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    La Maison Romanov désigne la dynastie russe qui a régné de 1613 (Michel 1er) à 1762 (Elizabeth 1re). La descendance masculine des premiers Romanov s’éteignit avec la mort de l'impératrice Elizabeth, et le trône impérial russe passa alors à la branche de Holstein-Gottorp de la Maison d’Oldenbourg, en la personne du tsar Pierre III. Mais celui-ci souhaita perpétuer le nom des Romanov, qui sera repris par tous ses descendants, jusqu’à Nicolas II.

    Dernier empereur de Russie, roi de Pologne et grand-prince de Finlande, surnommé « Nicolas le Pacifique », le début de son règne (1814-1917) fut marqué par un formidable essor de la Russie dans les domaines économique, politique, social et culturel. Avec ses 175 millions d’habitants – un chiffre qui avait triplé – la Russie s’était hissée au rang de troisième puissance économique mondiale et talonnait les États-Unis. Le rouble, devenu une monnaie forte, donnait à l’Empire Russe de formidables moyens financiers dont profitaient ses marchands et ses industriels. Dans le domaine des arts, la Russie connaissait aussi un formidable rayonnement ; ses écrivains, ses peintres, ses sculpteurs, ses danseurs, étaient connus dans le monde entier.

    Le règne de Nicolas II fut aussi marqué par la relation fusionnelle qu’il entretenait avec son épouse, l'impératrice Alexandra Fedorovna. En apparence, le couple semblait vivre un véritable conte de fées, mais derrière la façade resplendissante des palais de Saint-Pétersbourg, les Romanov cachaient un terrible secret lié à la maladie de leur fils, le tsarévitch Alexis, atteint d’hémophilie. Cette anomalie de la coagulation sanguine qui génère de graves hémorragies touchant les articulations et les muscles était incurable à l’époque. Un homme, guérisseur, mystique, aventurier, se fit pourtant introduire auprès de la famille impériale en prétendant pouvoir soigner le jeune Alexis.

      

    Son nom : Grigori Efimovitch RASPOUTINE. En quelques années, il deviendra le confident de l'impératrice Alexandra et développera un formidable réseau d’influence au sein de la cour impériale russe. Mais celui que certains appelaient le « mauvais ange » des Romanov entrera aussi pour une bonne part dans leur fin tragique. Nicolas II, son épouse, son fils, ses quatre filles, le médecin de famille, son domestique personnel, la femme de chambre et le cuisinier seront en effet assassinés par les bolcheviks dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Le documentaire retrace ces événements qui ont ensanglanté à tout jamais l’histoire de la Russie.

    . Tsar malgré lui

    Au départ, le tsar Nicolas II est un prince timoré, presque peureux, qui avance à reculons vers le trône de Russie, comme s’il répugnait à régner. Depuis qu’enfant il vit son grand-père, Alexandre II, mourir dans un attentat à la bombe, il est hanté par l’idée d’être victime d’une tragédie semblable.

    Le 4 août 1894, le jeune prince voit donc arriver le moment qu’il redoutait depuis toujours : le décès de son père, l’empereur Alexandre III, le met dans l’obligation de monter sur le trône de Russie. L’histoire veut qu’à l’annonce de cette nouvelle, Nicolas II se soit jeté dans les bras d’un ami en s’exclamant : « Je ne peux pas ! Je ne sais rien de l’exercice du pouvoir ! J’ai peur. »

    Pendant cette épreuve, le prince peut cependant compter sur le soutien de son épouse, la princesse Allemande Alix de Hesse-Darmstadt (1872-1918), fille du grand-duc Louis IV de Hesse et de la grande-duchesse. Ils se sont rencontrés à l’occasion d’un mariage qui avait lieu au Palais d’Hiver de Saint Petersburg ; Nicolas avait alors 16 ans, et Alix seulement 12. De cette rencontre naquit un grand amour entre les jeunes gens, profondément épris l’un de l’autre comme le révèle l’étude de leurs journaux intimes et de leurs lettres. Ils se marieront un an et demi avant le couronnement du tsar, la princesse Alix prenant alors le nom d’Alexandra Féodorovna.

    Ce couronnement, qui fait d’eux le tsar et tsarine de Russie, donna lieu à l’une des cérémonies les plus somptueuses de l’époque. Leur règne débuta cependant sous de mauvais auspices ; en effet, pendant que le cortège impérial entrait triomphalement dans Moscou, une bousculade se produisit dans la foule au champ de Khodinka, provoquant la mort de plusieurs centaines de personnes qui furent piétinées. Certains y virent le signe que le règne de Nicolas II serait marqué par le malheur et les tragédies. L’histoire devait leur donner raison.

    . Fils chéri… et maudit

    Pour assurer la pérennité du trône impérial, le tsar doit impérativement avoir un héritier mal. Or le destin, à nouveau, semble s’acharner sur le jeune couple qui voit naître successivement quatre filles : Tatiana, Maria, Olga et Anastasia. Poussés par leur désir d’avoir un héritier mâle, le tsar et la tasrine prient sans relâche pour qu’une intervention divine les aide à concevoir cet enfant, plongeant dans le mysticisme de la foi orthodoxe Russe. Ils seront finalement exaucés par la naissance d’Alexis Nikolaïevitch le 12 août 1904.

    Mais cet événement, source de tant de joie et de soulagement pour le couple impérial, annonce en fait une tragédie. Le tsarévitch souffre en effet d’un mal mystérieux qui se manifeste par de soudaines hémorragies qui touchent ses articulations et ses muscles. Il s’agit de l’hémophilie, une anomalie de la coagulation sanguine, très mal connue à l’époque et de ce fait, impossible à soigner.

    Le tsar et la tsarine décident d’entourer du plus grand secret l’état de leur enfant. Le tsarévitch se retrouve confiné, soustrait aux regards inquisiteurs de l’extérieur. Le cercle familial se referme sur lui, à la fois cocon protecteur et prison. Ses parents ne savent plus quoi faire pour protéger l’héritier du trône de Russie, mais cela ne sert à rien contre l’hémophilie, qui le rend vulnérable au moindre choc, à la moindre entorse. En désespoir de cause, Nicolas et Alexandra se réfugient dans le mysticisme, priant sans relâche pour que Dieu provoque un miracle qui sauvera leur fils.

    . Le « saint diable »

    C’est dans ce climat pesant, à l’été 1905, que surgit celui qui va bouleverser le sort des Romanov, et à travers eux, la destinée de toute la Russie : Raspoutine. A cette époque, les Romanov, de plus en plus affectés par la maladie de leur fils, multiplient les rencontres avec des guérisseurs dans l’espoir fou que l’un d’eux pourra venir en aide à leur enfant. C’est ainsi qu’un certain Grigori Efimovitch Raspoutine, mystique itinérant à la réputation déjà sulfureuse, se présente à eux.

    Quand l’impératrice Alexandra l’introduit auprès du tsarévitch, celui-ci est au plus mal, souffrant d’une grave hémorragie interne que les médecins ne réussissent pas à stopper. Raspoutine s’agenouille alors près du lit, impose ses mains sur l’enfant en murmurant des prières. L’effet est immédiat ; Alexis ouvre les yeux, mystérieusement soulagé de ses douleurs. Il est sauvé. Les historiens se disputent aujourd’hui encore sur l’origine de cette guérison « miraculeuse » et sur la façon dont Raspoutine soigna le tsarévitch durant les 12 années où il s’occupa de sa santé.

      

    Certains évoquent un réel pouvoir de guérison, tandis que d’autres supputent un recours à l’hypnose pour soulager l’enfant de ses douleurs. La vraie cause est peut-être ailleurs ; en arrivant auprès du tsarévitch, Raspoutine ordonna qu’on supprime tous les remèdes qui lui avaient été prescrits par les médecins. Parmi ceux-ci se trouvait de l’aspirine, qui était administrée régulièrement au jeune malade. Or ce médicament est un anticoagulant, il aggravait donc l’hémophilie de l’enfant. Le simple fait de supprimer l’aspirine aurait donc suffi à améliorer son état de façon spectaculaire.

    Quoi qu’il en soit, la guérison « miraculeuse » du tsarévitch avait convaincu l’impératrice Alexandra que Raspoutine disposait d’un don de guérison qui lui avait été donné par Dieu en personne. Il se retrouva ainsi intégré au cercle familial des Romanov, jouant à la fois un rôle de confident auprès de l’impératrice et de guérisseur attitré du jeune prince Alexis.
    En dehors du palais impérial, Raspoutine se défait cependant de son auréole de sainteté pour endosser le rôle d’un démon avide de débauche.

      

    Sans chercher le moins du monde à se cacher, il multiplie les beuveries dans les tavernes de Saint-Pétersbourg, exploits alcoolisés auxquels il associe une vie sexuelle frénétique. Multipliant les conquêtes féminines dans ce qui pourrait ressembler à une course effrénée à la jouissance, le « saint diable » affirme cependant que ces relations sexuelles lui permettent d’acquérir le salut et de reconstituer ses pouvoirs de guérison.

    . Le moine fou

    L’aura sulfureuse de Raspoutine déteint sur la réputation des Romanov, faisant naître les premiers doutes chez le tsar Nicolas. Mais des événements bien plus graves venus de l’étranger vont détourner son attention du mystique guérisseur. En août 1914, la Russie est emportée dans le tourbillon dévastateur de la Première Guerre Mondiale.

    Constatant que le nombre de morts augmente sans cesse parmi les soldats, Nicolas II soupçonne ses généraux d’incompétence et décide d’assumer lui-même le commandement des forces Russes. Son départ de Saint-Pétersbourg laisse l’impératrice esseulée sous la coupe d’un Raspoutine à l’influence grandissante. Confident – amant prétendent certains – de la tsarine, le moine n’est plus seulement cantonné à son rôle de guérisseur mais se mêle de plus en plus étroitement aux affaires de l’État.

    Certains s’alarment de ce pouvoir grandissant et font courir des rumeurs à son sujet : il organiserait des orgies au sein même du palais impérial, dirait des messes noires, jetterait des sorts à ses ennemis, et serait même l’amant de l’impératrice. Surnommé le « moine fou », Raspoutine est accusé d’être un espion infiltré par les Allemands et chargé de renverser la monarchie en détruisant sa réputation.

      

    Pourtant Raspoutine ne bronche pas devant ces calomnies, sur de son pouvoir et de son influence auprès de l’impératrice, qui de son côté continue à lui faire aveuglément confiance.

    . L’homme qui ne voulait pas mourir

    A Saint-Pétersbourg, certains membres de l’aristocratie considèrent que Raspoutine est en train de prendre une telle envergure dans les affaires de l’État qu’il doit être éliminé. Un complot est donc mis au point en vue de l’assassiner. Le chef en est le prince Félix Ioussoupov, époux de la grande duchesse Irina, nièce du tsar. Parmi les autres conjurés, on trouve le Grand-duc Dimitri Pavlovitch, cousin du tsar Nicolas II, le député Vladimir Pourichkevitch, l'officier Soukhotine ainsi qu’un certain docteur Lazovert.

    Le 29 décembre 1916, à Petrograd, le prince Youssoupov convie Raspoutine à un dîner, sous prétexte de lui faire rencontrer son épouse, Irina Alexandrovna, que Raspoutine poursuivait de ses assiduités. Incapable de résister à l’appel de la chair, Raspoutine accourt chez le prince. Là, on lui sert des boissons et des pâtisseries empoisonnées au cyanure, mais au grand effroi de Youssoupov, Raspoutine s’en gave sans ressentir le moindre effet.

      

    Convaincu d’avoir à faire à un démon, le prince dégaine alors son pistolet et tire. Raspoutine s’écroule. Les complices arrivent, on traîne le corps hors de la pièce, enroulé dans la peau d’ours sur laquelle il s’est effondré, et on ferme la porte à clef.

    Un peu plus tard, Youssoupov retourne auprès du corps pour s’assurer que tout est bien terminé. Il s’agenouille, vérifie qu’il n’a plus de pouls, mais au moment où il s’apprête à quitter la pièce, soulagé, Raspoutine ouvre les yeux et bondit sur lui pour l’étrangler, une écume ensanglantée ourlant ses lèvres tandis qu’il hurle le nom de son assassin. L’un des conjurés, Pourichkevitch, accourt alors, tandis que Raspoutine tente de sortir de la maison, et lui tire quatre balles dans le dos. Raspoutine s’abat sur le perron, mort pour de bon cette fois.

    Du moins est-ce ce que les conjurés croyaient en jetant son corps, enroulé dans des rideaux, du haut d’un pont enjambant la rivière Neva. Il sera retrouvé le 1er janvier 1917, et chose inouïe, l’autopsie montrera que la cause de sa mort n’était ni le cyanure ni les balles qu’il avait reçues, mais la noyade : Raspoutine respirait toujours lorsqu’il fut jeté dans l’eau glacée de la Neva, comme en atteste la présence d’eau dans ses poumons.

    . La prophétie de Raspoutine

    Après ce meurtre, l’héritage de Raspoutine continue pourtant d’empoisonner la famille impériale. Raspoutine a beau avoir disparu, la réputation des Romanov reste entachée par ses agissements sulfureux. L’impératrice Alexandra, complètement sous l’emprise psychologique du guérisseur-gourou, redoute également la prophétie qu’il fit peu de temps avant sa mort : « Sachez bien ceci : si vos parents me conduisent à la mort, vous et votre famille mourrez dans les deux ans, tués par le peuple Russe. »

    Certains historiens sont convaincus que cette prophétie apocryphe – nul n’est parvenu à prouver qu’elle était bien de la main de Raspoutine – eut un effet dévastateur sur l’impératrice, qui s’enfonça dans un fatalisme teinté de mysticisme. Dans l’isolement du palais impérial, tsar et la tsarine étaient de toute façon incapables de voir venir le soulèvement qui allait engendrer la Révolution Russe et les balayer.

    Ravagée par la misère, écrasée par les inégalités, saignée par les sacrifices occasionnés par la Grande Guerre, la société russe était à bout de souffle, exigeant des changements profonds de la part de ses dirigeants. Face à cette situation explosive, Nicolas II s’enferma dans une attitude attentiste qui était en partie due à sa vision mystique de la destinée. Le tsar était en effet persuadé que ce qui arrivait à son pays était la manifestation de la volonté divine et qu’il ne fallait donc rien entreprendre pour la contrarier.

    En février 1917, moins de trois mois après le meurtre de Raspoutine, c’est l’embrasement de la Révolution Russe. Le peuple envahit massivement les rues de Saint-Pétersbourg, qui sera bientôt renommée Petrograd. Au lieu de tirer sur les manifestants, comme elle en a reçu l’ordre, l’armée se mutine et rejoint la révolution. La situation se détériore rapidement, acculant le tsar à l’abdication. Les révolutionnaires prennent possession du palais impérial et assignent la famille Romanov à résidence. L’incendie de la révolution se propage à toute la Russie. Une nouvelle ère commence pour le pays, et les Romanov, reliquat d’un passé sur lequel les révolutionnaires veulent tirer un trait définitif, n’en font plus partie. La décision est bientôt prise de les exiler en Sibérie.

    . De l’exil à l’exécution

    C’est le début d’une période difficile pour les anciens maîtres de la Russie. Livrés à la rancune de leurs geôliers, les Romanov subissent brimades et vexations en tous genres. Leurs quatre filles attisent les appétits charnels des soldats et vivent dans la hantise d’être agressées ou violées. Finalement, en avril 1918, les Romanov sont installés dans une maison reculée de l’Oural.

    Il ressort des écrits de Nicolas et de son épouse que le couple, à cette époque, était entièrement résigné à son sort, considérant que celui-ci ne leur appartenait plus mais se trouvait entre les mains de Dieu. Simples marionnettes, ils devaient laisser leur destinée s’accomplir. Enfermés, sans nouvelles de l’extérieur, les Romanov attendaient donc que se produise le coup de pouce de la providence divine… ou le coup de grâce !

    Ce dénouement tragique surviendra dans la nuit du 17 au 18 juillet 1918. Les Romanov sont tirés de leur sommeil et rassemblés dans la cave de leur villa-prison sous prétexte d’être transférés ailleurs. Là, ils s’entendent lire une déclaration émanant du Soviet de l’Oural et paraphée par le commissaire Yakov Yourovski qui les condamne à mort. Des soldats, au nombre d’une douzaine, surgissent alors d’une double-porte séparant la cave d’une pièce adjacente, les mettent en joue et tirent sans sommation.

      

    La scène est effroyable. Le tsar Nicolas et son épouse Alexandra sont tués sur le coup, mais les soldats constatent avec un mélange de surprise et d’horreur que leurs balles semblent ricocher sur les vêtements des quatre filles Romanov. En vérité, elles avaient cousu des bijoux et de l’or dans les doublures de leurs habits pour les soustraire à la convoitise des révolutionnaires et ceux-ci font office de gilets pare-balles. Elles seront achevées à la baïonnette. Le tsarévitch a lui aussi survécu aux balles. Blessé, il tente de se traîner au milieu des corps des membres de sa famille. Le commissaire Yourovski en personne devra l’achever de deux balles dans la tête tirées à bout portant.

    . L’énigme Anastasia

    Mais dans la confusion de ces instants d’une violence extrême, se peut-il que certains membres de la famille Romanov aient pu survivre ? Les historiens s’interrogent surtout sur le sort des filles qui, partiellement protégées par leurs habits blindés d’or et de bijoux, n’avaient été que blessées par la fusillade. Les témoignages disent qu’elles furent sorties de la cave pour être achevées à l’extérieur, mais en est-on certain ?

    C’est dans ce brouillard d’interrogations que va naître l’un des plus grands mystères du 20ème siècle : celui de l’hypothétique survie de certains membres de la famille Romanov. Le sort de la plus jeune des filles, Anastasia, alors âgée de 16 ans, intéresse tout particulièrement les experts. En effet, au lendemain des événements funestes du 18 juillet, les autorités Soviétiques annoncent officiellement la mort du tsar Nicolas II et de son fils Alexis ; en revanche il n’est fait nulle mention du reste de la famille Romanov.

    Certains témoignages créent de nouvelles zones d’ombre sur ce qui s’est passé juste après l’exécution. Les cadavres des Romanov sont censés avoir été chargés à bord d’un camion et emportés dans la forêt par les soldats affectés à la surveillance des Romanov. Or, quelques-uns de ces soldats avaient noué des relations privilégiées avec les membres de la famille Romanov, en particulier les filles. Il se peut même que des « amourettes » aient pu naître entre eux. Certains historiens pensent ainsi que d’éventuelles survivantes auraient pu être secourues par les soldats et mises à l’abri.

      

      

    Fait extrêmement troublant : dans les jours suivant l’exécution, une femme en état de choc, présentant des traces de coups et de blessures, sera aperçue par différents témoins crédibles dans les environs du drame. A ceux qui la questionneront, elle prétendra être un membre de la famille impériale, mais avant qu’une enquête sérieuse puisse être menée elle disparaîtra dans la nature.

    19 mois plus tard, cette affaire rebondit de manière inattendue en Allemagne, à Berlin. Une jeune femme très perturbée, qui a tenté de se suicider, est placée en hôpital psychiatrique ; elle révèle alors aux médecins qu’elle est la grande Duchesse Anastasia, bien qu’elle n’ait sur elle aucun papier pouvant prouver son identité. Pendant le massacre de juillet 1918, elle aurait perdu connaissance après avoir été blessée, et aurait été secourue par un soldat. Celui-ci lui aurait permis de gagner l’Allemagne où, par désespoir, elle aurait choisi de mettre fin à ses jours.

    L’affaire déchaîne les passions entre partisans d’Anastasia, convaincus qu’elle dit la vérité, et les sceptiques qui la voient comme une habile mystificatrice.

      

    En 1934, la jeune femme, devenue Anna Anderson, décide de rétablir la vérité devant un tribunal de Berlin. Elle fait appel à une experte en graphologie de renommée mondiale, Mirna Baker, qui authentifie son écriture comme étant bien celle de la grande Duchesse Anastasia. La comparaison de la forme et des circonvolutions de l’oreille démontre également que celles d’Anna Anderson et d’Anastasia sont en tous points identiques, suggérant qu’il s’agit d’une seule et même personne.

    Mais ces preuves sont contredites par des lacunes troublantes dans les souvenirs d’Anna Anderson. Ainsi, la jeune femme est incapable de reconstituer la disposition des pièces du palais de Saint-Pétersbourg. Il arrive aussi qu’elle se parle toute seule en Polonais, une langue qu’Anastasia n’avait jamais apprise.

      

    Après un procès fleuve, la justice Allemande se déclare incompétente pour rendre un verdict, renvoyant ainsi chaque camp dans ses positions. Anna Anderson passera le reste de sa vie à essayer de prouver qu’elle était bien Anastasia.

      

    Elle émigrera aux États-Unis, où elle se mariera avec un certain Jack Manahan, de vingt-et-un ans son cadet, à Charlottesville, le 23 décembre 1968. Elle mourut en 1984 et elle fut enterrée sous le nom d'Anastasia Romanov. Depuis, des analyses ADN rendues possibles par la découverte des corps de la famille Romanov dans une fosse commune, en 1991, ont démontré qu'Anna Anderson ne pouvait être la grande-duchesse Anastasia.

      

    Celle-ci fut bien exécutée sommairement par les Bolcheviks le 17 juillet 1918,

    à l’âge de 17 ans.

    EN RÉSUMÉ : De facture très classique, ce documentaire est bâti autour d’une structure narrative linéaire qui suit la destinée des derniers représentants de la famille Romanov – le tsar Nicolas II et son épouse, l’impératrice Alexandra – depuis leur couronnement en 1894 jusqu’à leur effroyable exécution par les Bolchéviks, le 17 juillet 1918.

    Le récit solidement charpenté, entrecoupé de reconstitutions historiques et d’interventions de spécialistes, s’en tient aux grandes lignes de l’histoire des Romanov, sans jamais s’écarter en hors sujets ou en à côtés. Intéressant, car cela ne détourne pas l’attention de l’histoire de la famille Romanov, mais frustrant sous certains aspects.

      

    On aurait ainsi aimé en apprendre plus sur l’influence de Raspoutine sur l’impératrice Alexandra, ou sur le contexte social qui aboutit à la Révolution Russe, début de la chute des Romanov.

    S’il est sans nuances, ce portrait n’en reste pas moins intéressant à découvrir, brossant des Romanov l’image d’une famille avant tout « maudite » par son fatalisme imprégné de mysticisme. Une vision des choses qui la conduisit à subir passivement les événements, ou à être manipulée par des gourous comme Raspoutine, sans jamais chercher à prendre en main des rênes de sa destinée. Édifiant.

     

     

     

     

     

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