos églises. Pendant les dizaines d'années qui ont précédé, les croyants n'ont jamais cessé de prier en ce jour pour les martyrs d'Ekaterinbourg.

    Cela continuera donc naturellement dans les années à venir, sans qu'aucun rappel particulier ne soit nécessaire. »

    Face à cette attitude réservée de l’Église orthodoxe, Nicolas II et sa famille ont été inhumés avec beaucoup moins d'honneurs que prévu. Au départ, le projet des funérailles était grandiose : les corps devaient gagner Saint-Pétersbourg à bord d'un train qui se serait arrêté dans toutes les grandes villes de Russie pour rassembler sur son passage l'hommage du peuple. Finalement, les dépouilles ont été transportées jusqu'à la capitale impériale par avion, sans aucune escale.

     

    A Saint-Pétersbourg, les descendants des Romanov qui étaient présents se signaient devant le passage des neuf cercueils, tandis qu'un orchestre militaire jouait l'hymne impérial russe. Sur le trajet de la cathédrale, il n'y avait que très peu de décorations : des drapeaux aux couleurs nationales ceints d'un ruban noir et des drapeaux aux armoiries de Saint-Pétersbourg.

     

    A l’extérieur de la cathédrale, des centaines de monarchistes s’insurgeaient contre cet enterrement indigne du Tsar, tandis que des contestataires communistes criaient leur opposition aux funérailles. Plus de 1200 policiers veillaient sur la cérémonie, soutenus par des vedettes sillonnant la Néva. Pour des raisons de sécurité, l'accès à la cathédrale a été interdit au public.



    Le déroulement des funérailles


    Le Président russe Boris Eltsine (1931-2007) et sa femme, entourés par les descendants de la famille Romanov, s'inclinent devant le tombeau du Tsar et de sa famille.


    En dépit des réticences de l’Église, les restes des Romanov ont été inhumés en la cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg le 17 juillet 1998. La chapelle Sainte-Catherine, qui se trouve à l'intérieur de la cathédrale, a été choisie pour accueillir les restes impériaux. Les descendants de la famille Romanov avaient fait le déplacement du monde entier pour assister aux obsèques.

     

    En revanche, la Grande-Duchesse Maria Vladimirovna, qui s'est proclamée chef de la Maison impériale, ainsi que sa mère, ont décidé de se ranger du côté du Patriarche Alexis II et donc de ne pas participer à la cérémonie.

    Le Président Boris Eltsine, ancien membre du parti communiste et instigateur de la destruction de la maison Ipatiev, hésita à participer à la cérémonie. Finalement, il décida de s'y rendre à la dernière minute : « J'ai beaucoup réfléchi et discuté, notamment avec des gens de culture, a expliqué Eltsine, pendant 80 ans on a caché la vérité, on n'a rien dit. Demain, je dois dire cette vérité, je dois être présent à Saint-Pétersbourg. Ce sera un acte de justice humaine. »

     

    Il entendait, selon ses termes, tourner « une des pages les plus honteuses de notre Histoire. » Le Président russe ouvra la cérémonie par ces paroles :

     

    « C'est un jour historique pour la Russie... En mettant en terre ces restes, nous voulons expier les péchés de nos ancêtres.

    Ceux qui ont commis cet acte barbare et ceux qui l’ont approuvé pendant des décennies sont coupables.

    Nous devons terminer ce siècle qui a été celui du sang et de l’illégalité. »



    En revanche, aucune tête couronnée d'Europe n'a jugé bon de faire le déplacement, alors que la plupart d'entre-elles sont apparentées aux Romanov. Seul un représentant de la monarchie britannique était présent.

     

    Ces absences assez étonnantes s'expliquent en raison des polémiques et de la confusion dans l'organisation de la cérémonie. Par ailleurs, très peu de personnalités culturelles ou politiques étaient présentes. Une véritable impression de malaise s'était donc invitée à cette cérémonie très controversée, impression renforcée par l'absence même des défunts. En effet, aucun nom n'a été cité au cours de l'office religieux.

     

    Lors des prières, ils ont été nommés par la formule appliquée en Russie aux morts anonymes : « C'est de toi, Seigneur, que leurs noms sont connus ».

     

    Formule très équivoque pour des corps officiellement authentifiés avec certitude.

     

    Pour certains, c'était la preuve que les corps inhumés n'étaient pas ceux des Romanov. Quoi qu'il en soit, l'ambiance qui régnait dans la cathédrale le jour de la cérémonie, sur fond de querelles religieuses, politiques et dynastiques, n'était pas digne des épreuves endurées par le Tsar et sa famille.



    Les cercueils d'une partie de la famille Romanov, ainsi que ceux de leurs derniers servants, à la morgue d'Ekaterinbourg.


    Les neuf cercueils ont été inhumés dans un caveau de la chapelle Sainte-Catherine. Dix-neuf coups de canon ont accompagné la mise en terre des dépouilles de Nicolas II et des siens. Pendant ce temps, le Patriarche Alexis II célébrait une messe à Moscou en l'honneur des Romanov, refusant toujours de reconnaître formellement l'identité des corps enterrés à Saint-Pétersbourg.

    Le 17 juillet 1998, la Russie a ainsi raté un véritable tournant de son Histoire. L'enterrement de Nicolas II et d'une partie de sa famille a été instrumentalisé pour tenter de réparer la déchirure nationale provoquée par des décennies de dictature communiste.

     

    Cependant, la mise en terre des restes d'Ekaterinbourg n'a fait que raviver les querelles et les oppositions au sein de la population.

     

    Le journaliste Mikhaïl Berg écrit à ce sujet : « Cela aurait pu être un événement d'une grande portée symbolique. Au lieu de cela, on a assisté à de sales jeux politiques sur les cercueils. » A présent, je vous invite à visionner, ci-dessous, les extraits de l'inhumation du Tsar et des siens.





    Partie I – La cérémonie (02:24 minutes)



     



    Partie II – La « mise en terre » des cercueils (08:15 minutes)



     



    Partie III – Les derniers adieux au Tsar et à sa famille (04:09 minutes)



     

     

     SOURCES
     
     
     
     
     
     
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    En 1918, les soldats de l'armée bolchevique croyaient avoir commis le crime parfait :

      

    des corps défigurés à l'acide, puis enfouis dans la campagne d'Iekaterinbourg, en Russie. Ils avaient tort.

      

    S'il a fallu soixante-treize ans pour déterrer les ossements, il a suffi de quelques gouttes de sang royal et d'une série de manipulations en laboratoire pour résoudre l'une des plus grandes énigmes du XXe siècle : la fin des Romanov.

      

    Les cadavres, exhumés en 1991, sont bien ceux de cinq membres de la famille impériale et de sa suite.

      

    Le tsar Nicolas II, la tsarine Alexandra, petite-fille de la reine Victoria et grand-tante de l'actuel prince consort, et trois de leurs enfants ont été malgré tout identifiés. Les meurtriers de 1918 ne pouvaient pas prévoir un tel dénouement.

      

    A l'époque, on ignorait totalement le terme d' "empreinte génétique".

      

    Et c'est grâce à l'analyse de celle du prince Philip, duc d'Edimbourg, petit-neveu de la tsarine, que les scientifiques ont mis fin à l'impérial suspense.
     

      

    L'histoire commence au petit matin du 17 juillet 1918. Des soldats de l'Armée blanche approchent d'Iekaterinbourg, où le tsar et sa famille sont prisonniers depuis soixante-dix-huit jours. Vers 2 heures, un officier de l'Armée rouge réveille le souverain déchu et annonce un départ imminent. Il lui demande de descendre dans la cave, avec ses proches et sa modeste suite - quatre personnes - pour sa "sécurité et les besoins d'une photo". Au lieu d'un photographe, ce sont 12 hommes armés qui apparaissent.

      

    Et qui font feu, à bout portant. L'ordre d'exécution, transmis avec un luxe de précautions, vient directement de Lénine. A la surprise des tueurs, les balles ricochent sur les enfants, qui dissimulent les bijoux royaux sous leurs vêtements. Ils seront achevés à la baïonnette.
    "Dites à Sverdlov [chef de la police secrète] que la famille entière a subi le même sort que son chef", dit le télégramme envoyé le jour même.

      

    Les corps, déshabillés et allégés de leurs bijoux, sont dissimulés dans une mine des alentours. Mais l'officier craint encore qu'on ne les retrouve: le lendemain, il les fait ressortir pour les jeter dans un trou au milieu d'un chemin boueux, à 10 kilomètres de là. Par précaution, il les arrose d'acide sulfurique, puis d'essence, et enflamme les cadavres avant de les recouvrir...

      

    C'est là que Nikolaï Avdonine, un géologue, et son ami cinéaste Guély Riabov vont les exhumer, après de longues recherches, en 1978. Et qu'ils vont les laisser: trop dangereux. A cette époque, Iekaterinbourg s'appelle Sverdlovsk. La maison du massacre a été rasée sur ordre du patron de la région, un certain Boris Eltsine, et la perestroïka est encore loin.
    En juillet 1991, les temps ont changé. Les squelettes sont déterrés et la polémique commence, les historiens se déchirant sur l'authenticité des dépouilles. Très vite, les scientifiques russes vont apporter les premières réponses.

      

    Grâce à l'informatique, ils reconstituent les visages à partir des crânes retrouvés dans la fosse. Les ressemblances avec les photos du tsar et de la tsarine sont frappantes. L'analyse de la denture, même si les archives médicales ont mystérieusement disparu, apporte un autre élément concordant: les soins y sont de trop grande qualité pour avoir été effectués sur des personnes banales. Il manque toutefois la preuve irréfutable.

      

    Que la génétique va fournir.
     

    Le 15 septembre 1992, les ossements arrivent dans un laboratoire du Home Office - le ministère britannique de l'Intérieur - à Aldermaston. Le gotha de l'Europe couronnée - et apparentée à la famille impériale russe - est appelé au chevet du mystère Romanov. Le prince Philip, le prince Rostislav Romanov - un banquier londonien de 54 ans, petit-neveu de Nicolas II - et un membre de la famille de Grèce, notamment, fournissent des cheveux ou du sang.

      

    Le principe est simple: comparer les empreintes génétiques des descendants connus avec celles des dépouilles exhumées à Iekaterinbourg. En raison de l'âge et de l'état de conservation des ossements, la réalisation va se révéler un peu plus délicate.

      

    Ne pouvant extraire suffisamment d'ADN chromosomique, les experts, dirigés par les Drs Peter Gill et Pavel Ivanov, vont s'intéresser à l'ADN des mitochondries - "usines énergétiques" de la cellule - présentes en plus grand nombre. Limite du processus: les mitochondries ne se transmettent que par la mère.
     

      

    Ce sera suffisant. Le 10 décembre, moins de trois mois après avoir reçu les ossements, le Home Office annonce les premiers résultats: il s'agit bien d'une mère avec ses trois filles, et cette femme est - avec une marge d'erreur de 1% - la grand-tante du prince Philip, Alexandra, la tsarine. La présence de Nicolas II parmi les corps reste encore à prouver définivement. Mais l'ADN de descendants de la lignée maternelle du tsar, c'est-à-dire issus d'une tante ou d'une grand-tante, va être examiné dans les mois à venir.

      

    Le mystère est presque levé. Presque. Car les résultats londoniens confirment également l'absence des corps de deux des enfants royaux: Alexeï, le fils gravement malade, et, surtout, l'une des filles, Anastasia peut-être.
     

      

    Or l'énigme des Romanov s'est, au fil du xxe siècle, confondue avec celle de cette mystérieuse princesse que l'on croyait morte. Avec l'histoire étrange de cette jeune femme, retrouvée à Berlin en 1920, qui racontera avoir été sauvée par un jeune soldat amoureux et se nommer Anastasia. Quelques émigrés la croiront, d'autres parleront d'affabulation.

      

    Elle mourra aux Etats-Unis en 1984, après avoir, pendant toute sa vie, tenté de faire reconnaître son identité royale. Son secret, pensait-on alors, l'avait suivie dans la tombe. Erreur: les scientifiques d'Aldermaston disposent également de quelques mèches des cheveux de cette "Anastasia". Assez pour une analyse génétique pouvant confirmer l'identité de la princesse et résoudre l'énigme. Ou l'infirmer, et relancer en partie le mystère des Romanov.

      

    CINQ MORTS,
    DEUX DISPARUS
     

    1914 : la famille impériale pose au grand complet. Autour du tsar, Nicolas II, et de son épouse, la tsarine Alexandra Fedorovna, ont pris place leurs cinq enfants. Les trois filles aînées (au dernier plan et de gauche à droite): Maria, Olga et Tatiana.

      

    Les deux plus jeunes (au premier plan): la princesse Anastasia et le tsarévitch Alexeï, en costume marin.
     

    1918 (17 juillet) : le tsar et sa famille, gardés à vue à Iekaterinbourg, dans l'Oural, sont exécutés; leurs cadavres sont brûlés, puis enterrés dans un lieu resté secret.
     

      

    1991: les squelettes sont enfin exhumés.

      

    D'après les premiers examens, on aurait retrouvé ceux du tsar, de la tsarine et de leurs trois filles aînées. Car aucun, compte tenu de la taille, ne peut correspondre à ceux d'Anastasia et d'Alexeï.
     

    1992 : les analyses d'ADN effectuées à partir des ossements permettent d'identifier définitivement Alexandra et ses filles.

      

    Ce n'est pas encore le cas de Nicolas II, mais la superposition, grâce à l'informatique, de son visage et du crâne retrouvé (photos du bas) ne laisse guère de doute.

     

     

     

     

      

    PHOTO des Romanov


    En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/informations/romanov-le-crime-etait-presque-parfait_592390.html#MKWptwaz8XSr5Yh3.99

     

     

    Les cercueils d'une partie de la famille Romanov, ainsi que ceux de leurs derniers servants, à la morgue d'Ekaterinbourg.

     

     

     

     

     

    L'INHUMATION

     


    La cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg est le lieu où reposent tous les Tsars de Russie depuis Pierre le Grand. C'est en ce lieu que Nicolas II, sa femme et trois de leurs filles ont été enterrés le 17 juillet 1998.




    En janvier 1998, la Commission d’État chargée de l'identification des restes des Romanov considérait dans une résolution que les restes retrouvés en 1991 étaient bien ceux de Nicolas II, de l'impératrice Alexandra, de trois de leurs filles (Olga, Tatiana et Anastasia), ainsi que ceux de leurs quatre derniers servants. L'enterrement des restes impériaux pouvait donc avoir lieu.

      

    Le Gouvernement russe décida de fixer les obsèques au 17 juillet 1998, 80 ans jour pour jour après le massacre d'Ekaterinbourg.



    Ella Maximovna, journaliste, écrit le 6 avril 1994 dans les Izvestia: « On peut penser ce que l'on veut du règne du dernier monarque de Russie, mais il ne faut pas oublier que le massacre [du tsar et des siens], cette bacchanale de sang, a ouvert le martyrologe de millions de familles, de dizaines de millions de personnes dont on ne saura jamais où elles reposent.

      

    En enterrant la Famille impériale de Russie, c'est également à elles que nous donnerons une sépulture. »



    L'opposition de l’Église orthodoxe russe



    Le Patriarche Alexis II (1929-2008) était le chef
    de l'Eglise orthodoxe russe.

    La décision d'enterrer les restes attribués aux Romanov suscita beaucoup d'oppositions, notamment de la part de l’Église et d'une partie des descendants de la famille Romanov. Le Patriarche de Moscou Alexis II, chef de l’Église orthodoxe, décida de ne pas participer aux funérailles.

    Il se justifie au cours d'une interview : « Les arguments scientifiques, dont les prémisses sont souvent erronés, ne sont pas déterminants pour l’Église, bien qu'elle en tienne compte. L'important est de tenter de comprendre la volonté divine, car il ne s'agit pas d'ossements ordinaires, mais de restes d'êtres dont la canonisation est sans doute très proche. Il ne faudrait donc pas que la vénération de la vie des saints dans leurs restes mortels puisse être soumise à la tentation […]. Pour ce qui est des savants, leurs avis divergent. Je reçois des témoignages d

    e scientifiques qui contestent l'aspect définitif de l'identification. Malheureusement, les travaux de la commission gouvernementale sont peu connus des communautés scientifique et juridique. La public a aussi été tenu à l'écart de l'avancement des travaux [...]. Nous pensons que la décision de la Commission gouvernementale a provoqué des doutes et même suscité une opposition au sein de l’Église et dans la société.

    C'est précisément l'attitude antinomique du peuple chrétien […] à l'égard des ossements d'Ekaterinbourg qui a déterminé la position de l’Église […]. Qu'une partie des croyants vénère ces ossements comme de saintes reliques, alors qu'une autre les considère comme faux, est impensable pour l’Église. »

      

    Ainsi, contrairement à ce que certains historiens avancent depuis 1998, le Patriarche ne conteste pas formellement l'authenticité des restes d'Ekaterinbourg. En réalité, il a décidé d'adopter une attitude neutre face aux divergences scientifiques et en l'absence de ce qu'il appelle « la volonté divine. »

    Le Patriarche Alexis II ajoute :

    « Ce quatre-vingtième anniversaire de la tragédie d'Ekaterinbourg sera jour d'affliction et de pénitence pour le péché de mort commis par le peuple. Il sera aussi jour de prière pour l'empereur, sa famille et ses fidèles serviteurs assassinés, ainsi que pour tous les martyrs du temps des persécutions féroces […].

      

    Des offices funèbres, avec mention particulière des noms de l'empereur Nicolas et de ses proches, seront célébrés tous les 17 juillet, dans toutes nos églises. Pendant les dizaines d'années qui ont précédé, les croyants n'ont jamais cessé de prier en ce jour pour les martyrs d'Ekaterinbourg.

    Cela continuera donc naturellement dans les années à venir, sans qu'aucun rappel particulier ne soit nécessaire. »

    Face à cette attitude réservée de l’Église orthodoxe, Nicolas II et sa famille ont été inhumés avec beaucoup moins d'honneurs que prévu. Au départ, le projet des funérailles était grandiose : les corps devaient gagner Saint-Pétersbourg à bord d'un train qui se serait arrêté dans toutes les grandes villes de Russie pour rassembler sur son passage l'hommage du peuple. Finalement, les dépouilles ont été transportées jusqu'à la capitale impériale par avion, sans aucune escale.

      

    A Saint-Pétersbourg, les descendants des Romanov qui étaient présents se signaient devant le passage des neuf cercueils, tandis qu'un orchestre militaire jouait l'hymne impérial russe. Sur le trajet de la cathédrale, il n'y avait que très peu de décorations : des drapeaux aux couleurs nationales ceints d'un ruban noir et des drapeaux aux armoiries de Saint-Pétersbourg.

      

    A l’extérieur de la cathédrale, des centaines de monarchistes s’insurgeaient contre cet enterrement indigne du Tsar, tandis que des contestataires communistes criaient leur opposition aux funérailles. Plus de 1200 policiers veillaient sur la cérémonie, soutenus par des vedettes sillonnant la Néva. Pour des raisons de sécurité, l'accès à la cathédrale a été interdit au public.



    Le déroulement des funérailles


    Le Président russe Boris Eltsine (1931-2007) et sa femme, entourés par les descendants de la famille Romanov, s'inclinent devant le tombeau du Tsar et de sa famille.


    En dépit des réticences de l’Église, les restes des Romanov ont été inhumés en la cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg le 17 juillet 1998. La chapelle Sainte-Catherine, qui se trouve à l'intérieur de la cathédrale, a été choisie pour accueillir les restes impériaux. Les descendants de la famille Romanov avaient fait le déplacement du monde entier pour assister aux obsèques.

      

    En revanche, la Grande-Duchesse Maria Vladimirovna, qui s'est proclamée chef de la Maison impériale, ainsi que sa mère, ont décidé de se ranger du côté du Patriarche Alexis II et donc de ne pas participer à la cérémonie.

    Le Président Boris Eltsine, ancien membre du parti communiste et instigateur de la destruction de la maison Ipatiev, hésita à participer à la cérémonie. Finalement, il décida de s'y rendre à la dernière minute : « J'ai beaucoup réfléchi et discuté, notamment avec des gens de culture, a expliqué Eltsine, pendant 80 ans on a caché la vérité, on n'a rien dit. Demain, je dois dire cette vérité, je dois être présent à Saint-Pétersbourg. Ce sera un acte de justice humaine. »

      

    Il entendait, selon ses termes, tourner « une des pages les plus honteuses de notre Histoire. » Le Président russe ouvra la cérémonie par ces paroles :

      

    « C'est un jour historique pour la Russie... En mettant en terre ces restes, nous voulons expier les péchés de nos ancêtres.

    Ceux qui ont commis cet acte barbare et ceux qui l’ont approuvé pendant des décennies sont coupables.

    Nous devons terminer ce siècle qui a été celui du sang et de l’illégalité. »



    En revanche, aucune tête couronnée d'Europe n'a jugé bon de faire le déplacement, alors que la plupart d'entre-elles sont apparentées aux Romanov. Seul un représentant de la monarchie britannique était présent.

      

    Ces absences assez étonnantes s'expliquent en raison des polémiques et de la confusion dans l'organisation de la cérémonie. Par ailleurs, très peu de personnalités culturelles ou politiques étaient présentes. Une véritable impression de malaise s'était donc invitée à cette cérémonie très controversée, impression renforcée par l'absence même des défunts. En effet, aucun nom n'a été cité au cours de l'office religieux.

      

    Lors des prières, ils ont été nommés par la formule appliquée en Russie aux morts anonymes : « C'est de toi, Seigneur, que leurs noms sont connus ».

      

    Formule très équivoque pour des corps officiellement authentifiés avec certitude.

      

    Pour certains, c'était la preuve que les corps inhumés n'étaient pas ceux des Romanov. Quoi qu'il en soit, l'ambiance qui régnait dans la cathédrale le jour de la cérémonie, sur fond de querelles religieuses, politiques et dynastiques, n'était pas digne des épreuves endurées par le Tsar et sa famille.



    Les cercueils d'une partie de la famille Romanov, ainsi que ceux de leurs derniers servants, à la morgue d'Ekaterinbourg.


    Les neuf cercueils ont été inhumés dans un caveau de la chapelle Sainte-Catherine. Dix-neuf coups de canon ont accompagné la mise en terre des dépouilles de Nicolas II et des siens. Pendant ce temps, le Patriarche Alexis II célébrait une messe à Moscou en l'honneur des Romanov, refusant toujours de reconnaître formellement l'identité des corps enterrés à Saint-Pétersbourg.

    Le 17 juillet 1998, la Russie a ainsi raté un véritable tournant de son Histoire. L'enterrement de Nicolas II et d'une partie de sa famille a été instrumentalisé pour tenter de réparer la déchirure nationale provoquée par des décennies de dictature communiste.

      

    Cependant, la mise en terre des restes d'Ekaterinbourg n'a fait que raviver les querelles et les oppositions au sein de la population.

      

    Le journaliste Mikhaïl Berg écrit à ce sujet : « Cela aurait pu être un événement d'une grande portée symbolique. Au lieu de cela, on a assisté à de sales jeux politiques sur les cercueils. » A présent, je vous invite à visionner, ci-dessous, les extraits de l'inhumation du Tsar et des siens.





    Partie I – La cérémonie (02:24 minutes)







    Partie II – La « mise en terre » des cercueils (08:15 minutes)







    Partie III – Les derniers adieux au Tsar et à sa famille (04:09 minutes)





     

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